Les membres du Quatuor Saguenay rendront hommage à deux personnes, à l’occasion d’un concert présenté mardi prochain, à Chicoutimi. Ils souligneront le travail du luthier français Vuillaume, ainsi que la générosité de l’homme d’affaires Roger Dubois, de la firme Canimex. C’est lui qui a prêté les instruments anciens qu’utiliseront les musiciens.

Hommage du Quatuor Saguenay à un grand luthier

Depuis près d’un an, les membres du Quatuor Saguenay jouent sur des instruments fabriqués par le luthier français J.B Vuillaume. Deux violons, un alto et un violoncelle qui ont été prêtés par le mécène Roger Dubois, propriétaire de la compagnie Canimex. Comme les musiciens devront se séparer de ces précieux objets en mars, le concert de musique de chambre qui sera présenté le 25 février, au Conservatoire de musique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, épousera les traits d’une cérémonie des adieux.

Pendant un peu plus d’une heure, le quatuor interprétera des oeuvres composées par des contemporains de Vuillaume, qui a vécu à Paris au 19e siècle. Certains noms sont familiers, qu’on pense à Ravel, Gounod et Saint-Saëns, alors que d’autres comme Charles Dancia et Félicien David constitueront une découverte pour la majorité des mélomanes. Ceux-ci auront deux occasions d’assister au concert, soit à 17 h et à 20 h. Troisième d’une série de quatre consacrée à la musique de chambre, il aura lieu à la Salle Jacques-Clément.

« Nous le dédions à la lutherie afin de rendre hommage à monsieur Dubois, qui est si généreux avec les musiciens du Québec. Ce fut un honneur de jouer sur les instruments qu’il nous a prêtés, provenant de son impressionnante collection. Ils produisent un son précis, à la fois clair et chaleureux. Une autre de leurs caractéristiques tient à la projection dans la salle, qui est très bonne. C’est une qualité que recherchent les solistes », a expliqué le violoncelliste David Ellis, jeudi, à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

Portrait du luthier français J.B. Vuillaume.

Un atelier réputé

Le programme comprend des mouvements tirés de différents quatuors à cordes. Parmi ceux que le Quatuor Saguenay abordera pour la première fois, on note le Quatuor à cordes no. 2 de David, une oeuvre que même les musiciens ne connaissaient pas. S’il faut en croire David Ellis, ils ont été séduits par cette chose dont on n’entendra que l’Allegretto, mardi prochain. « C’est un mouvement qui sonne comme du Beethoven. C’est bien écrit. Il y a une belle sonorité. Un jour, nous ferons le quatuor au complet », promet-il.

Lui et ses camarades profiteront du concert pour brosser le portrait de J.B. Vuillaume, dont l’atelier était l’un des plus réputés de son époque. Plaçant la barre très haut dès le départ, il avait acheté une vingtaine de Stradivarius qui ont servi de modèles à ses créations. Près de 3000 instruments sont sortis sous son nom et aujourd’hui encore, ils suscitent la convoitise. Pour en juger, il suffit de mentionner que ceux qui ont été prêtés aux membres du Quatuor Saguenay sont évalués à 1,2 million $. « Nous ne pourrions pas nous payer ça », affirme le violoncelliste.

Puisque le moment approche où ils devront rendre leurs trésors, les musiciens apporteront leurs propres instruments. « À un moment donné, on va les utiliser pour que les spectateurs entendent la différence. Ils pourront se faire leur propre opinion », raconte David Ellis.

Il y aura donc un aspect ludique à l’affaire, autant qu’une dimension éducative. Le rapport des interprètes avec leur outil de travail est complexe, en effet. Apprivoiser un nouveau violon, un nouveau violoncelle, prend plus de temps que de changer de stylo.

« Il y a toujours une période d’adaptation, puisque l’instrument, c’est notre voix. On doit s’habituer et dans notre cas, le phénomène était accentué parce que les trois autres émettaient des sons différents. Au début, c’était un supplice. Ça nous a pris deux ou trois mois pour être confortables », reconnaît-il. La magie Vuillaume a opéré, bien sûr, et c’est ce qui sera mis en évidence mardi, alors que le violoncelliste sera accompagné par l’altiste Luc Beauchemin, ainsi que les violonistes Marie Bégin et Nathalie Camus.