À sa troisième participation au Festival international des Rythmes du Monde, Dominique Hudson a transformé la rue Racine en piste de danse, tout en payant lui-même de sa personne.

FIRM: le pendant boréal des Antilles

Dense. Danse. Danza.

Trois mots pour décrire l’atmosphère qui a régné jeudi soir, dans le voisinage de la cathédrale. Pendant 90 minutes, une fraction du centre-ville de Chicoutimi a échappé à la juridiction des autorités municipales. Elle est devenue le pendant boréal des Antilles et pas juste parce que l’air était pesant, comme si la pluie annoncée par les oiseaux de malheur était demeurée en suspension. Le grand responsable de ce phénomène fut Dominique Hudson, invité pour une troisième fois à l’occasion du Festival international des Rythmes du Monde (FIRM).

C’est le genre de gars que tout le monde aime en raison de son caractère enjoué et de l’authenticité qu’il dégage. Il n’y a rien de phoney chez lui et quand, de surcroît, il se met en tête d’amener des milliers de personnes dans le Sud, toute résistance est futile. Sept ans se sont écoulés depuis le début de sa phase Danza, du nom de l’un de ses succès et des albums qui ont vu le jour dans son sillon. Or, loin de s’attiédir, la ferveur de ses fans reste si forte qu’elle a résisté aux caprices de la météo. Sans atteindre des proportions équivalentes à celles de la veille, lors du passage de La Compagnie Créole, la foule venue l’entendre était aussi dense que l’air ambiant et aussi électrique.

On dirait que le mot intensité a été inventé pour décrire Peppe Voltarelli, ainsi qu’ont pu le constater ceux qui l’ont entendu jeudi, sur la rue Racine.

Accompagné de sept musiciens et deux danseuses qui n’auraient pas déparé au Tropicana, Dominique Hudson a mis la table sans tarder. « J’ai le goût de toi. Fais-moi vibrer. Fais-moi danser », a-t-il chanté sur fond de percussions nerveuses. C’était Danza, bien sûr, la pièce par laquelle tout est arrivé. Sous une demi-lune bienveillante, plusieurs personnes ont esquissé des pas sur l’asphalte. Il faisait clair, mais dans le coeur des gens, il était minuit.

Quand l’artiste a enchaîné avec On part au soleil et On bouge, cette folie douce est devenue contagieuse, gagnant même quelques couples rassemblés au milieu de la rue. Les hommes faisaient tourner lentement leurs partenaires, comme pour étirer le plaisir de cette soirée qu’ils se remémoreront avec un reste d’incrédulité, en janvier, quand la Racine sera plus froide que la glace d’un daiquiri.

Dominique Hudson parle souvent de sa démarche artistique comme d’une fusion, ce qu’il a démontré en quelques occasions au fil du spectacle. Difficile d’imaginer des versions latines de vieux succès comme Pour un flirt avec toi, Une belle histoire et Comme d’habitude, mais ça se peut et c’est même agréable. En prime, sa voix est bien plus belle que celle de Claude François.

Lucibela a gagné le coeur du public en début de soirée, lors de sa première visite à Chicoutimi.

Plusieurs fois, aussi, la foule s’est mise en chanter spontanément, reprenant des passages familiers d’une chanson. Un bel exemple de cette proximité avec l’artiste est survenue pendant l’interprétation de Je l’aime à mourir, puis sur Stand By Me. Parions que si les paroles avaient été projetées sur l’écran géant, la rue Racine serait devenue un immense karaoké.

Deux découvertes

Pendant ce temps, sur la petite scène aménagée à proximité de la rue Labrecque, deux artistes on ne peut plus différents ont fait leurs débuts au festival. La première à se manifester fut Lucibela, une chanteuse originaire du Cap-Vert. Il a suffi de quelques minutes pour qu’elle capte l’attention des spectateurs et de nombreux passants, grâce à la complicité de ses quatre musiciens.

Sa voix fait penser à une brise de fin de journée, au bord de la mer. Elle est si délicate, si apaisante, ainsi qu’on a pu le constater sur Chica Dinha Maninha, rehaussée par une ligne de guitare à l’avenant. À d’autres moments, la jeune femme dégage une sérénité qui éveille le souvenir de sa compatriote Cesaria Évora, sans toutefois tomber dans la caricature. Ajoutons qu’elle a chanté en duo avec l’Acadien Shawn Ferguson, qui lui aussi a semblé envoûté par sa manière d’être.

Après Dominique Hudson, le Cubain Alain Pérez a fait honneur à la musique latine en compagnie de son orchestre.

De son côté, l’Italien Peppe Voltarelli a fait honneur aux quatre premières lettres de son nom. Arrivé en milieu de soirée, aux côtés de deux musiciens, il a impressionné par son jeu nerveux à la guitare et sa voix qui commande l’attention, même si on ne comprend pas les mots. Les gens ont tout de suite accroché, sentant que cet artiste, qui est aussi un personnage, portait en lui une vision du monde originale.