Giorgia Fumanti est parvenue à concilier ses racines italiennes et sa nouvelle vie au Québec grâce à un album en français intitulé Amour.

Giorgia Fumanti, apôtre de l'amour

Depuis quatre semaines, le nouvel album de Giorgia Fumanti, Amour, squatte le sommet du palmarès québécois. Seul Éric Lapointe a pu le déloger de la première place dans les derniers jours, ce qui montre à quel point les interprétations de la Québécoise originaire de l’Italie sont appréciées dans sa terre d’accueil.

C’est d’autant plus satisfaisant que cet enregistrement réalisé en 2017 constitue un hommage à sa nouvelle patrie. Toutes les pièces sont en français, en effet, une langue que la chanteuse maîtrise bien, mais moins que l’italien et l’anglais, de son propre aveu. Elle a donc pris ses aplombs avant d’entrer en studio, puisqu’à ses yeux, le texte doit être aussi bien servi que la musique.

« Je tenais à ce que ce soit en français parce que c’est au Québec que j’ai eu mes enfants et parce que ma plus vieille, âgée de 9 ans, est inscrite dans une école francophone, ce dont je suis fière. Je me suis donné du temps pour préparer ce projet et je suis contente du résultat », a confié Giorgia Fumanti jeudi, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Symbolisant sa double allégeance, celle des origines et celle de sa nouvelle vie, trois chansons écrites en italien ont été traduites dans la langue de Tremblay. La plus ancienne, Un amour encore plus grand, a été très populaire dans les années 1970. C’est d’ailleurs elle qui ouvre l’album, tandis que Perdre l’amour et Grand amour ont été placées à la toute fin.

« Tous les Italiens connaissent Un amour encore plus grand, et, lorsque j’ai rencontré les auteurs, ils ont été touchés à l’idée qu’on en fasse une version française, mentionne l’interprète. Je suis également la première femme à l’enregistrer. Plusieurs personnes ont repris cette composition, dont Luciano Pavarotti, mais uniquement des hommes. »

Un cadeau au pape François

Détail intéressant, Perdre l’amour a été offerte au pape François l’année dernière, à la faveur d’une audience privée. « Je l’avais choisie parce que cette pièce évoque l’amour entre un homme et une femme, mais aussi les liens qui unissent des amis et l’amour qu’on porte à Dieu. Quand je l’ai donnée au pape avec quelques-uns de mes albums, sa première réaction a été de demander : ‘‘Est-ce que c’est pour moi ? ’’ Cet homme est si humble », rapporte Giorgia Fumanti.

Cette manière d’être est magnifiée par le luxe ostentatoire qui entoure le souverain pontife. Vivre ainsi n’a pas érodé son humanité, bien au contraire. « J’ai été bouleversée par l’amour que dégage cet homme, sa lumière. Dans ses yeux, on voit un grand coeur », fait observer l’interprète, qui avait amorcé son séjour à Rome en chantant à la télévision vaticane.

Une autre marque d’affection est venue de Claude Dubois, dont elle a repris Si Dieu existe. Ils se connaissaient déjà, puisque leurs enfants fréquentaient la même école, il y a quelques années. Lorsqu’il a entendu cette version, le vétéran lui a spontanément accordé sa bénédiction. « Il a été très gentil avec moi », confirme sa consoeur.

Elle s’est aussi attaquée aux classiques de Jean-Pierre Ferland et de Raymond Lévesque, Une chance qu’on s’a et Quand les hommes vivront d’amour, tout en abordant les monuments du répertoire francophone que sont L’hymne à l’amour et La quête. Entre les deux, on remarque la présence du Hallelujah de Leonard Cohen, la seule pièce qui ait été commercialisée avant l’enregistrement d’Amour.

Elle est tirée d’un album de Noël sur lequel on entend La Croche Choeur, la chorale de Saint-Nazaire dirigée par une amie de la chanteuse, Desneiges Simard. « Nous l’avions faite au Lac-Saint-Jean, et j’ai décidé de la reprendre sur le nouvel album, afin de lui donner une plus grande visibilité, au-delà de la période des Fêtes », souligne l’artiste.

Quant au titre, Amour, il est apparu tout naturellement, après la sélection des pièces qui le composent. Ce qu’il reflète transcende toutefois les mots et les notes qui y sont rassemblés, eu égard au contexte dans lequel ce disque est né. « Mon père était très malade, et, moi aussi, j’ai eu des défis de santé. Or, le fait de me retrouver en studio m’a procuré beaucoup de joie. Le chant, c’est une grande thérapie », constate Giorgia Fumanti.

Un pied au Québec, un pied dans l'international

Depuis son arrivée au Québec, il y a 12 ans, Giorgia Fumanti mène une double vie. Elle cultive patiemment les liens avec sa terre d’élection, tout en continuant de se déployer sur la scène internationale. C’est ainsi qu’on pourra l’entendre à Montréal et à Saint-Jérôme dans les prochains mois, ce qui ne l’empêchera pas de donner des spectacles au Mexique, où un nouvel album sera lancé au cours de l’été.

« Je devais m’y rendre ce mois-ci, mais j’ai reporté ce voyage pour éviter de bousculer mes enfants. Je sortirai alors un enregistrement en espagnol », indique la chanteuse. La patrie de Zapata compte en effet parmi ses châteaux forts, ainsi que l’illustre sa tournée effectuée en 2017. Or, on remarque un engouement équivalent en Chine, où huit villes l’ont accueillie l’an passé, de même qu’en 2016, et où elle retournera en 2019.

« Ça représente de longs déplacements, en avion et en train », relate Giorgia Fumanti, qui tente de concilier la vie de chanteuse avec sa vie de mère et d’épouse. C’est dans cet esprit qu’en 2017, elle avait profité des vacances estivales pour se produire dans son Italie natale. Une sortie en famille que l’artiste n’est pas sûre de répéter cette année, puisqu’elle souhaite bâtir sur le succès que connaît son nouvel album, Amour, auprès du public québécois.

« Je suis touchée par la réponse des gens et je veux profiter des prochains mois pour donner de l’énergie à cet enregistrement. Plusieurs ne réalisent pas que je vis ici. C’est pourquoi je veux être plus disponible. Des spectacles ont été planifiés à Montréal et dans les alentours, mais je désire chanter plus fréquemment au Québec, que ce soit pour Amour, ou à l’occasion de concerts de Noël », énonce l’interprète.

Elle espère également revenir au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où de nombreux projets lui ont permis de chanter avec ses amis de La Croche Choeur, basés à Saint-Nazaire. Aux Fêtes ou dans un contexte différent, peu lui importe. Il s’agira de joyeuses retrouvailles.