Fred Laforge a recouvert un moulage de vêtements réels afin de créer une pièce qui fait référence au montage d'une exposition.

Fred Laforge: une exposition sur mesure

La dernière exposition de Fred Laforge dans sa région natale remontait à quelques années déjà. L'artiste avait envie de revenir présenter son travail à Chicoutimi. Tellement, que l'exposition qu'il présente à l'Espace Séquence a été complètement pensée en fonction des salles d'exposition de la rue Racine.
Comment ne pas être cynique?, présentée jusqu'au 11 novembre, a été imaginée à Montréal, ville qu'habite Fred Laforge depuis 2003. Toutefois, c'est dans les locaux du Centre Bang qu'elle a pris forme, se façonnant à l'espace dans lequel elle se déploie.
«Je me suis remémoré une exposition que Carl Bouchard a faite ici en 1999. Il avait utilisé une bouche d'aération pour mettre une photo. Ça m'a fait penser à l'Espace Séquence. J'ai pensé travailler avec l'espace de diffusion comme matériel. C'est à l'Espace Séquence que je pensais quand j'ai développé mon projet», raconte l'artiste.
Fred Laforge est arrivé à Chicoutimi plusieurs jours avant le vernissage de son exposition. Pendant près de trois semaines, il a oeuvré à mouler ses pièces à l'espace qui lui était offert. Certaines des oeuvres ont pris forme dans la salle d'exposition, elles s'y sont façonnées.
«Je travaille avec l'espace de galerie comme un espace construit. Je travaille avec les hasards qui arrivent en montage également.»
De cette façon, une pellicule en polyéthylène qui devait d'abord protéger certaines pièces lors du montage de l'exposition est notamment demeurée en place.
«L'exposition m'a demandé beaucoup de temps. Le montage a nécessité près de trois semaines de travail alors qu'habituellement, j'y consacre deux jours», explique l'artiste.
L'exposition de Fred Laforge se déploie sur deux espaces. À travers son corpus d'oeuvres, l'artiste joue avec les perceptions, confrontant le visiteur à une première impression ensuite déconstruite. Grâce à différentes interventions, il questionne les limites entre le vrai et le faux, entre l'objet utilitaire et l'objet esthétique.
Ses pièces fascinent, forcent à s'approcher. On voudrait les toucher, pour faire la part du réel entre ce que le toucher et la vue transmettent.
«J'utilise des stratégies assez simples pour déformer l'objet, de petits leurres», décrit-il.
Fred Laforge propose notamment une reproduction de Philippe IV du peintre Vélasquez, un tableau courbé qui se moule à une colonne qui lui a donné du fil à retordre.
«J'ai créé une courbure dans le mur. Ç'a demandé beaucoup de travail. J'ai choisi cette image, car j'ai longtemps travaillé sur le corps atypique. J'ai beaucoup traité du travail de Vélasquez dans ma thèse. Il a beaucoup travaillé avec les personnes de petite taille qu'il peignait de façon noble, ce qui contraste avec sa façon de peindre le roi Philippe IV, qu'il ne représente pas très beau.»
L'artiste a aussi ouvert un mur afin de prendre une photo de ce qui se cache derrière le plâtre. Le visiteur a l'impression qu'il est toujours ouvert. Pourtant, le mur a été refermé.
Dans la salle, quelqu'un soulève une boîte de transport. En s'approchant, le visiteur découvre qu'il s'agit d'une des oeuvres de l'exposition. «C'est l'idée du montage d'une exposition. J'ai mis en scène la boîte de transport. L'oeuvre est elle-même sa boîte de transport.»
Encore une fois, précise l'artiste, il a utilisé une stratégie assez simple, le moulage recouvert de vêtements réels.
Une oeuvre en papier bulle est en fait un moulage. Une immense colonne de résine donne l'impression d'avoir été écrasée. Avec une peinture mate, l'artiste lui a donné des airs de plâtre.
Par son exposition, Fred Laforge met en lumière le pouvoir de l'art à transformer notre perception. Le visiteur, lui, prend plaisir à se laisser prendre au jeu, puis à découvrir la vraie nature des oeuvres dont l'esthétisme est à la fois agréable et fascinant.
L'artiste renoue avec la création in situ
Avec Comment ne pas être cynique?, Fred Laforge renoue avec la création in situ.
«J'ai fait beaucoup d'oeuvres in situ quand j'étais plus jeune, lorsque j'habitais la région. Je travaillais beaucoup avec le lieu, avec les gens», souligne celui qui, à l'époque, faisait partie du collectif Delabela avec Stéphane Bernier et Hugo Lachance.
Au cours des dernières années, il s'est plutôt consacré aux corps atypiques à travers sa thèse de doctorat. «J'ai travaillé avec des nains, des personnes trisomiques, des femmes rondes. Quand j'ai fini ma thèse, il m'est apparu évident que ce thème était le pivot de mon doctorat, mais que le pivot de l'ensemble de mon travail était autre», affirme celui pour qui la question de la diversité est un thème récurrent et qui a un intérêt pour l'identité culturelle.
Le titre Comment ne pas être cynique? a été choisi en fonction de la démarche actuelle de l'artiste. L'exposition fait partie d'un tout.
«C'est le nom d'un corpus d'oeuvres que je suis en train de produire. La question politique a toujours été le moteur de mon travail, sans être militant pour autant. C'est plutôt au deuxième ou au troisième degré», explique-t-il. «La question du cynisme me hante ces temps-ci. C'est aussi en lien avec l'époque des années 90 où j'ai grandi. Une époque qui était elle aussi marquée par un cynisme. C'est un titre aussi assez poétique, qui reste ouvert», estime-t-il.