Iris a eu beaucoup de plaisir lors de la création de Folk. La bande dessinée raconte les aventures d’un « loser » qui tente de s’enrichir en relevant le défi que lui a lancé un fantôme.

Folk, une histoire de diable, de désert et de guitare

Les amateurs de blues connaissent la légende de Robert Johnson, ce musicien noir qui aurait conclu un pacte avec le diable afin de jouer de la guitare comme un dieu. C’est une expérience similaire que vit l’antihéros de Folk, une bande dessinée signée Iris. La Gatinoise a imaginé que ce drôle d’animal, plus porté sur la bouteille que sur le bottleneck, recevait la visite d’un spectre lui offrant gloire et richesse, à la condition qu’il monte un groupe et enregistre un disque au studio Delta, le tout en l’espace de 100 jours.

Ce n’est pas l’être le plus sympathique, une impression qu’accentue sa tendance à faire systématiquement les mauvais choix avant de trébucher sur la vérité. On se demande aussi comment il parviendra à traverser le continent, lui qui n’a pas un sou qui l’adore, afin d’atteindre son objectif. Le désert est grand, en effet, surtout que cette histoire se déroule au temps du Far West.

« La légende de Robert Johnson sert de prétexte pour présenter une odyssée qui fait penser aux 12 travaux d’Astérix. C’est une aventure avec plein d’obstacles et de rencontres, ce qui me plaît parce que j’aime créer des personnages et que l’univers du western se prête à ça », a souligné Iris, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Elle qui aime dessiner des personnages colorés s’est fait plaisir en leur donnant des têtes et des corps d’animaux. En riant, la bédéiste invoque la paresse pour justifier cette décision. Ça lui évite de respecter les proportions. En prime, elle n’a pas besoin de s’interroger sur la couleur de la peau des protagonistes, sujet délicat entre tous. C’est ainsi que Jug fait équipe avec un grand oiseau baptisé Schlag, le premier musicien recruté en vue de la session d’enregistrement.

« Jug est un ‘‘loser’’ sympathique, une catégorie de gens que je trouve bien drôles. Il aime faire le party. Il est super irresponsable, alors que Schlag a pour seul objectif de gagner de l’argent rapidement afin de retourner à la maison pour faire soigner son épouse. Lui, il est dans la rectitude », mentionne Iris, dont l’album est publié par La Pastèque.

Précisons qu’il a pris naissance sur un blogue, un support que l’artiste a dû abandonner à regret. Elle appréciait les commentaires soumis par les lecteurs, mais s’est sentie piégée parce que ça l’empêchait de modifier les planches déjà soumises à leur attention. Or, cette liberté d’action lui tenait à coeur, puisqu’elle ouvrait la porte à des fantaisies comme ce clin d’oeil au Monopoly coïncidant avec la participation de Jug à un concours de beauté.

La forme du livre, proche de celle des vieux « comic books » imprimés sur du papier bon marché, découle également d’un choix artistique. Son unique crainte est que des acheteurs soient déçus en constatant, à la caisse, que le prix réel est supérieur aux 15 cents indiqués sur la couverture. On précise aussi qu’il s’agit du premier épisode et cette fois, c’est conforme à la réalité. Il y en aura quatre, au total, soit un de plus que le nombre annoncé dans un communiqué de presse diffusé récemment.

« C’est une question de volume qui nous incite à publier autant de livres. Je vise un total de 400 à 500 pages. Mon objectif consiste à sortir un album par année. Je sais comment l’histoire commence et comment elle finira, mais entre les deux, je me laisse inspirer par le moment. Même si des choses sont écrites, ça peut changer », rapporte Iris.