L’humour si personnel de Katherine Levac a fait mouche vendredi, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Elle y a évoqué les grandeurs et misères de sa vie d’ex-Ontarienne et de jeune femme dont certains désirs sont contrariés.

Irrésistible Katherine Levac

Comment résister à une fille qui dit : « J’ai vu un orignal pas se noyer » ? Le public qui a occupé tous les sièges du Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, vendredi soir, ne s’est pas torturé longtemps à ce sujet. Il était venu voir Velours, son nouveau spectacle, et savait qu’au-delà des gags, cette humoriste originaire de la campagne ontarienne se distingue par cette façon qu’elle a de tordre le cou au langage.

Ce qui est tout aussi efficace, c’est le jeu des contrastes, un art que l’invitée de Diffusion Saguenay maîtrise à la perfection. Dans un numéro caustique où il est question des femmes de 64 ans, par exemple, c’est en empruntant un air faussement angélique qu’elle prétend les envier : « Tu manques de calcium, pis t’as un solarium. » Ajoutons qu’écrit dans le journal, ça sonne moins bien qu’à l’intérieur de la salle.

Son intégration au Québec, dont elle est maintenant une citoyenne à part entière, représente une autre veine exploitée avec bonheur. Les caisses populaires des deux provinces ne parlent pas le même langage, mais qu’importe. Il y a un soleil sur sa carte d’assurance-maladie. Celles de l’Ontario sont moins jolies, mais Katherine Levac rappelle, un brin sadique, que les gens s’en servent rarement parce qu’ils sont tous suivis par un médecin de famille.

Elle affiche le même regard équivoque à propos de sa génération, les Y. On rit de l’entendre évoquer les innombrables projets formulés par ses congénères, tous plus extravagants les uns que les autres, puis on décèle un brin d’amertume lorsque l’humoriste ajoute qu’aucun n’est mené à terme. « Quand t’as la vie facile, t’es facilement déçue », fait-elle observer.

Sa planche de salut, ce sont ses proches, ses parents si aimants, ses grands-parents qui prévoyaient se reposer dans l’au-delà, pas avant, de même que ses frères qu’elle suivait assidûment lorsqu’ils jouaient au hockey, alors qu’aujourd’hui, ils font partie de son équipe de techniciens. « C’est le retour du balancier », a-t-elle lancé bien fort, comme pour revendiquer sa part du « girl power ».

L’unique entorse au mode stand-up fut l’interprétation d’une chanson comique, un autre hommage aux femmes de 64 ans. Encore là, l’artiste a produit un contraste intéressant entre le ton à la Lynda Lemay, tout doux, et cette ligne sortie de nulle part : « Je vous tuerais toutes, une par une. » « J’étais jalouse », a-t-elle avoué l’instant d’après.

Et bien sûr, sa vie sentimentale est mise à contribution. Le problème est qu’elle se conjugue au passé, ce qui est particulièrement embêtant lorsqu’on approche de la trentaine et qu’on trouve étrange de vider un lave-vaisselle que personne d’autre n’a rempli. « Qu’est-ce que je fais de mal ? (...) Je suis en retard. Les autres sont toutes mariées », constate Katherine Levac.

Elle a au moins la satisfaction de gagner sa vie en faisant rire les gens, un rêve improbable qui, ce soir encore, se matérialisera dans un Théâtre Banque Nationale plein comme un oeuf. Avis à ceux qui souhaitent la voir, mais n’ont pas de billets, ils pourront se reprendre le 26 janvier, dans la même salle, ou encore le 24, alors que Velours sera présenté à la salle Michel-Côté d’Alma.