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Estival jazz et blues: la magie du live, version Bobby Bazini

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
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Ce n’est pas pour rien qu’on parle de l’Estival jazz et blues de Saguenay, cette année. Dehors, il faisait pas mal plus chaud qu’au cours d’une édition régulière, mais ça n’a pas empêché Bobby Bazini de se présenter devant une salle comble à la mode COVID, mercredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Tous les billets étaient vendus et il n’en reste qu’une poignée en vue de sa dernière apparition dans le cadre de la 25e édition, jeudi. C’est dire l’affection que lui voue le public, un phénomène qui s’est manifesté dès le début de sa carrière, en 2010, et qui résiste à tout, y compris à une pandémie.

Les gens aiment ses compositions où fleure son amour de la soul, pour lequel sa voix graveleuse est taillée sur mesure. Ils se sont aussi pris d’affection pour ce jeune homme pas star pour deux sous, mais qui est totalement investi dans son art. Le voir sur scène, en effet, c’est découvrir de quelle manière lui et ses partenaires inventent de nouvelles façons de réenchanter son répertoire.

Prenez Leonard Cohen, son hommage au grand disparu. Bien sûr, il n’était pas question de l’imiter. L’idée, c’était plutôt de créer des ambiances mystérieuses, chargées d’écho, pendant que le batteur tissait une trame délicate, aussi peu intrusive que possible. Chantant d’une voix de confessionnal, Bobby Bazini s’est laissé porter par les arrangements qui, à la longue, ont produit un effet hypnotique. On aurait dit la bande sonore d’un film à la fois beau et peu rassurant, une superbe construction que l’invité du festival a couronnée en poussant sa voix très haut.

Quelques minutes plus tard, une pulsation similaire a enveloppé la pièce Love Is Thicker Than Water. Cette fois, il y avait trois musiciens, ainsi qu’une chanteuse, pour mettre en place un beat énergique. Le public, disséminé dans les moindres replis de la salle, mais manifestement heureux d’être là, ne s’est pas fait prier pour battre la mesure.

Ni l’assistance clairsemée pour cause de distanciation ni l’heure hâtive n’ont empêché le public rassemblé au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, mercredi soir, de succomber au charme de Bobby Bazini.

En lever de rideau, par contre, c’est seul que Bobby Bazini s’est pointé au micro, guitare en bandoulière. Les chansons Never Let Me Go et Still The Only One ont été offertes de cette manière, ce qui a permis de constater à quel point elles fonctionnent, même sans artifice.

«J’avais le goût de commencer tout seul pour briser la glace», a expliqué l’artiste originaire des Laurentides.

Plus tard, toujours aussi simplement, il a parlé d’une pièce écrite au cours d’une trop longue tournée, avant de raconter que pendant le confinement, sa perspective avait changé. «À ce moment-là, je me suis plaint de ne pas être sur la route. Comme quoi on n’est jamais content», a philosophé Bobby Bazini.

Livré sans entracte, comme c’est devenu la coutume, le spectacle a pris son erre d’aller à mesure que la fin approchait. Parmi les bijoux concoctés par le groupe, mentionnons Where The Sun Shines, une pièce tonique, proche de ce qu’on appelait le «Philadelphia Sound» dans les années 1970. C’était tellement rythmé, avec une pincée de pop et une pelletée de soul, que plusieurs personnes se sont mises à danser sur leur siège.

Un phénomène similaire s’est produit avec C’est la vie, sauf qu’au lieu de danser assis, les gens ont chanté avec un entrain qui tranchait avec la période difficile que nous venons de traverser. Cet air enjoué, le dernier avant les rappels, a plongé la salle dans une atmosphère bon enfant. C’est comme si tout un chacun avait oublié qu’il faisait encore clair à l’extérieur, qu’il manquait des centaines de personnes pour les raisons que l’on sait.

Tout ceci parce que la musique vécue de cette manière, en symbiose avec les artistes, constitue un puissant remède contre la morosité.