Pier-Luc et ses amis traversent une mauvaise passe dans le film Avant qu’on explose, dont l’action se situe à Baie-Saint-Paul pendant une alerte nucléaire.

Intrigue atomique à Baie-Saint-Paul

CRITIQUE / Dans le documentaire sur la guerre du Vietnam produit par Ken Burns pour le réseau PBS, on voit un homme d’âge mûr évoquer la crise des missiles cubains survenue à l’automne 1962. Pendant ces journées où le sort de la planète reposait sur deux hommes, John Kennedy et Nikita Khrouchtchev, il a eu peur de mourir, mais aussi de quitter ce monde sans avoir embrassé ne serait-ce qu’une fille fréquentant son high school.

Sans le savoir, cet Américain a donné un coup de pouce au long métrage québécois Avant qu’on explose, projeté en salle depuis jeudi. Parce qu’a priori, l’idée qu’un ado de Baie-Saint-Paul soit obsédé par l’idée de ne pas avoir couché avec une fille de sa polyvalente, au moment où les États-Unis et la Corée du Nord menacent de déclencher un holocauste nucléaire, apparaît folichonne. Du moins, si trop d’années se sont écoulées depuis la fin de sa propre adolescence.

Ironie du sort, le film amorce sa carrière en salle au moment où les leaders américain et coréen se rencontrent pour une deuxième fois, justement au Vietnam. Ce n’est pas une raison de croire que la prémisse du long métrage ne fonctionne plus, cependant. Ces hommes au caractère instable ont le temps de changer d’humeur vingt fois avant les élections américaines de 2020.

En attendant, on peut se laisser glisser dans l’histoire imaginée par le scénariste Éric K. Boulianne, réalisée par Rémi St-Michel, en appréciant le regard qu’elle porte sur l’adolescence. Il est cru, mais aussi bienveillant, ce que reflète le chemin de croix vécu par le personnage central, Pier-Luc, incarné avec justesse par Étienne Galloy. Il traverse la pire crise de son existence, au moment où sa mère vit une aventure dans le chalet de son chum, ce qui nous change des clichés relatifs au père absent.

Pier-Luc se sent abandonné, mais heureusement, sa soeur aînée veille au grain. C’est elle, l’adulte de la famille, une jeune femme allumée, responsable. Bref, un beau portrait d’adolescente campé par Julianne Côté. L’autre pilier émotif du garçon est son groupe d’amis, réduit à deux personnes depuis le décès du leader, encore tout frais. Comme celui-ci était très populaire à l’école, les survivants composent avec une perte de statut. Après avoir été cool par association, les voici relégués dans le camp des losers.

Or, Pier-Luc est le plus mal en point du trio. Pas aussi riche que Samuel ni érudit comme Hubert, il est la tête de Turc du macho de la place et laisse les filles totalement indifférentes. Pourtant, ce jeune homme est charmant, en même temps que touchant de maladresse, comme en font foi ses tentatives pour inverser la tendance. Toutes sont vouées à l’échec et subtilement, la comédie se mue en drame existentiel.

Le garçon devient plus rejet que jamais, et c’est là que la décision de situer l’action à Baie-Saint-Paul s’avère judicieuse. Est-ce parce que le scénariste se définit comme un fier Charlevoisien ? Toujours est-il qu’on comprend à quel point il est difficile de se tirer un rang quand on vit dans une petite ville. À Montréal, à Québec, il suffirait de changer de quartier pour échapper aux tourmenteurs, mais pas chez lui, ce qui rend sa situation d’autant plus oppressante.

Le seul impact positif est que ses attentes diminuent, au contact de la réalité. Amener une fille au lit devient un objectif secondaire. Sans tomber dans le happy end, le film propose une finale à la fois originale et satisfaisante, à mille lieues des niaiseries colportées dans les films d’ados made in USA.