Il y a 20 ans, les Colocs lançaient Dehors Novembre

Le 1er mai marque le 20e anniversaire de la sortie de Dehors Novembre, le dernier album du groupe Les Colocs. Au restaurant Dédélicieux de Normandin, qui a pignon sur rue dans le fameux centre d’achat de la rue principale, André Fortin est toujours bien vivant.

« C’est un peu comme si c’était hier la sortie de ce disque. Ça nous rappelle vers quoi il s’en allait. Il y a quelque chose à retenir de ça. Ça éveille aussi pour la prévention du suicide. C’était sombre, mais ce n’est pas pour rien », assure la copropriétaire du restaurant, Émilie Frigon. 

Comme le souligne Marie-Josée Girard, elle aussi copropriétaire du restaurant, c’est plutôt le côté coloré de Dédé Fortin que les deux femmes d’affaires ont voulu mettre de l’avant. 

« Notre but, c’est de le faire revivre sous son beau jour. Il en a écrit des chansons joyeuses aussi et c’est ça qu’on souhaite exposer », exprime-t-elle. 

Le restaurant se trouve aussi à être un petit musée. Les napperons racontent l’histoire qui se cache derrière les chansons les plus populaires de Dédé. Sur les murs, des affiches, photos, objets personnels du chanteur y sont exposés. Même le nom des items sur le menu font référence aux Colocs. 

« Le frère de Dédé nous a remis des items qui lui appartenaient comme des souliers et des lunettes que nous avons soigneusement placés dans un petit boîtier que les gens peuvent voir », fait valoir la jeune copropriétaire originaire de Normandin.

Marie-Josée Girard et Émilie Frigon, les deux copropriétaires de Dédélicieux, devant l’affiche de l’album Dehors novembre des Colocs sorti il y a 20 ans.

Les touristes toujours aussi nombreux

Parmi les visiteurs, on compte des Jeannois bien sûr, mais aussi des touristes d’un peu partout au Québec qui font le détour pour visiter le village natal de Dédé Fortin, que ce soit ou non durant le festival organisé en son honneur (qui ne reviendra malheureusement pas). Le Dédélicieux est ouvert depuis bientôt six ans. Les copropriétaires du restaurant ont décelé le potentiel économique qui n’était pas exploité à sa juste valeur, à l’époque. 

Selon elles, la population locale se souviendra longtemps de lui. « Il y en a qui sont même allés à l’école avec lui et qui nous racontent des petites anecdotes à l’occasion. Même moi je me souviens qu’ils étaient venus faire des shows à l’aréna. J’étais jeune, mais je m’en rappelle », explique Émilie Frigon.

L'album Dehors Novembre a 20 ans

31 mai 1998 - Chicoutimi

Extrait d'un article de Denise Pelletier paru dans Le Progrès-Dimanche

Les Colocs déménagent... pour le mieux

Chicoutimi — Par définition, des colocs, ça déménage. Les nôtres, de Colocs, ne font pas exception à la règle. Leur premier disque en 1993, avec Julie et Rue principale, a fait déménager bien des têtes, et quand ils sont sur scène, la musique se promène sérieusement, tandis que les spectateurs ont des fourmis dans les jambes. Le groupe a aussi quitté la multinationale BMG pour l’étiquette, plus modeste et bien québécoise, de leurs gérants, Musicomptoir.

C’est donc en toute liberté que les musiciens ont conçu et enregistré leur nouvel album Dehors Novembre, explique André Fortin, « démarreur » et leader incontesté des Colocs, né à Saint-Thomas Didyme, qui a grandi à Normandin. Celui-ci aime beaucoup la scène, mais il a découvert les multiples possibilités qu’offre le studio. « On pouvait réécouter les pièces, les corriger tranquillement, leur donner des couleurs différentes », explique-t-il.

« Quand j’ai écouté le premier disque, je me suis aperçu que le tempo était trop rapide pour quelques chansons, entre autres Passe-moé la puck », dit-il. Donc, pour Dehors Novembre, il a été possible de ralentir le tempo de quelques chansons, histoire de mieux faire ressortir le texte. Ils sont particulièrement sombres et lourds, mais tout à fait superbes, soit dit en passant, ces textes où il est beaucoup question de la mort.

Ce n’est pas nouveau pour les Colocs, mais tout de même, André Fortin reconnaît que l’ensemble de l’album porte sans doute la marque de certains événements, comme la mort de Patrick Esposito Napoli, leur harmoniciste. Celle-ci lui a inspiré la chanson Dehors Novembre, qui évoque un homme couché sur son lit d’hôpital, en train de mourir : « Chu pas capable de croire qu’y faut qu’j’m’arrête ici, Mais chu tout seul, pis de toute façon ça m’fait trop mal ». La clarinette de Jean-Denis Levasseur produit là-dessus un effet bouleversant.

L’album de neuf chansons s’ouvre sur Belzébuth, une longue plage qui dure neuf minutes 20 secondes, donc totalement inutilisable par la majorité des radios : c’est ça, la liberté de créer sans contrainte ! Il y est question d’un chat qui s’enfuit de chez ses maîtres pour retrouver la ruelle, la liberté, l’amour et la mort. Une belle histoire qui ressemble à un court métrage, André Fortin en avait d’ailleurs fait à l’origine le synopsis d’un film.