Fanny Britt profitera de la rencontre théâtrale tenue samedi soir, à l’initiative du Théâtre La Rubrique, pour tracer un parallèle entre les soeurs Brontë et les femmes d’aujourd’hui. Elle s’exprimera via la page Facebook de la compagnie jonquiéroise.
Fanny Britt profitera de la rencontre théâtrale tenue samedi soir, à l’initiative du Théâtre La Rubrique, pour tracer un parallèle entre les soeurs Brontë et les femmes d’aujourd’hui. Elle s’exprimera via la page Facebook de la compagnie jonquiéroise.

Hurlevents vue par Fanny Britt

Faute de présenter la pièce Hurlevents à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, un événement auquel les amateurs de théâtre auraient dû assister ce soir (samedi), le Théâtre La Rubrique a trouvé la meilleure manière de composer avec les contraintes imposées par la pandémie. Il a invité la dramaturge Fanny Britt à participer à un entretien qui aura lieu aujourd’hui, à 20 h, par le truchement de Facebook.

Ce sera la première d’une série de rencontres théâtrales qui, pour l’heure, comprend trois rendez-vous. Elles seront toutes accessibles gratuitement et la deuxième portera sur le spectacle Siri, lui aussi annulé. Elle se déroulera le 7 avril, à 19 h 30, grâce au concours de l’auteure et comédienne Laurence Dauphinais.

Également, le 18 avril, à 20 h, il sera possible de converser avec Mohsen El Gharbi. Au lieu de livrer sur scène le texte d’Omi Mouna, celui-ci projettera un documentaire tourné en Tunisie, lequel fait état de ses recherches destinées à trouver la cause d’un penchant pour la brutalité que les hommes de sa famille auraient en partage.

Dans ce cas-ci, comme avec Hurlevents, la démarche consiste à interroger le passé pour mieux comprendre le présent. C’est ce qui a poussé Fanny Britt à imaginer une histoire bien d’aujourd’hui, alors que sa première intention était de plonger dans le roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent.

Hommage à la jeunesse

L’élément déclencheur de la pièce est un souper organisé par Émilie, à la veille de son départ pour l’Angleterre, où elle doit compléter une maîtrise en littérature. Des amis sont présents, tout comme Marie-Hélène, une professeure qui assume également le rôle de mentore auprès de la jeune femme. Très tôt, on réalise que leur conception de la vie et de l’amour bouscule l’aînée du groupe.

« C’est un hommage à la jeunesse. J’avais le goût d’écrire sur des vingtenaires qui, tout en étant conscients des enjeux de société, ont confiance dans la solidarité, croient en l’importance de rêver, de ne pas tout miser sur le travail. Cette idée m’inspirait beaucoup, d’autant que l’une des missions du Théâtre Denise-Pelletier, où la pièce a été créée, consiste à présenter des oeuvres au jeune public », a énoncé la dramaturge au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le contrepoint est offert par Marie-Hélène, qui, sur les planches, empruntait les traits de la comédienne Catherine Trudeau. Apprenant que l’une des convives, Isabelle, vit une aventure avec un professeur, elle affiche clairement ses réticences.

« C’est cette femme qui représente ma génération, le point de vue d’une adulte. C’est aussi elle qui porte la connaissance à propos des soeurs Brontë, décrit Fanny Britt. À ses yeux, le professeur est un prédateur, alors qu’Isabelle lui répond : “C’est à moi de considérer si c’est de l’abus ou pas.” C’est l’affrontement entre une vision protectrice et celle qui consiste à se laisser porter par le désir. »

Le lien avec les soeurs Brontë réside dans cette volonté qu’elles avaient de forger leur destin, advienne que pourra. Prendre la décision d’écrire des oeuvres de fiction dans l’Angleterre du 19e siècle et de s’y investir totalement, avec une ferveur quasiment religieuse, nécessitait une force de caractère à laquelle Fanny Britt, comme des générations de lectrices, a durablement succombé.

« Elles ont voulu mener une vie différente de celle qui leur était destinée, ce qui devait aboutir à un mariage. Emily, par exemple, a été totale dans ses choix et comme ses soeurs, elle a été une précurseure. Leur mode de vie a influencé beaucoup de femmes écrivaines », rappelle l’invitée de La Rubrique.

LE FRUIT D'UNE BELLE COLLABORATION

Un jour, le metteur en scène Claude Poissant a demandé à Fanny Britt sur quel personnage historique féminin elle aurait le goût de travailler. La réponse n’a pas été longue à venir, puisque la dramaturge fréquente depuis longtemps l’oeuvre des soeurs Brontë. C’est ainsi que fut prise la décision de produire une pièce s’appuyant sur le roman d’Emily, Les Hauts de Hurlevent.

Un problème est toutefois apparu, le fait que certains éléments de l’histoire originale avaient moins de résonance à notre époque. « Comme il y a des choses moins intéressantes, j’ai réalisé que je ne tenais pas à livrer une adaptation. J’en ai parlé à Claude, qui m’a répondu : “Fais une création en ne t’imposant aucune contrainte.” Puisque c’est un amoureux du texte, pour une auteure, c’est bien de collaborer avec un homme comme lui », fait observer Fanny Britt.

Un autre avantage tient au fait que c’est également lui qui devait signer la mise en scène du spectacle intitulé Hurlevents. « Quand on travaille avec Claude, on a vraiment l’occasion de voir vivre le texte. Il est très sensible à la direction d’acteurs », s’émerveille la dramaturge.

Leur collaboration s’est révélée fructueuse, si bien que Hurlevents a fait une belle carrière à Montréal, puis ailleurs au Québec. C’est justement à la fin de la présente tournée, qui devait s’arrêter à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, ce soir (samedi), que cette production devait arriver au bout de sa course. L’ultime représentation était prévue pour le 8 avril, dans la métropole. Elle aussi a été victime de l’alerte au coronavirus.

« À l’étape de la tournée, c’était juste du plaisir. Comme nous n’étions plus soumis à la tension générée par la critique, nous étions plus relax. Je garderai le souvenir d’une très belle production, où tout s’est bien passé», commente Fanny Britt.

Quand on lui demande si une version anglaise pourrait voir le jour, vu les références aux soeurs Brontë, elle révèle qu’une traductrice a exprimé le désir d’assister à l’une des représentations. Alors, on ne sait jamais. «Peut-être que ça se fera. Jusqu’à maintenant, ça ne m’est jamais arrivé », précise l’écrivaine.