Quelque 300 photos de différents formats sont accrochées aux murs d'Espace virtuel. Le visiteur est invité à prendre une lampe de poche pour les découvrir. L'exercice le pousse à les regarder l'une après l'autre, sans en oublier une seule.

Expérience sensorielle dans la noirceur

S'arrêter un instant. Observer des oeuvres, puis se les approprier, en quelque sorte, en les liant à ses propres souvenirs, son propre vécu. Laurie-Ann Dufour-Guérin, finissante à la maîtrise en art de l'Université du Québec à Chicoutimi, invite à l'évasion par son exposition Intempérique, présentée à Espace virtuel du Cégep de Chicoutimi. Avec ses trois oeuvres installatives référant à la mémoire et à la rêverie, elle crée un lieu d'expérience et de sensations.
L'exposition solo Intempérique qui devait prendre fin le 21 janvier sera prolongée jusqu'au 28, peut-être même au-delà. L'intérêt qu'elle suscite n'est certainement pas étranger à cette décision.
La proposition est séduisante. En entrant dans la salle principale d'exposition plongée dans le noir, le visiteur comprend qu'il ne se contentera pas d'être un témoin, mais qu'il vivra quelque chose grâce à l'installation immersive.
La première partie de l'exposition intitulée Wallpaper Memories est inspirée par le mouvement «wreck this journal» et l'exercice littéraire «writing prompts».
Quelque 300 photos de différents formats sont accrochées aux murs à l'aide de punaises.
Le visiteur est invité à prendre une lampe de poche pour les découvrir. L'exercice le pousse à les regarder l'une après l'autre, sans en oublier une seule, au lieu de balayer du regard un ensemble. Il découvre des paysages, des objets, des lieux, des souvenirs. La noirceur pique la curiosité, crée un effet de proximité, d'intimité.
Sur une table, des feuilles, des post-its, des crayons et même une vieille dactylo sont mis à la disposition du public afin qu'il écrive un petit mot, une impression, un souvenir, une histoire ou une pensée. Celui-ci est invité à placer son intervention directement sur le mur, près de la photo qui en a inspiré le contenu.
L'exercice est concluant. Déjà, des dizaines de notes ont été fixées aux murs.
On retrouve de tout. Des extraits de St-Exupéry, des phrases telles que «C'est beau d'être unique» et des références à des voyages, des dates, des souvenirs.
À la suite de l'exposition, le résultat de certaines interventions sera publié dans un recueil d'artistes.
Intempérique IV- Basse pression
La seconde partie de l'exposition tranche avec la première. En fait, chacune des trois propositions, liées entre elles par la noirceur dans laquelle elles plongent le visiteur, transporte dans un univers différent.
Au centre de l'espace, une tornade s'élève du sol jusqu'au plafond. Le visiteur contemple la masse formée de zones sombres et d'éclats lumineux. Le son du vent et de la pluie remplit l'espace sonore de l'endroit. Pour l'artiste, le phénomène météorologique peut être interprété comme le reflet d'un état d'âme.
Dans la dernière partie de l'exposition, intitulée Synapsem Transmittit, l'artiste a transposé dans une installation des distractions sonores vécues par une personne TDA durant 30 minutes dans un endroit public. Celle qui a un trouble du déficit de l'attention a imaginé le projet un jour où elle avait oublié sa médication et qu'elle se trouvait en classe.
Elle a conçu une installation composée de 60 sphères de cire qui s'allument et s'éteignent les unes après les autres, parfois presque simultanément.
Quelques secondes suffisent pour poser un constat: impossible de poser le regard sur un élément en particulier. L'attention est suscitée dans tous les sens.