Randy Bachman

FIRM: Bachman fait honneur à sa légende

Trop souvent, les légendes du rock ne se montrent pas à la hauteur de leur réputation lorsqu’elles se portent à la rencontre du public. Certains personnages sont blasés, d’autres à bout de ressources. Or, samedi soir, sur la Zone portuaire de Chicoutimi, c’est un Randy Bachman en pleine possession de ses moyens, entouré de solides musiciens, qui a fait honneur à son répertoire du temps des Guess Who et de Bachman-Turner Overdrive.

Trop souvent, les légendes du rock ne se montrent pas à la hauteur de leur réputation lorsqu’elles se portent à la rencontre du public. Certains personnages sont blasés, d’autres à bout de ressources. Or, samedi soir, sur la Zone portuaire de Chicoutimi, c’est un Randy Bachman en pleine possession de ses moyens, entouré de solides musiciens, qui a fait honneur à son répertoire du temps des Guess Who et de Bachman-Turner Overdrive.

Non, il n’a pas dansé et de toute manière, ça n’a jamais figuré dans sa définition de tâches. Quant à sa voix, pourtant si agréable en entrevue et lorsqu’il anime l’émission de radio Vinyl Tap à la CBC, ce n’est pas celle d’un  chanteur de haut vol. Ce que ses fans attendaient, en revanche, c’était des versions solides, authentiquement rock, de ses innombrables succès, ainsi que des interventions lumineuses à la guitare. Et dans les deux cas, l’homme leur a donné entière satisfaction.

Pendant près de 80 minutes, les titres ont défilé comme sur un «greatest hits», une séquence étourdissante amorcée sur l’air de Let It Roll. D’entrée, le son dégagé par les trois guitares, dont celle de Randy Bachman, a donné la couleur de la soirée. Il était puissant, entêtant, et on ne parle pas du long solo exécuté par le vétéran, le premier d’une belle et fabuleuse série. Les notes coulaient, agiles, parfois stridentes. Il était penché sur l’instrument, le visage impassible, alors que ses doigts dansaient sur les cordes.

Le public, nombreux, a tout de suite montré son attachement envers l’artiste originaire de Winnipeg. Puis, d’autres perles ont suivi, provenant cette fois du catalogue des Guess Who. L’ombre des Who a plané sur When The Band Was Singin’ «Shakin’ All Over», de même que celle de Burton Cummings, le chanteur à la voix si haut perchée, lorsqu’est venu le temps d’interpréter These Eyes et Laughing. C’est le bassiste qui a eu la responsabilité de les recréer et il l’a bien assumée.

Le son de BTO était centré sur la guitare, ce qu’a démontré une nouvelle fois Randy Bachman sur You Ain’t Seen Nothing Yet. Après cinq secondes, pas davantage, tout le monde a reconnu l’intro hyper-nerveuse, tellement efficace qu’on n’a pas besoin de l’entendre deux fois pour s’en souvenir. Plusieurs se sont mis à danser et pas nécessairement en réaction au vent frais qui balayait le site.

Autre intro légendaire, celle de No Time, des Guess Who. Juste de l’entendre, si fidèle à la version originale, offerte par celui qui l’a imaginée, donnait le frisson. Et que dire d’American Woman, une chanson tout aussi iconique? Cette fois, par contre, le groupe s’est révélé ratoureux en recourant à la technique du «mash-up». Tout naturellement, les arrangements se sont fondus à ceux de Whole Lotta Love, de Led Zeppelin, avant le retour à la case départ.

Dans un tout autre genre, les musiciens ont fait de No Sugar Tonight une production épique. La batterie lourde, renvoyant l’écho du jungle beat de Bo Diddley, a servi de rampe de lancement aux trois guitaristes. Chacun a eu droit à un solo, dont le fils de Randy Bachman, Tal, qui a chanté plus tard une de ses compositions: She’s So High. Le sourire discret que lui a adressé son père était entièrement justifié.

La fin du spectacle a remis BTO à l’avant-plan grâce à Let It Ride, ainsi qu’un immense «mash-up» s’appuyant sur Hey You. Cinq pièces ont été intercalées, dont You Shook Me All Night Long de AC/DC, Honky Tonk Women des Rolling Stones, Wild Thing des Troggs et Twist And Shout des Beatles. La référence au Fab Four avait de quoi faire sourire les auditeurs de Vinyl Tap, puisque Randy Bachman l’évoque fréquemment. C’est bien la preuve qu’on peut être un fan, en même temps qu’une légende du rock.

De plus en plus animé à mesure que la soirée progressait, l’invité du Festival international des Rythmes du Monde a conclu avec une version d’anthologie de Takin’ Care Of Business. Cette fois, il a chanté avec autorité, sans toutefois négliger son instrument, porteur d’un solo rugueux et néanmoins doux à l’oreille. Ce fut le dernier de la soirée et comme Randy Bachman au moment des salutations, les gens ont quitté la Zone portuaire en affichant un large sourire.

Glass Tiger

Glass Tiger

En lever de rideau, le groupe canadien Glass Tiger s’est rappelé au bon souvenir de ses fans qui, dans certains cas, le suivent depuis le milieu des années 1980. Pendant près d’un heure, il a revisité son répertoire, offrant des titres aussi connus que Don’t Forget Me (When I’m Gone), I Will Be There, Animal Heart et Someday. Ses membres se sont révélés diablement efficaces, en particulier le chanteur Alan Frew, dont la voix se moule à tous les types de compositions, de la ballade au pop rock.

Lui et ses camarades ont particulièrement brillé sur Thin Red Line, une pièce enlevée pendant laquelle la foule n’a eu d’autre choix que de danser et battre la mesure. Ça aurait pu être le fait saillant du spectacle, sauf qu’à la toute fin, ils ont servi une version remarquable, intense à tous égards, de la chanson Heroes de David Bowie. Personne ne l’avait vue venir, comme quoi les vieux loups ont plus d’un tour dans leur sac.