En début de soirée, déjà, il y avait foule sur le site des Grandes Veillées. Le public a profité du temps doux pour assister au premier spectacle proposé vendredi, celui du groupe Les Poules à Colin.

Grosse foule pour les Poules

D’habitude, les Grandes Veillées annoncent la fin de l’été. Même quand il fait beau, le vent qui vient de la baie a des airs de septembre et ceux qui n’ont pas apporté une petite laine s’en mordent les doigts. Vendredi soir, cependant, on se serait cru au mois de juillet sur le site du festival, niché à Bagotville. L’air était enveloppant et le ciel bleu rose sous lequel s’est amené le premier groupe appelé à animer l’édition 2018, Les Poules à Colin, laissait entrevoir de belles choses.

Peut-être en raison des conditions favorables, il y avait plus de monde à l’ouverture, comparativement aux années passées. C’est juste qu’avant que le présentateur Fred Gagné n’invite les gens à se rapprocher de la scène pour accommoder le photographe du Progrès, Rocket Lavoie, ils étaient demeurés en retrait, formant de petits comités pour mettre leur placotage à jour.

Certains ont reflué après s’être fait tirer le portrait, mais il en restait assez pour accueillir dignement le quintette constitué de quatre femmes et un homme, le Colin en question. Tous vêtus de blanc, comme pour maintenir une saine distance par rapport au trad pur et dur, ils ont commencé à afficher leurs couleurs sur l’air de Morbleur, Sambleur.

Chantées par la violoniste Béatrix Méthé, les paroles étaient peu audibles, mais laissaient filtrer le trouble provoqué par cette histoire que couronne une tête tranchée. Les arrangements, par contre, n’avaient rien de sinistre. Le piano et la guitare acoustique ont apporté une touche moderne, tandis que le violon formait une sorte d’ancrage, un lien direct avec le passé.

Éléonore Pitre et Colin Savoie-Levac ont vécu leur première participation au festival Les Grandes Veillées, vendredi soir. Membres du groupe Les Poules à Colin, ils ont interprété plusieurs chansons tirées de l’album Morose, en compagnie de leurs camarades Sarah Marchand, Marie Savoie-Levac et Béatrix Méthé.

«Bonsoir La Baie. On est tellement contents d’être ici. C’est notre première fois», a souligné la chanteuse et musicienne. Après une trentaine de minutes pendant lesquelles le groupe a poursuivi son exploration de l’album Morose, qui porte bien son nom, on a senti que la foule, de plus en plus nombreuse, commençait à les trouver de son goût, Les Poules à Colin.

Même une pièce aussi ambitieuse que My Room, dont on a fait un vidéoclip célébrant la danse contemporaine, a été saluée par des cris et de généreux applaudissements. Il est vrai que le mariage du piano, du banjo et du violon en ouverture, très élégant, très doux, suivi du chant plaintif de Béatrix Méthé, puis d’un solo énergique au violon, a donné beaucoup à entendre.

«Maintenant, voici l’histoire d’une femme jalouse de sa belle-fille et qui demande à son fils de la tuer», a joyeusement annoncé Colin, prélude à un autre tour de force ayant pour titre Belle Exodine. Quand la musique a pris son erre d’aller, touffue, portée par la guitare, le banjo, le violon et des effets électro, ainsi que les voix mêlées de tous les membres du groupe, on a ressenti un léger frisson qui ne devait rien à la température extérieure. Le site des Grandes Veillées était devenu une scène de crime.

Puisque le temps filait, le groupe a sorti un autre as de sa manche, une reprise de la chanson de Daniel Lanois, The Collection Of Marie Claire. Elle a été faite à trois, lancée par le banjo de Colin qui a produit un son intéressant, comme étouffé, un brin spectral. C’est là-dessus que se sont posées les voix de Béatrix Méthé et de la pianiste Sarah Marchand, s’exprimant en anglais et en français dans un cadre dépouillé, inquiétant. Une performance qui a suscité une forte réaction, amplement méritée.

Une autre forme d’adhésion s’est manifestée sur la dernière pièce au programme, la très tonique Breakfast At The Méthé’s. Le violon s’est agité pour la peine pendant qu’une partie de l’assistance, devenue étonnamment dense, a suivi le rythme en dansant. La table était mise pour Les Fous du Roi et leur machine infernale, qui a craché des étincelles en progressant vers la scène, ainsi que pour le groupe Solo, chargé de clôturer cette belle soirée.