Les comédiens Bruno Paradis et Vicky Côté

Haïkus de prison: un univers poétique et oppressant

La nouvelle création du Théâtre À Bout Portant, Haïkus de prison, est ce genre d’oeuvre qui se dévoile doucement, à la manière d’un tableau mi-abstrait, mi-figuratif. Au lieu de s’attacher aux moindres péripéties relatées par les comédiens Bruno Paradis et Vicky Côté (qui signe la mise en scène), il faut se laisser gagner par l’atmosphère qui, pendant 70 minutes, enveloppe la Salle Murdock.

C’est ainsi qu’on découvre un lieu oppressant, la salle de lavage où une détenue vient d’être assignée. Il est presque joli, cet espace balisé par des cordes à linge, des pièces de vêtements alignées le long des murs. Le problème tient à la présence d’un gardien qui, d’un simple geste ou par la magie d’un grognement, provoque un surcroît de tension chez la captive. Elle a beau s’appliquer, ce n’est jamais assez vite, jamais comme il le faut.

En parallèle, la voix d’un homme résonne, un brin métallique. Il s’agit de bouts de textes écrits par Lutz Bassmann qui, eux aussi, évoquent l’univers carcéral. On fait connaissance avec des personnages plus ou moins malins, d’origines diverses. On les imagine au moment où ils élaborent un projet d’évasion, puis dans le train où les autorités les conduisent Dieu sait où.

Parfois, les comédiens se font marionnettistes. Ils prêtent vie à des bas troués qui reproduisent ce qu’on entend en voix off ou autre chose. Ce n’est pas toujours clair, mais ce qu’on retient, c’est la poésie de certaines scènes, comme la fois où le duo se sert d’une planche de bois et d’une pièce de tissu composée d’alvéoles (elle ressemble à ces objets où on range des chaussures) pour évoquer un train en marche.

D’autres scènes jouées derrière un drap translucide empruntent au théâtre d’ombres, la plus éloquente étant celle où le personnage campé par Vicky Côté est victime d’une agression. « Ne pas renaître. Surtout, ne pas renaître », dit la voix à un moment donné. Après avoir vu la prisonnière enfermée dans une cage, poussée par son geôlier qui, bientôt, se joindra à ses collègues pour la violer, on comprend que cette idée puisse s’insinuer dans les esprits.

Haïkus de prison a donc le mérite de plonger le spectateur dans un univers peu familier, tout en faisant ressortir l’ennui et la crainte qui habitent les détenus. Pour effectuer ce voyage dans le ventre de la bête, il suffit de se pointer au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi d’ici au 5 novembre. Ce spectacle est à l’affiche du mercredi au samedi, à 20 h, ainsi que le dimanche à 14 h.