Hervé Gagnon avait le goût de retourner aux grands mystères, ce qui l’a poussé à créer une série intitulée <em>La Mort du Temple</em>. Le premier tome, Secretum templi, ramène le lecteur au XIVe siècle, à la faveur d’une série de meurtres que tente d’élucider un membre de l’ordre des Templiers.
Hervé Gagnon avait le goût de retourner aux grands mystères, ce qui l’a poussé à créer une série intitulée <em>La Mort du Temple</em>. Le premier tome, Secretum templi, ramène le lecteur au XIVe siècle, à la faveur d’une série de meurtres que tente d’élucider un membre de l’ordre des Templiers.

Hervé Gagnon, l’homme qui écrit entre les lignes

«Je ne change rien à ce qu’on sait, mais entre les lignes, je peux travailler», affirme Hervé Gagnon. Cette phrase lancée à la fin de l’entrevue téléphonique accordée au Progrès, il y a quelques jours, montre comment naît un roman comme Secretum templi, premier volet de la série La Mort du Temple. L’historien en lui connaît les faits, tandis que l’écrivain imagine des personnages, des intrigues, s’appuyant sur cette chose immuable qu’est la nature humaine.

Prenez le personnage central, Hugues de Malemort. Longtemps, il a guerroyé en Terre sainte. Vaillant, courageux, convaincu de la justesse de la cause qu’il servait. Ses vertus sont demeurées les mêmes après l’échec des Croisades, mais en 1307, l’année où on fait sa connaissance, le vieux sergent s‘interroge. La Commanderie de Paris, où il vit dans un confort relatif, a perdu sa raison d’être. Faute de défendre la foi chrétienne, elle gère son patrimoine.

«Hugues est un homme droit. Il a des principes, même si on le sent dépité, en même temps que fatigué. Il voit que l’ordre du Temple s’est embourgeoisé, que sa principale mission consiste à protéger ses possessions, qui allaient bien au-delà de ses châteaux. Il possédait tout, en effet, et pouvait faire chanter le pape, autant que le roi de France. Il prêtait avec intérêts, par exemple, alors que c’était interdit par l’Église», raconte Hervé Gagnon.

Jadis considérés comme des héros, les Templiers étaient honnis par les miséreux croisés hors de leurs quartiers. Trop d’argent. Trop de violences impunies. Ils étaient devenus un corps étranger, un État dans l’État, lorsque des morts mystérieuses ont troublé leur quiétude.

La première fut celle de Guillaume le Flamand, tué au coeur de la Commanderie. Hugues, qui l’aimait comme un frère, jure de le venger. C’est ce désir qui constitue le ressort dramatique du roman.

«Une prémisse un peu surnaturelle»
L’une des motivations d’Hervé Gagnon, dans la série La Mort du Temple, était de montrer dans toute sa complexité un organisme sur le déclin. Alors que le roi menace de saisir le trésor des Templiers pour renflouer ses dettes, d’autres forces s’agitent en sous-main. D’étranges cérémonies sont célébrées en secret. Par qui? Pourquoi?

On se demande aussi, comme Hugues, à quoi riment les meurtres rituels balisant son enquête. Là encore, la fiction n’est pas éloignée de la réalité.

«On soupçonnait les Templiers d’être des hérétiques. Il y avait d’ailleurs un ordre ésotérique œuvrant à l’intérieur de cette organisation. On sait aussi qu’ils ont eu des contacts réguliers avec les soufis, que leur vision de la religion était imprégnée par l’Islam», rapporte l’écrivain.

Il ajoute qu’un siècle plus tôt — par rapport au roman —, ils ont refusé de participer à la croisade du pape contre les Cathares.

Tout ça pour dire que l’alchimie, la pierre philosophale et le Grand Œuvre ont guidé la plume d’Hervé Gagnon.

«Ça donne une prémisse un peu surnaturelle, ainsi qu’un thriller historique, ce qui est différent d’un polar, fait-il observer. Celui-ci s’articule autour d’une enquête, alors que le thriller est fondé sur une quête. En suivant une piste, le personnage se découvre lui-même.»

De son côté, il a mis à profit les leçons tirées de ses efforts précédents, notamment les enquêtes de Joseph Laflamme menées dans le Québec du XIXe siècle.

«J’ai appris à couper les longueurs et le fait de limiter la nouvelle série à deux tomes m’a permis de rythmer l’action sans ralentir l’intrigue. Par contre, le terrain de jeux est différent. Cette fois, j’avais le goût de retourner aux grands mystères», confie l’auteur originaire de La Baie, désormais établi à Ayer’s Cliff, en Estrie.

La suite de Secretum templi aura pour titre Corpus Christi et sortira à l’automne. Publiée chez Hugo Roman, elle sera distribuée en Europe et au Canada, ce qui est devenu une habitude chez Hervé Gagnon. «Si j’ai la chance d’écrire à temps plein, c’est grâce à l’Europe, prend-il soin de mentionner. Ici, on nous décerne des prix littéraires. Là-bas, on nous donne des sous.»