Femmes du monde tient ses promesses

Spectacle taillé sur mesure pour le Festival international des Rythmes du Monde, Femmes du monde a tenu toutes ses promesses et bien davantage, samedi soir, devant une foule imposante rassemblée au centre-ville de Chicoutimi. Cinq chanteuses y ont participé, plutôt que les trois qui avaient été annoncées, et le répertoire a couvert beaucoup de terrain, de l'Afrique du Sud au Maghreb, en passant par les Caraïbes et l'Amérique du Nord.
C'est Lynda Thalie, l'une des artistes les plus appréciées depuis la naissance de l'événement, il y a 15 ans, qui a eu le privilège de briser la glace avec le succès des Eurythmics, There Must Be An Angel. Vêtue de noir, l'interprète s'est glissée tout naturellement dans cette pièce en ajoutant une touche de poésie grâce aux ailes dorées qu'elle déployait avec élégance.
On a ensuite reconnu celle que sa consoeur surnomme La Reine, Lorraine Klassen. Portant un costume traditionnel de l'Afrique du Sud, elle a offert deux titres dont la facture témoignait de ses appartenances, dont une qui, en français, signifie Avec vous. Le temps a beau filer, on dirait qu'il n'a aucune prise sur sa voix qui est si puissante qu'en l'espace de trois minutes, elle arrive à porter les joies et misères de son peuple.
L'autre tête d'affiche, Nadja, est arrivée au milieu du spectacle. Celle qui l'a présentée, Sandra Campanelli, l'a accompagnée dans une version en espagnol du classique de Francis Cabrel, Je l'aime à mourir. Un «Ah» collectif a surgi de la rue quand les musiciens ont égrené les premières notes de ce duo étonnant, mais fort bien exécuté.
Nadja a aussi pris plaisir à chanter Le rallye des gazelles avec son auteure, Lynda Thalie. Sa voix, dont on ne pourra jamais surestimer la souplesse, a imprimé des inflexions arabisantes au texte pendant que deux membres de l'école de baladi Passion d'Orient dansaient sur la scène. «Une Bleuet au miel», a lancé Lynda Thalie en guise d'hommage à la Jeannoise.
Il y avait également un côté ludique, genre party du samedi soir, dans Femmes du monde. Sandra Campanelli l'a bien exprimé avec Despacito, l'immense succès de Luis Fonsi. Le mariage de sa voix très affirmée, un brin rugueuse, avec celle de sa jeune consoeur Rita, plus juvénile, plus aérienne, a fait de cette version un plaisir pas coupable du tout. 
Dans une veine similaire, Lynda Thalie a offert un titre de son cru, Merci, dont la pop aux effluves maghrébins traduisait le bonheur que lui procure chaque passage au festival. C'est toutefois Nadja qui a provoqué le plus gros frisson de la soirée avec une reprise d'anthologie de Proud Mary, une pièce créée par Tina Turner.
«Je viens du Lac-Saint-Jean, du fond d'un rang, mais on n'était pas reculés. On avait la radio, la télé, et c'est ainsi que j'ai découvert la grande Tina Turner. Ça me tenterait donc de pousser une de ses chansons», a-t-elle confié. Aussitôt, sans même avoir été sollicitée, la foule s'est mise à répéter les premiers mots, «Roll it, roll in on the river», pendant que les musiciens étiraient les notes.
À leur manière, ils adoptaient le même ton traînant que Nadja jusqu'au moment où la pièce a décollé sur les chapeaux de roues. Le débit est devenu ultra rapide, mais la chanteuse trouvait quand même le moyen de changer son micro de main à toutes les lignes, ou presque. Elle souriait, laissait filtrer plein de feeling dans l'interprétation, tout en donnant l'impression de s'amuser comme c'est pas permis.
Le spectacle aurait fini là que personne ne se serait plaint, mais il y a eu d'autres joyeusetés: I'm Every Woman de Whitney Houston et La vida es un carnaval, l'immortelle de Celia Cruz revue et corrigée par les cinq femmes. Sandra Campanelli, puis Nadja, ont injecté un surcroît de plaisir dans cette ultime interprétation pendant qu'un couple associé à la troupe Salsa Nueva réussissait l'exploit de danser - sur la scène surpeuplée.