À LA UNE Le peintre Louis Tremblay a profité du beau temps pour planter son chevalet dans la nature, vendredi, à l’occasion du Symposium provincial des villages en couleurs, l’une des entités associées au Festival des couleurs du fjord. Adepte des paysages, l’artiste de Longueuil passera la fin de semaine à L’Anse-Saint-Jean, plus précisément à la Station touristique du Mont-Édouard.

Festival des couleurs du fjord: décor irrésistible, artistes comblés

Le Bas-Saguenay brillait de tous ses feux, vendredi, alors que s’amorçait la deuxième édition du Festival des couleurs du fjord. Mobilisant les quatre municipalités du secteur, dont celles de L’Anse-Saint-Jean et Petit-Saguenay à l’occasion du Symposium provincial des villages en couleurs, cet événement a amené l’un de ses participants, Louis Tremblay, à profiter du temps radieux pour peindre à l’extérieur.

«Je suis sorti ce matin dans le rang Périgny. Là, c’est un peu ‘‘rough’’, mais on verra couler une rivière», a-t-il raconté en présentant une toile en chantier. C’était au début de l’après-midi, moment où l’artiste a posé son chevalet près de la Station touristique du Mont-Édouard. Lui qui vit de ses créations depuis 52 ans, qui affectionne depuis toujours la vie en plein air, affichait un air radieux. Toutes les raisons justifiant sa présence au symposium, pour la 24e fois en 29 ans, étaient réunies en ce jour béni.

«J’aime les arbres et leurs couleurs, mais il y a aussi les gens qui me font revenir. Ils sont fins et comme je viens souvent, certains me reconnaissent à l’épicerie. En même temps, je suis content de retrouver la gang», mentionne Louis Tremblay en parlant de ses camarades. Cette année encore, son amour des paysages s’exprime par l’entremise des oeuvres regroupées dans son stand. C’est pour eux qu’il passe le plus clair de son temps loin de sa résidence de Longueuil, toujours en quête d’images fortes.

«Un tableau, c’est des émotions. Pas d’émotions, pas de tableau. Or, ici, nous nous trouvons entre la forêt et les montagnes, à proximité d’un fjord magnifique. Il y a tout ce qu’il faut pour peindre», assure le septuagénaire. Bien qu’il pourrait vendre toutes ses oeuvres sur Internet, un outil diaboliquement efficace, le contact direct avec les amateurs ainsi que les paysages du Bas-Saguenay exercent un pouvoir d’attraction auquel il succombera aussi longtemps que ses forces le lui permettront.

Raymond-M. Murray a créé ce tableau baptisé Les gants d’or après le décès du boxeur Arturo Gatti. Il participe pour la première fois au Symposium provincial des villages en couleurs, qui l’accueille à l’Aréna Roberto-Lavoie de Petit-Saguenay.

Hommage au noble art

Tout aussi rayonnante, la présidente du Symposium provincial des villages en couleurs, Yvonnette Bernier, n’aura pas besoin de forcer sa nature pour assister aux activités tenues samedi, de 9h à 18h, de même que le lendemain, de 9h à 17h. Voir des oeuvres naître sous ses yeux constitue l’une des récompenses qui viennent avec les responsabilités inhérentes à sa fonction.

«C’est agréable de voir travailler les artistes et de vivre des journées intenses comme celles du samedi et du dimanche, alors que le nombre de visiteurs est très élevé, fait-elle observer. Nous avons enregistré une légère augmentation l’année dernière et je crois que l’une des causes tient au passeport que les gens peuvent faire estampiller sur les quatre sites.»

La présidente réfère au partenariat conclu avec le Symposium de Saint-Félix-d’Otis-L’entrée des arts, ainsi que le Symposium d’art contemporain de Rivière-Éternité, en 2018. Chaque entité conserve une part d’autonomie, ce qui ne les empêche pas de mettre leurs ressources en commun pour le bien de tous. «Chacun gère ses affaires, mais on se met ensemble pour la publicité», résume la secrétaire Lyne Houde.

Parlant de publicité, l’un des artistes présents à l’Aréna Roberto-Lavoie de Petit-Saguenay, Raymond-M. Murray, a trouvé un moyen efficace pour attirer l’attention sur son stand. Le Rimouskois a placé en évidence un tableau où deux boxeurs échangent des coups dans un décor évoquant le monde des casinos. «C’est la première fois que je le montre. J’ai eu cette idée après le décès d’Arturo Gatti. J’ai voulu présenter la boxe de la façon dont bien des gens l’imaginent», mentionne-t-il.

Le bonheur de peindre dans la nature se lit sur le visage de Louis Tremblay, grand consommateur de paysages depuis le début de sa carrière d’artiste, il y a 52 ans.

Ajoutons que dans sa jeunesse, cet homme a pratiqué le noble art pendant deux ans, dans un gymnase de Limoilou. L’un de ses compagnons d’entraînement était Fernand Marcotte junior, mais son exemple ne fut pas suffisant pour le convaincre de persister. Une autre vocation, plus pacifique, moins risquée pour son nez, l’a convaincu de troquer les gants pour le pinceau.

Julï Lesage a pris congé des symposiums pendant quatre ans avant de se pointer à celui de Rivière-Éternité. Elle profitera de son séjour pour compléter ce tableau et réaliser une oeuvre dans laquelle on retrouve un dessin produit par son fils.

LE RETOUR DE JULÏ LESAGE

Qui a dit que les églises étaient désertées ? Sûrement pas les artistes qui, jusqu’à dimanche, présenteront leurs oeuvres dans le temple catholique de Rivière-Éternité. Considéré jadis comme le paradis des crèches de Noël, il accueille le Symposium d’art contemporain, l’un des trois événements associés au Festival des couleurs du fjord.

Ils sont 21 cette année, sans compter les membres de l’AFEAS. Et parmi les personnes retenant l’attention, on note Julï Lesage, qui effectue un retour après quatre ans d’absence. Longtemps, elle a été celle qui insérait des papillons dans ses tableaux. Ses créations étaient si appréciées que les visiteurs, dans le cadre du Symposium provincial des villages en couleurs, lui ont décerné le prix Coup de coeur.

Depuis quelques années, toutefois, sa peinture épouse un caractère différent. Les couleurs chaudes sont privilégiées, tout comme les portraits de femmes affichant une sérénité apparemment inaltérable. La facture des oeuvres se rapproche de celle des images saintes, avec un je-ne-sais-quoi d’oriental. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les habitués du symposium ont été étonnés par ce changement d’orientation.

« Le papillon a pris son envol, sauf que ma thématique spirituelle intéressait moins les visiteurs, avec mes personnages peu réalistes, les références à la méditation. C’est pour cette raison que j’ai pris une pause afin de me concentrer sur d’autres événements, notamment des salons », a mentionné Julï Lepage au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

La première exposition solo faisant écho à son virage a été présentée en 2012, au Bistro Café Summum de La Baie. Le succès fut immédiat, comme quoi il existait un public pour ces tableaux, ailleurs que dans les symposiums. Son existence fut confirmée par les ventes conclues grâce à Internet, parfois loin de Chicoutimi, où réside l’artiste. Néanmoins, la voici plongée dans une atmosphère familière, avec l’espoir que son travail sera apprécié.

Ce qui l’enthousiasme, entre autres, c’est un croquis à partir duquel un tableau devrait naître en fin de semaine. Il s’agit d’un portrait de femme tracé au crayon. Dans la partie supérieure, une main moins assurée a dessiné un soleil. « C’est mon fils qui l’a fait », annonce Julï Lesage avec un brin de fierté dans la voix. Avant de peindre cette oeuvre, cependant, elle complétera celle qui a commencé à prendre forme vendredi après-midi.

Là encore, il s’agit d’une femme porteuse de symboles tels un soleil et une demi-lune. On reconnaît la facture de l’artiste, qui insiste toutefois sur la présence d’une ligne de conifères se déployant au bas du tableau. Un élément indissociable du Québec boréal. « Ça fait penser aux paysages qu’on voit dans le parc des Laurentides. Parce que les montagnes, les épinettes, c’est imprégné en moi », souligne Julï Lesage.

Jérôme Grenier présente des sculptures sur bois, ainsi que des objets décoratifs réalisés avec du cuivre provenant du château Frontenac, ce qui constitue l’une des curiosités que les visiteurs peuvent découvrir à l’église de Saint-Félix-d’Otis.

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AVEC LE CUIVRE DU CHÂTEAU FRONTENAC

On trouve de tout au Symposium de Saint-Félix-d’Otis-L’entrée des arts, présenté à l’église du village jusqu’à dimanche. Il y a même un homme qui produit des oeuvres à l’aide de fragments de cuivre provenant de la toiture du château Frontenac. Il a pour nom Jérôme Grenier et réside à Arthabaska, la patrie du sculpteur Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté.

Dans son stand, on remarque la présence de nombreux bijoux, notamment des boucles d’oreilles. Il y a aussi des meubles et des lampes de facture moderne sur lesquels sont appliqués des éléments décoratifs faits du même métal. « J’ai obtenu 40 pieds carrés de cuivre à la suite des travaux réalisés sur la tour principale en 2011. J’aime le fait qu’on puisse mettre en valeur ses nuances naturelles », a confié l’artiste au Progrès, vendredi.

C’est sa première participation au symposium depuis quatre ans et même s’il ne pratique pas la peinture en milieu naturel, l’homme est sensible au charme qu’exercent les feuilles aux couleurs changeantes, les montagnes et le ciel d’un bleu immaculé qui, hier, enveloppait le Bas-Saguenay. « On nous a installés au bord du lac Otis. C’est le paradis », s’est-il exclamé.

Pas loin de ses quartiers, Christine Bouchard amorçait elle aussi son premier séjour à Saint-Félix dans le contexte du symposium. Autour d’elle étaient accrochés des tableaux où l’aquarelle faisait bon ménage avec l’acrylique. « Ce sont mes dernières créations, du semi-figuratif cerné par des lignes pour lesquelles je n’ai aucune explication, révèle l’artiste en souriant. Souvent, il y a des effets de sous-bois. On peut aussi reconnaître un papillon, un paysage d’automne, une nature morte aux poires. »

C’était encore tranquille lors du passage des représentants du Progrès, mais déjà, le symposium avait produit son effet sur la Jonquiéroise. « C’est très bien, ici. Il y a une belle brochette d’artistes et l’ambiance est agréable, se réjouit-elle. J’espère qu’on aura beaucoup de monde au cours de la fin de semaine. » Son retour à la maison coïncidera avec une période intensive de production en vue de l’exposition solo que Christine Bouchard présentera en avril, au Sofia Art Studio de Jonquière. 

Christine Bouchard crée des tableaux qui, à leur manière, reflètent les couleurs de l’automne. Il s’agit de sa première participation dans le cadre du Symposium de Saint-Félix-d’Otis-L’entrée des arts.