e psychanalyste Guy Corneau, originaire de Chicoutimi, est décédé jeudi d'une maladie auto-immune.

Guy Corneau, le psychanalyste qui a marqué sa profession

Le psychanalyste Guy Corneau, originaire de Chicoutimi, est décédé jeudi à Montréal. Sa mort survient deux semaines après celle de sa soeur, l'artiste peintre Joanne Corneau (Corno).
L'équipe de communication de Guy Corneau a affirmé sur sa page Facebook qu'il est décédé à l'Institut de cardiologie de Montréal. Il souffrait d'une cardiomyopathie fulminante (attaque inflammatoire du myocarde).
Guy Corneau, qui s'éteint à l'âge de 65 ans, s'est fait connaître du grand public aussi comme auteur, animateur et conférencier. Il y a 25 ans, il a fondé le Réseau hommes Québec (RHQ), après la publication de son livre Père manquant fils manqué, qui a été maintes fois réédité et traduit dans une dizaine de langues.
Ses réflexions, issues de son expérience psychanalytique, ont amené dans le débat public la souffrance des hommes et le rôle du père.
Le 22 décembre, Guy Corneau a commenté dans les médias la mort de sa soeur, connue sous le nom de Corno. Il était apparu en bonne santé. L'artiste peintre se trouvait au Mexique pour recevoir des traitements, lorsqu'elle s'est éteinte, à 64 ans.
Par le passé, le psychanalyste de Chicoutimi a combattu un cancer de grade 4 avec succès. En 2007, Guy Corneau apprend qu'il souffre d'un cancer de stade avancé. Ses deux poumons, sa rate et son estomac sont grièvement atteints, et les médecins ne sont guère optimistes. Mais après plusieurs traitements de chimiothérapie, Guy Corneau surprend les spécialistes. Après avoir frôlé la mort, il est guéri.
Il a raconté cette traversée du cancer dans son ouvrage Revivre, publié en 2012. Dans ce livre, l'auteur lançait un message d'espoir et implorait les gens de ne pas attendre d'être malades pour profiter de la vie.
À en croire nos archives, Guy Corneau, père d'un jeune enfant, s'est fait plus discret après 2013.
un legs important
Le Réseau hommes Québec a concrétisé l'invitation de Guy Corneau aux hommes de se rencontrer, de se réunir et d'échanger. Par ailleurs, cette initiative a généré une prise de conscience sur l'identité masculine, le rôle traditionnel de l'homme, son conditionnement et son influence sur les générations plus jeunes.
Une citation de Guy Corneau résume bien sa ligne de pensée sur le site Web du RHQ: «C'est vers le futur que nous sommes poussés par les images qui nous habitent. Je ne sais pas ce qu'est l'homme, encore moins ce qu'il devrait être. J'essaie plutôt de le sentir et d'en faire une expérience intime. J'essaie de laisser advenir l'homme en moi.»
Le RHQ compte 27 groupes à travers la province, dont trois à Jonquière et un à Saint-Félicien. Il y a également des groupes affiliés en France, en Belgique et en Suisse.
Guy Corneau a aussi fondé, en 1997, le regroupement Productions Coeur.com. De 1997 à 2006, Guy Corneau s'est entouré d'une vingtaine d'artistes et de thérapeutes au sein de cet organisme pour «créer de nouveaux types de conférences, d'ateliers, de séminaires et de voyages alliant la compréhension psychologique et l'expression créatrice dans une perspective d'ouverture du coeur», selon l'Association des psychanalystes jungiens du Québec.
Très engagé socialement, il est également cofondateur du cercle C.G. Jung de Montréal.
Détenteur d'une maîtrise en sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (1976) et psychanalyste diplômé de l'Institut Carl Gustav Jung de Zurich (1981), Guy Corneau est l'auteur de cinq livres à succès. En plus de Père manquant fils manqué, L'amour en guerre, La guérison du coeur, Victime des autres, bourreau de soi-même et Le meilleur de soi ont connu de vifs succès.
Guy Corneau, aussi un homme de théâtre, a donné des centaines de conférences et animé de nombreux ateliers de développement personnel, et ce, autant au Québec qu'à l'international. Il a également animé ou participé à plusieurs émissions à la télévision. Avec La Presse
Le psychologue Louis Legault estime que Guy Corneau a démocratisé la profession.
Un grand homme et une source d'inspiration
«Guy Corneau aura été quelqu'un de grand pour la profession. Il a réussi à la démocratiser et a ouvert plusieurs voies.»
Questionné au lendemain du décès du psychanalyste, le psychologue de Saguenay Louis Legault a parlé de Guy Corneau comme d'une source d'inspiration, autant dans la vie que sur le plan professionnel. «Je n'ai pas eu l'honneur et la chance de le rencontrer, mais j'ai pu ressentir les impacts de ses actions. C'est un grand pour notre professionnel. Il a pavé la voie, en explorant des sujets comme la souffrance des hommes et le fait d'utiliser les échecs pour se relever et se propulser vers l'avant. Son oeuvre est déterminante», a partagé Louis Legault, lors d'une entrevue téléphonique.
«Ce n'est pas juste un grand pour le Québec, a repris le psychologue. Ces livres ont été traduits dans plusieurs langues et ont été beaucoup appréciés. C'était un homme sage, simple, attachant et accessible. Il s'exprimait très bien, avait de grandes capacités de communication. Il a fait beaucoup pour la profession, autant pour les psychanalystes, les psychiatres que les psychologues. C'étaient des professions mystérieuses pour le public.
«Se relever, se propulser vers l'avant... Ç'a été une grande leçon de vie pour moi, personnellement et au quotidien dans ma profession», a conclu Louis Legault.
Le psychanalyste Guy Corneau et le photographe du Quotidien et du Progrès-Dimanche Jeannot Lévesque ont participé en 2014 à un projet de livre.
Un ami «sincère» pour le photographe Jeannot Lévesque
Le photographe du Quotidien et du Progrès-Dimanche Jeannot Lévesque a vécu de belles années de jeunesse avec le psychanalyste Guy Corneau, et les deux amis ont collaboré en 2014 pour le livre Zoom sur le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette dernière rencontre évoque de doux souvenirs pour notre collègue.
Vingt-cinq écrivains de la région avaient été jumelés, par tirage au sort, à 25 photographes de presse pour cette initiative venant souligner le 50e anniversaire de l'événement. «Quelle ne fut pas ma surprise quand ils ont pigé nos deux noms pour travailler ensemble! On a ri! J'aurais pu tomber sur n'importe qui. Ç'a été l'occasion de passer une belle journée ensemble. On a eu du fun! On a parlé de tout et de rien, de notre jeunesse, de nos mauvais coups. Il venait de gagner son combat contre le cancer, mais on n'a jamais parlé de sa maladie», se rappelle Jeannot Lévesque.
«On s'est levé à 6h le matin. On a pris des photos à l'endroit où il a demeuré longtemps, puis on est allé à Sainte-Rose. Il fallait illustrer deux de ses textes. Je me rappelle qu'il y en avait un de plus poétique et je ne comprenais rien! On a pris des photos lumineuses pour montrer le renouveau, la vie, la renaissance. C'était une journée exceptionnelle! C'est un beau souvenir», poursuit le photographe, le sourire aux lèvres.
Jeannot Lévesque et Guy Corneau se sont connus au Cégep de Chicoutimi, alors qu'ils étaient de jeunes adultes. «C'était un de mes chums. On a fait les 400 coups ensemble, comme tout le monde de cet âge-là. On n'était pas comme les deux doigts de la main, mais on avait des atomes crochus.
On a gardé contact. Guy était quelqu'un d'extrêmement fin, gentil, sincère, intéressant, charmant et charmeur. J'ai toujours eu l'impression qu'il n'avait aucune malice», se souvient le photographe de presse, attristé par le décès de son ami.