Guy Lalancette est parti d’une expérience personnelle pour écrire Les cachettes, un roman dont le personnage central est disparu sans laisser de traces. Publié par VLB Éditeur, cet ouvrage sera en librairie à compter du 20 janvier.
Guy Lalancette est parti d’une expérience personnelle pour écrire Les cachettes, un roman dont le personnage central est disparu sans laisser de traces. Publié par VLB Éditeur, cet ouvrage sera en librairie à compter du 20 janvier.

Guy Lalancette, l’homme derrière Les cachettes

Une fillette de 11 ans a disparu. Ce n’est pas la première fois que Claude Kérouac échappe au regard de ses proches. Elle a pour habitude de passer des heures, voire des journées, dans les replis de la maison familiale. Cette fois, cependant, la police a été avisée et la voici qui interroge sa mère, ses nombreux frères et soeurs, de même que les voisins. C’est le déroulement de cette enquête, jumelé aux réflexions de la principale intéressée, qui rythme Les cachettes.

La structure du nouveau roman de Guy Lalancette est rigoureusement symétrique. Un chapitre sur l’enquête, suivi par un chapitre où Claude s’exprime, et ainsi de suite. On découvre une enfant singulière, psychologiquement instable, mais d’une rare intelligence, possiblement surdouée. On note également que les membres de sa famille fonctionnent en silo. Ils résident sous le même toit sans avoir le sens du collectif, un réflexe qu’a aussi leur mère, dont le conjoint a pris le large.

Parlant de cachette, l’écrivain originaire de Girardville, désormais installé à Chibougamau, reconnaît qu’il était sujet aux mêmes inclinations que son héroïne. «J’étais le 11e de 12 enfants et moi aussi, je cherchais des coins isolés où je m’installais avec un dictionnaire, une caisse de Coke et du papier pour écrire de la poésie. Dans un poulailler, par exemple. Claude Kérouac, c’est moi», a-t-il confié au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Cette formule évoque irrésistiblement la citation de Flaubert: «Madame Bovary, c’est moi». Or, Guy Lalancette ne se doutait pas que son ombre allait se confondre avec celle de la fillette. Du moins, pas tout de suite. «C’est seulement après l’écriture du roman que j’ai réalisé que je me cachais derrière Claude, fait-il remarquer. On peut parler d’une double cachette.»

Une autre information qui lui est venue sur le tard tient au sort de Claude. Pas du genre à travailler à partir d’un plan, l’auteur a tricoté son histoire avec tant d’abandon que lui-même s’est retrouvé dans la même position que ses futurs lecteurs (Les cachettes, publié par VLB Éditeur, sera disponible en librairie à compter du 20 janvier). «Au milieu du roman, j’ai découvert que moi non plus, je ne savais pas où Claude était cachée», reconnaît-il.

Par contre, la création des chapitres pairs, ceux où s’exprime son alter ego, est venue spontanément, en toute lucidité. Elle a sa propre respiration, ses tics de langage, ses impatiences exprimées comme à bout de souffle, avec une touche d’affection pour faire bonne mesure. «Ça me vient facilement, une écriture comme celle de Claude. C’est un mix entre l’enfant de huit ans dans Les yeux du père et La conscience d’Eliah», analyse Guy Lalancette.

Quant à sa décision de mettre en scène une famille nombreuse, ce qui constitue un anachronisme à notre époque, elle lui a fourni beaucoup de grain à moudre. «Ça m’a permis d’aller dans plein de directions au moment d’aborder les rapports de Claude avec les membres de sa famille, raconte l’écrivain. En même temps, je tenais à ce que cette histoire se déroule en ville. Je ne voulais pas faire un roman du terroir.»

Mentionnons aussi, pour l’anecdote, que les chapitres consacrés à l’enquête sont ceux qui lui ont donné le plus de fil à retordre. La raison est simple: ce n’est pas le genre de la maison. «C’est à cause des dialogues. Je n’en fais pas dans mes romans et il a fallu que je les reprenne pour que ce ne soit pas trop lourd», explique Guy Lalancette, qui procédera au lancement de son dernier-né le 11 février à 19h, au Centre d’études collégiales de Chibougamau. Tous sont invités à y assister.

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DES RELECTURES INSCRITES DANS SON ADN

S’il n’en tenait qu’à lui, Guy Lalancette repousserait jusqu’à la fin de temps le jour où il doit remettre son manuscrit à l’éditeur. À ses yeux, en effet, ce geste est synonyme d’abandon. Il s’apparente à un deuil. «Ce n’est pas le meilleur moment de ma vie d’écrivain, puisque le livre ne m’appartient plus. Je n’ai plus le plaisir de retravailler dessus», avance-t-il.

Les relectures sont inscrites dans son ADN. Elles font partie du plaisir, au lieu de constituer une corvée. Lui qui a essuyé des refus pendant une vingtaine d’années avant d’être appuyé par une maison d’édition est rompu à cet exercice. «L’essentiel, pour moi, c’est d’écrire. La publication d’un roman m’apparaît comme un événement inattendu», affirme Guy Lalancette, dont le premier de ses sept titres, Il ne faudra pas tuer Madeleine encore une fois, est sorti en 1999.

Même quand ses trois enfants étaient jeunes, même pendant sa carrière dans l’enseignement, il a trouvé du temps pour façonner son oeuvre littéraire. «J’ai besoin de multiplier mes vies», explique-t-il. Depuis 15 ans, toutefois, l’homme jouit d’une liberté quasi absolue. Hormis ses activités au sein du Théâtre des Épinettes qui, incidemment, mettra à l’affiche une création intitulée Y’é où, Raymond?, les 25 et 26 janvier, il peut raconter toutes les histoires qui lui passent par la tête.

«Maintenant, j’ai le luxe de pouvoir écrire continuellement, y compris en plein jour. Une bonne partie de ces textes restent dans mes tiroirs. Des récits, des nouvelles, toutes sortes de projets. Parfois, cependant, une ou deux pages me donnent le signal que quelque chose pourrait aboutir et j’en profite pour développer là-dessus», affirme Guy Lalancette.

Une autre constante, chez lui, découle de son désir de construire des histoires fondées sur ses expériences de vie. Entrer dans la peau d’un boxeur, d’un pêcheur de marlins, ne lui viendrait pas naturellement. «J’écris toujours à partir de ce que je suis, de mes feelings, de mes émotions», dit-il en traçant un parallèle entre lui et Claude Kérouac, l’héroïne de son nouveau roman, Les cachettes.

Comme elle dans son quartier, il était perçu comme un adolescent bizarre, marginal, au sein de sa communauté de Girardville. «On me laissait tranquille et j’aimais les membres de ma famille, mais à 14 ans, j’ai eu besoin d’espace. C’est pour cette raison qu’au cours des quatre années suivantes, j’ai étudié au Juvénat de Desbiens», fait observer l’écrivain.

Il trace cependant une ligne très claire par rapport au comportement de Claude, à qui il arrive de poser des gestes répréhensibles, que d’aucuns jugeraient violents. «Ça laisse croire qu’elle a de sérieux problèmes de santé mentale, ce qui n’était pas mon cas», nuance Guy Lalancette.