Les frères Jacques et Paul Rose ont toujours été très proches, ce qu’illustre cette photographie tirée du film <em>Les Rose</em>.
Les frères Jacques et Paul Rose ont toujours été très proches, ce qu’illustre cette photographie tirée du film <em>Les Rose</em>.

Félix Rose émerveillé par le succès du film Les Rose, présenté à Chicoutimi mercredi

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Réalisateur du film Les Rose, Félix Rose ne pensait jamais qu’un documentaire centré sur son père et son oncle, membres de la cellule du Front de libération du Québec (FLQ) qui a enlevé Pierre Laporte, susciterait autant d’intérêt. Dans toutes les régions, il est projeté à l’intérieur des salles commerciales, y compris au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où on peut le voir depuis vendredi.

« Il était montré partout, sauf chez vous, mais tant de gens ont écrit pour le voir. Moi-même, je suis rendu à 15 ou 16 séances de questions et réponses et mon agenda est “booké” jusqu’en décembre », s’est émerveillé le fils de Paul Rose, lundi, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

L’une de ces rencontres aura lieu le 16 septembre, au Cinéma Odyssée de Chicoutimi. L’oeuvre produite par Babel Films et l’ONF sera projetée à compter de 17h35. Puis, Félix Rose participera à un échange avec les gens. Porté par un buzz favorable, le film provoque de fortes réactions, dont la nature varie en fonction de l’âge des personnes.

« Chez les 55 ans et plus, c’est émotif parce que ça leur fait revivre des souvenirs, tandis que les jeunes affichent un engouement que je n’avais pas prévu. Ils ne connaissaient pas ces événements. Or, à travers la petite histoire de ma famille, on voit des bouts de la grande histoire », fait valoir le réalisateur.

Eu égard au traitement qu’ils ont longtemps réservé aux frères Rose, Félix Rose a été surpris par l’accueil des médias. « Alors que je m’attendais au pire, le documentaire a été bien reçu et il est devenu un phénomène au box-office, à un point tel qu’il chauffe des films américains, se réjouit-il. À Montréal, les billets sont durs à trouver. »

Au-delà du FLQ

Souvent, les gens demandent à Félix Rose ce qui l’a incité à tourner ce film. Le désir de raconter ce qu’ont fait son père et son oncle au sein du FLQ fait partie de la réponse, mais d’autres facteurs se révèlent tout aussi importants. Présenter le milieu d’où venaient ces hommes originaires de Jacques Cartier, une ville maintenant intégrée à Longueuil, figurait bien haut dans sa liste de priorités.

Leur père travaillait dans une usine fabriquant du sucre, ce qui n’avait rien d’une sinécure. Salaires de misère. Chaleur intense. Relations de travail dignes du 19e siècle. « Mon grand-père est mort du diabète à l’âge de 60 ans parce qu’il inhalait du sucre à l’année longue », mentionne Félix Rose.

Très tôt, les frères ont refusé d’y travailler. Ils ont tâté de l’enseignement et oeuvré au Canadien National, mais chaque fois, comme une fatalité, leur militantisme rebutait les employeurs. « Qu’est-ce qui a poussé un homme aussi doux que mon père à participer à un enlèvement? À un moment donné, il a senti que c’était la seule alternative », affirme son fils.

Sensibles aux injustices commises envers les prolétaires, souhaitant combattre l’hégémonie exercée par les anglophones, détenteurs des véritables leviers de pouvoir, les Rose ont fini par croire que la voie démocratique était bouchée. La répression policière était féroce, en effet. À Montréal, mais aussi à Percé, comme en témoigne la saga de la Maison du pêcheur.

« Ils voulaient fonder un réseau d’auberges de jeunesse qui aurait permis de découvrir le territoire à prix modique. Il était question d’en faire une à Chicoutimi, ainsi qu’en Abitibi », fait observer Félix Rose. Cette ambition s’est heurtée aux sensibilités locales, notamment celles des élites. Ils n’aimaient pas voir ces jeunes barbus frayer avec les pêcheurs, les inciter à défendre leurs droits. La répression a été brutale.

Aucune de ces brimades, cependant, ne saurait justifier la mort de Pierre Laporte, convient Félix Rose. « Je ne veux pas excuser ce geste ni le banaliser. Je réalise aussi que mon père sera toujours un personnage controversé, qu’il n’aura jamais son monument, mais le film montre qu’à travers ses différentes vies, le FLQ, la prison, le militantisme et la paternité, son parcours a été cohérent. »

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LE DERNIER FELQUISTE DIFFUSÉ CET AUTOMNE

La série documentaire Le dernier Felquiste sera diffusée sur la chaîne Illico, cet automne. Comprenant six épisodes d’une durée de 42 minutes chacun, elle retrace le parcours du Front de libération du Québec (FLQ), de sa fondation en 1963 jusqu’à sa disparition, neuf ans plus tard. La réalisation est assurée par Félix Rose, ainsi qu’Éric Piccoli et Flavie Payette-Renouf.

Pour Félix Rose, dont le film Les Rose tient l’affiche dans plusieurs cinémas du Québec, les deux projets se complètent. Ils explorent le même univers, sauf que la série embrasse l’ensemble du mouvement, au lieu de se concentrer sur ce qu’ont vécu les frères Paul et Jacques Rose.

« La première intention d’Éric et Flavie était de se concentrer sur Mario Bachand, membre du premier réseau du FLQ. Comme j’avais beaucoup de contacts avec les anciens Felquistes, nous avons uni nos forces et élargi le propos. Nous livrons un point de vue essentiel », a mentionné le cinéaste au Quotidien.

Convaincre ces personnes de témoigner devant la caméra ne fut pas chose facile. L’une d’elles s’est décidée après quatre ans, alors que d’autres ont craint que de s’exposer ainsi ne leur cause préjudice. « Ça nous a aidés, le fait que plusieurs aient atteint l’âge de la retraite. Ils n’ont plus rien à perdre », fait observer Félix Rose.

Mario Bachand sera présent tout au long de la série. Après avoir purgé une peine de prison, en effet, il a réussi à tisser des liens avec les recrues du FLQ. D’abord exilé à Cuba, cet homme a été assassiné à Paris, en 1971. Semble-t-il que la série jettera un peu de lumière sur cette affaire qui n’a jamais été élucidée.

Fait à noter, un journaliste originaire du Lac-Saint-Jean, Dave Noël, partagera la vedette en compagnie de son collègue Antoine Robitaille. Ensemble, ils feront enquête sur le FLQ, aidant ainsi les téléspectateurs à comprendre comment fonctionnait cette organisation. « Dave Noël a été une révélation. Les gens seront impressionnés par sa façon de travailler », laisse entrevoir Félix Rose.