Gabrielle Desgagné séduit à Panache

Il n'y avait pas plus agréable lèche-vitrine à faire que celui auquel on pouvait s'adonner, hier soir, au hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi. La deuxième soirée de Panache Événement mode en a mis plein la vue aux spectateurs, qui ont constaté que le velours et la dentelle valsent très bien ensemble, que le tartan et le faux cuir forment un match parfait et que le col baveux peut être aussi élégamment porté que la robe de soirée.
Cinq designers présentaient leurs collections hier soir, la plupart québécois. La marque Lolë, fondée à Longueuil, a ouvert le bal avec son défilé des tenues décontractées. C'était un vent de jeunesse soufflé à pleins poumons sur la salle. Si le commun des mortels peut penser que Lolë se résume au legging flamboyant et à la tenue de yoga, la griffe a tôt fait de déconstruire le mythe avec d'intéressantes juxtapositions qui faisaient verser le style sportif dans le prêt-à-porter. Le veston vieux rose, agencé à la jupe superposée au collant imprimé donnait presque envie d'arborer un nouveau look lundi matin. Lolë a ouvert l'appétit des amateurs de beaux vêtements, qui ont ensuite eu droit à un festin pour les yeux.
Avec la collection Jax N Joe de Gabrielle Desgagné, les personnes assises dans l'espace défilé ont eu l'impression d'être transportées dans une autre galaxie. La designer originaire de Saguenay joue dans un registre qui va de l'extrêmement romantique à l'on ne peut plus contemporain avec des vêtements uniques qui nous donnent l'assurance qu'on ne les verra jamais ailleurs que sur soi. Des tenues de velours bleu nuit, comme cette robe à la longue traîne bordée de dentelle et l'autre, noire, qui emmenait le «little black number» dans une tout autre dimension. Avec Jax N Joe, le diable est manifestement dans les détails et la minutie de la designer se perçoit jusqu'au bout des manches et sur l'ourlet du pantalon. L'épaule dégagée, l'amalgame parfait entre le chic et le décontracté, la chaleur d'un lainage féminisé par une ingénieuse fantaisie. Il est inévitable que des échantillons de la collection de Gabrielle Desgagné se fraient un chemin dans la garde-robe de plusieurs Saguenéennes cet automne.
Après avoir reçu ce qui était bien plus que de la poudre aux yeux, le public a semblé bien aimer ce qu'avait à lui montrer la griffe Robes et Noeud Pap. Cette fois, les messieurs y trouvaient leur compte autant que les dames. Des robes de style collégien, des carreaux, des beaux vestons. Plusieurs directions. Autant d'avenues à prendre.
Heure de tombée oblige, l'auteure de ces lignes a dû se défiler à la moitié du spectacle. Quitter si tôt signifiait rater les collections du Château et de Michael Kors, dont les mannequins devaient déambuler au son de la musique du groupe régional Mordicus.
Succès
L'organisatrice Marie-Kim Bouchard est ravie du succès remporté par Panache, qu'elle considère toujours comme un bébé à trois ans. De plus en plus, le festival fait parler de lui ailleurs et les organisateurs se font courtiser.
«On réalise que les femmes de la région ont envie de payer un peu plus cher pour avoir un vêtement fait au Québec, durable et de qualité, qu'elles vont agencer avec autre chose. On ose croire qu'avec Panache, on a pu démocratiser l'univers de la mode. Ça me touche de sentir cet impact», a formulé Marie-Kim Bouchard, qui prédit de belles et grandes choses pour les éditions à venir.