Hélène Roy tient compagnie à L’Atelier rouge, l’une des oeuvres faisant partie de sa rétrospective présentée au Centre national des arts de Jonquière.

Hélène Roy au CNE: bilan provisoire d'une carrière prolifique

Le Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière présente une rétrospective majeure, jusqu’au 9 septembre. Ayant pour titre Le souffle de petites éternités, elle retrace le parcours de l’artiste Hélène Roy depuis le début des années 1960. Le menu est copieux, ce qui reflète la pratique de cette femme qui, pendant une trentaine d’années, a été professeure en art à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Il suffit d’embrasser la salle du regard, même brièvement, pour imaginer la somme de travail abattue au cours des 60 dernières années. Les oeuvres sont imposantes, des toiles, des installations, des photographies transformées par la magie du numérique. Il y a même une série d’images posées sur le plancher, Détails de l’infini. L’unique moyen de toutes les voir, c’est en faisant tourner les deux rouleaux qui enserrent la toile. Ça fonctionne, mais même l’artiste se garde une petite gêne.

À gauche de l’entrée, des tableaux très lumineux, férocement abstraits, ramènent le visiteur dans les années 1960. Il y a beaucoup de vie dans ces créations qui témoignent de l’entrée du Québec dans la modernité. « Je venais de sortir de l’École des beaux-arts et j’expérimentais beaucoup », résume Hélène Roy. Sans renier cet épisode, on la sent pressée de passer à l’étape suivante, une série de hiboux marquant le début de ses fréquentations avec l’art figuratif.

Cette photographie témoigne du caractère foisonnant de l’exposition évoquant la carrière de l’artiste Hélène Roy. Les pièces les plus anciennes remontent au début des années 1960.

Ils étaient jolis, ses rapaces orangés, mais elle s’en est lassée. « C’était devenu trop décoratif », relate l’invitée du CNE. Désormais, ses hiboux figureront dans des tableaux, comme La métamorphose, alignés à l’infini ou presque, comme écrasés. Ainsi se manifeste son côté additif, son désir de meubler l’espace en inventant des images, des scénarios diffus, au fur et à mesure que sa main se déplace sur la toile. Le rêve de produire une bande dessinée la taraude, mais ne se concrétisera pas.

Voici Hélène Roy entre sa période bleue, illustrée par l’oeuvre intitulée Dialogues solitaires et autres délires, et Collages Art/Vie, un triptyque réalisé au tournant des années 1970 et 1980.

Le passage du temps
Plus les années passent et plus Hélène Roy se questionne sur le temps, celui qui a filé, celui qui reste. « Mes parents sont morts jeunes, accidentellement. Je parle donc beaucoup de la fin, du souffle, et je suis une créatrice boulimique. J’aime les longs projets. Je ne suis pas du genre à faire un tableau par an », fait observer l’artiste désormais établie dans la région de Lanaudière.

C’est ainsi qu’elle a investi deux ans dans la mise en forme de Célébration du temps/Faire de l’art comme on vit sa vie, prenant des photos de ses amis, avant de les intégrer dans les quatre sections de cet immense tableau complété en 1983. « Ça illustre la mémoire du temps. Je suis partie du réel pour faire de l’imaginaire », décrit Hélène Roy.

Puis vient l’une des grandes affaires de sa vie, sa patiente exploration des Chants de Maldoror, oeuvre majeure du poète Lautréamont. D’abord fascinée par le texte, elle s’est ensuite moulée à la structure du livre, divisé en six chants, de même qu’une multitude de sous-chants. Il y a eu l’hommage à Jean Genet, puis celui rendu au peintre Roman Opalka, décliné entre les rouleaux évoqués précédemment. Dans une autre série-fleuve, elle s’est attardée au corps par l’entremise d’Antonin Artaud.

Ces oeuvres créées à partir de photographies captées par Hélène Roy émanent de sa série la plus récente.

Parfois, on trouve une parenté entre ses dessins et l’art amérindien, mais l’artiste n’y voit rien de délibéré. C’est juste arrivé. Idem lorsqu’on évoque la notion de beauté. Ce qui l’interpelle, au premier chef, c’est toujours la démarche, le souffle de l’oeuvre, ce qu’elle dit de son rapport au temps. C’est pour cette raison que la dame presse le pas à la fin de l’entrevue, pour être certaine d’évoquer la phase actuelle, une série qui court depuis 2010.

« Je fais des photos sur mon terrain. Je constitue une banque d’images que je superpose, qui entrent en relation. La synthèse de tout ça, c’est la série Le champ des épidermes, sur laquelle je travaille à l’aide d’un ordinateur. C’est la marche finale en ce qui me concerne. J’ai eu des problèmes de souffle, de coeur aussi, d’où le titre de l’exposition. Je ne suis pas inquiète, cependant, parce que je suis engagée dans un projet dont je ne connais pas la fin », note Hélène Roy, en esquissant un sourire.