De retour sur la zone portuaire de Chicoutimi, mercredi soir, Éric Lapointe n'a pas mis de temps à mettre la foule de son bord. Quelques chansons rock, puis une succession de ballades, ont suffi pour libérer des torrents d'affection.

Éric Lapointe célébré par la foule

Un spectacle d'Éric Lapointe sur la zone portuaire de Chicoutimi, c'est comme la messe du pape à Noël. Il y a beaucoup de monde, ça sent l'encens - ou quelque chose d'approchant - et le vocabulaire religieux est étroitement maillé au discours. Il s'agit d'une formule infaillible et elle a de nouveau exercé sa magie mercredi soir, alors que le rocker a participé pour la première fois au Festival international des Rythmes du Monde.
7000 personnes ont répondu à l'invitation des Rytmhes du monde pour Éric Lapointe.
Il y avait près de 7000 personnes sur le site et même si les gradins avaient été reculés aussi loin qu'il est physiquement possible de le faire, elles étaient cordées serré. Or, que ce soit au pied de la scène ou près de la clôture, on percevait la même ferveur au sein du public, le même désir de vivre ce moment non pas à la manière d'un spectacle conventionnel, mais d'une célébration aux airs de communion.
Très électrique, son arrivée sur la scène, en compagnie d'une dizaine de musiciens, a libéré un torrent de flashes et de décibels
Éric Lapointe fête ses 25 ans de carrière.
Très électrique, son arrivée sur la scène, en compagnie d'une dizaine de musiciens, a libéré un torrent de flashes et de décibels sur fond de «rauque'n roll». Sa Marie-Madeleine à lui se nomme Marie-Stone et il l'a fait revivre tous cuivres dehors, ponctuant chaque ligne, ou presque, en donnant de vigoureux coups dans le vide à l'aide du manche de sa guitare.
Le tout a semblé prendre fin sur un solo débridé, alors que le saxophoniste a bondi devant Éric Lapointe sans cesser de jouer, ni sacrifier une note, une performance théâtrale comme on en voit rarement. L'interprète s'est ensuite adressé à la foule, mais c'était une ruse, puisque le groupe s'est rebranché sur le 220 en laissant au guitariste le soin d'exécuter un solo aux accents psychédéliques.
Signe qu'il faisait beau, la Grande Ourse se déployait au-dessus de la scène pendant que la frange féminine du public, nettement majoritaire, enveloppait le chanteur de son affection. Elle qui le porte et le supporte depuis un quart de siècle ne rate jamais une occasion de le manifester, en particulier dans les ballades qui, justement, furent nombreuses au début du spectacle.
« On commence à s'quitter », s'est ainsi désolé Éric Lapointe, un constat vite démenti par l'enthousiasme qu'ont mis ses fans à entonner le refrain de la chanson du même nom. Puis, d'un ton rageur, à un poil du désespoir, il s'est dépeint sous les traits d'un Homme sauvage avant d'enchaîner avec Ma gueule, ce qui a déclenché des cris un peu plus forts et très aigus, comme si des milliers de femmes s'étaient mis en tête de lui redonner le goût de vivre.
Bras en croix, prenant le public à témoin de ses innombrables fautes, le chanteur a poursuivi la séance d'autoflagellation avec Coupable, sans toutefois briser le charme, bien au contraire. « Seras-tu encore là pour moi ? », a-t-il demandé sur 1500 milles, ce qui a provoqué un nouvel élan d'affection. « Vous êtes la plus belle chorale que j'ai eue cet été », a déclaré l'homme, enfin revenu de ses tourments.
Pour renouer avec l'imagerie religieuse, c'est à ce moment que la communion a eu lieu, sur l'air d'Un beau grand slow. L'amour avait triomphé, une fois de plus, et c'est a cappella que la foule s'est chargée du refrain. Une fois. Deux fois. « Il faut qu'ils vous entendent à Québec », avait précisé Éric Lapointe, dont le voeu a peut-être été exaucé.
l y avait près de 7000 personnes sur le site et même si les gradins avaient été reculés aussi loin qu'il est physiquement possible de le faire, elles étaient cordées serré.
Papa T accompagne King Abid sur cette chanson livrée mercredi après-midi, sur la rue Racine, dans le cadre du Festival international des Rythme du Monde.
Concert intime sur la rue Racine
Quatre jours de suite, aux alentours de 17 h 30, des concerts ont été donnés sur la rue Racine, à Chicoutimi, à l'initiative du Festival international des Rythmes du Monde. Cette séquence a pris fin mercredi, alors que la scène aménagée près de la boutique Twist a été habitée par un adepte du reggae et du hip-hop répondant au nom de King Abid.
Flanqué de quatre camarades, dont le chanteur et percussionniste Papa T, le chanteur et DJ a été accueilli par plusieurs dizaines de personnes alignées en demi-cercle devant lui, une moitié à l'ombre et l'autre au soleil. Deux petites estrades affichaient complet et il y avait autant de monde debout, ce qui a mis un peu de vie sur l'artère en attendant le retour des grands spectacles à compter de jeudi.
Le cadre intimiste faisait penser aux premiers temps du festival, quand la Racine était animée de jour comme de soir. Combien d'artistes ont foulé les modestes scènes aménagées dans ce contexte, des personnages méconnus qui, parfois, se sont mués en têtes d'affiche ? Il est trop tôt pour anticiper un tel destin pour King Abid, mais au vu de ce qu'il a livré pendant un peu moins d'une heure, cette possibilité n'est pas exclue.
« Je vous invite à danser avec nous », a-t-il lancé avant et après l'interprétation de sa première pièce, Hamidou. Un homme a répondu à l'appel et n'a pas ménagé sa peine, mettant une gestuelle compliquée au service d'une mélodie qui l'était beaucoup moins. Puis, d'autres ont été gagnés par le beat des chansons, si bien que dès la troisième, ils ont été nombreux à dodeliner de la tête en remuant du bassin.
King Abid est un ratoureux, cependant. Cette composition à mi-chemin entre le reggae et le hip-hop avait des accents festifs. On aurait pu croire qu'elle fleurait bon les vacances, la plage ou les joies du 5 à 7, d'où la surprise causée par l'auteur lorsqu'il a annoncé que le titre signifiait : « Les islamistes, c'est non ! »
« Je vous aime tous », a ajouté l'invité du festival dont le prochain clip, Bak Back Chicha, s'est révélé tout aussi étonnant. Il portait à la danse, d'autant que l'interprétation de King Abid était enjouée. Il a même fait des facéties pour le bénéfice d'un photographe, ce qui ne l'a pas empêché de souligner que la chicha, un produit du tabac très prisé dans sa Tunisie natale, « génère une fumée dégradante pour les poumons ».
D'autres titres ont suivi : Que du reggae, Rouli Rouli, ainsi que Canada Blues, lequel s'appuie sur un texte écrit dans le cadre d'un concours organisé par Radio-Canada. Il y a même eu un hommage à la bière nationale de la Tunisie, la Celtia (très bonne, en passant), le tout offert dans une ambiance détendue, au moment où le soleil s'est retiré au profit d'un vent frisquet qui a fait regretter que Chicoutimi se trouve si loin de Tunis.