Jean-Pierre Ferland a offert un spectacle caché devant une centaine de personnes dans la chapelle protestante de Tadoussac.

Ferland en toute intimité

Une centaine de personnes ont joui d’un rare privilège, vendredi après-midi. Elles qui se trouvaient à Tadoussac pour assister au Festival de la chanson ont eu droit à un spectacle de Jean-Pierre Ferland tenu à l’intérieur de la chapelle protestante du village, érigée en 1866.

Les billets donnant accès à ce spectacle caché avaient été distribués par un commanditaire de l’événement. D’autres activités de même nature auront lieu d’ici à la clôture des activités, dimanche soir, mais aucune n’aura autant de cachet, une résonnance quasiment historique, en raison de la stature de l’artiste.

Il faisait très chaud quand le pianiste André Leclair, le guitariste Jean-François Beaudet, ainsi que la chanteuse Julie Anne Saumur, qui est également la conjointe de Jean-Pierre Ferland, sont apparus dans le cœur à 15 h 30. « Il y a quelque chose de magique dans ce lieu que je visite pour la première fois. Ce spectacle, c’est quelque chose d’unique », avait souligné le directeur général du festival, Julien Pinardon, avant de céder la place à la tête d’affiche.

Le temps d’évoquer le spectacle de la Fête nationale présenté en 1976 sur le mont Royal, de rappeler que c’est ce jour-là que son ami Gilles Vigneault avait chanté pour la première fois Gens du pays, l’homme reprenait l’un de ses classiques, Le petit roi. Servi dans un enrobage folk plaçant la guitare à l’avant-plan, cet hymne familier a été livré sur le ton de la confidence.

S’adressant tantôt au guitariste, tantôt à une personne faisant partie de l’assistance (on aurait le goût de parler d’une assemblée), Jean-Pierre Ferland donnait l’impression de faire une confidence, au lieu de surfer sur le texte. Cet effet était renforcé par une gestuelle précise en même temps qu’expressive, une qualité que partagent plusieurs artistes de sa génération.

T’es belle a creusé un sillon différent, eu égard aux liens qui unissent les chanteurs. Le piano très doux a donné le ton à ce dialogue où, prenant une voix de fin de soirée, Jean-Pierre Ferland a seriné à sa compagne : « Je t’adore en plein jour ». Et quand, à la toute fin, il lui a demandé si elle voulait danser, Julie Anne Saumur l’a étreint en se laissant bercer par la musique à laquelle se sont superposés les applaudissements du public.

L’interprétation de La vie m’émeut, l’amour m’étonne a prolongé le charme, tout comme Une chance qu’on s’a, précédée par une bonne blague de Jean-Pierre Ferland, effectuée à ses dépens. « C’est peut-être ma pièce la plus appréciée. Même les Hells Angels l’aiment », a-t-il crâné en référant à cette noce où un membre de l’organisation criminelle l’avait invité à pousser la note.

C’est peut-être ce désir de se montrer tel qu’il est, avec ses failles, avec cette voix qui trahit ses 84 ans, qui le rend si attachant aujourd’hui. N’ayant plus rien à prouver, c’est un homme libre, heureux, qui persiste à fouler les scènes du Québec et à se produire dans des lieux inédits comme ce fut le cas vendredi à Tadoussac, où un deuxième spectacle – celui qui figurait à l’horaire – a été présenté à l’église au début de la soirée.

« Je vous remercie d’être venus. Je n’avais jamais fait ça, répéter devant des gens qui ont chaud à mort », a conclu le chanteur avant de se raconter une dernière fois sur l’air de La musique.