Hubert Lenoir vient de sortir un album étonnant, à la fois éclectique et profondément enraciné dans la musique populaire, qu’il s’agisse du jazz, de la soul ou du glam rock. Cet enregistrement constitue le pendant musical d’un roman écrit par son amie Noémie D. Leclerc.

Hubert Lenoir s'éclate avec «Darlène»

« En toute modestie, ce sera le plus beau spectacle jamais présenté au Québec », lance Hubert Lenoir à la fin de l’entrevue. Mi-sérieux, mi-blagueur, l’artiste parle de la production qui découlera de son premier album solo, Darlène, sorti vendredi. Il l’étrennera au bar Le Dagobert de Québec le 15 mars, puis en tournée, possiblement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où le groupe auquel on l’associe, The Seasons, a joué en maintes occasions.

Cet enregistrement constitue le pendant musical d’un roman écrit par son amie Noémie D. Leclerc. Coiffé du même titre, cet ouvrage brosse le portrait d’une jeune femme qui a grandi dans le quartier Montmorency, à Beauport, ce qui est aussi le cas du musicien et de l’auteure. « Ça représente la vie en banlieue, de quelle manière on peut s’émanciper des chaînes mentales qui viennent avec ça », résume-t-il.

L’album a répondu à un besoin qui s’est manifesté il y a un an, après une tournée des Seasons. « J’avais le goût de faire de quoi de plus grand qu’un simple album, quelque chose de conceptuel. Pendant que Noémie préparait son roman, je travaillais de mon bord, et au final, on peut parler du livre et du disque comme d’une oeuvre commune », énonce Hubert Lenoir.

Ce que laisse voir l’écoute de Darlène, au premier chef, c’est la culture musicale du jeune homme, autant que son éclectisme. Ainsi, dans les trois versions de la première chanson, Fille de personne, on a droit à du piano aux accents jazz, à de la pop fleurant bon les années 1960, puis à un joli clin d’oeil au glam rock tel que défini par Marc Bolan, David Bowie et Lou Reed. Là encore, il faut remonter à la fin de la tournée pour comprendre les motivations de l’artiste.

« Je sortais d’un monde éphémère, et ça ne me tentait plus d’être le nouveau, celui qu’on associe à l’avant-garde. J’ai donc écouté du jazz, en particulier du Oscar Peterson, en plus de nombreux albums des compagnies Motown et Stax, des enregistrements de Quincy Jones et plein d’autres affaires. Mes compositions ont été colorées par ça », rapporte Hubert Lenoir.

Son attachement à la musique soul ressort de plusieurs titres, dont Cent-treizième rue. Quand on lui dit que bien des jeunes semblent partager ce point de vue, l’artiste invoque la distance qui les sépare des années 1970. « Nous n’avons pas vécu à cette époque, ce qui rend ces trucs mythiques, fantastiques », mentionne-t-il.

Une seule reprise a abouti sur Darlène, celle d’un autre vétéran, Jean-Pierre Ferland. Il faut dire que Si on s’y mettait figure également dans le roman, tandis que l’interprétation ramène un autre fantôme à l’avant-plan, le regretté – et sulfureux – Harry Nilsson. « C’était un artiste complet. Il y avait toujours un élément de surprise sur ses disques. Comme il produisait beaucoup de versions, j’ai voulu refaire une chanson québécoise à sa façon », relate Hubert Lenoir.

Pour couvrir autant de terrain, il a sollicité l’appui de musiciens évoluant autant dans les sphères du jazz que du rock et de la pop. C’est aussi ce que montrera le spectacle, dont la dominante sera rock, ce qui ne sera pas incompatible avec l’exploration de différentes esthétiques. « Ce sera une rencontre de styles », promet le chanteur et musicien.