Diane Tell aura été ma première entrevue de nature culturelle, un souvenir que je garderai avec moi encore longtemps.

Entrevue improbable, souvenir impérissable

Été 1980. Je fais mes débuts à l’hebdomadaire Le Point de Dolbeau, à la section des sports. J’y demeurerai quatre mois avant d’être embauché au Progrès-Dimanche, une expérience balisée par des activités aussi diverses que le rodéo du Festival western, un tournoi de souque à la corde à Notre-Dame-de-Lorette (les motards contre les autres) et le Festival du faisan de Saint-Stanislas.

Au gré des affectations, j’apprenais à surmonter ma timidité, un frein considérable à l’exercice du métier. Ils ne l’ont jamais su, mais mes interlocuteurs du monde du sport m’ont donné un gros coup de main à cet égard. Prévenants, dénués de prétention, ils m’ont aidé à sortir de ma coquille, si bien qu’après cinq ou six semaines, j’ai conçu le projet fou de réaliser une entrevue de nature culturelle.

C’était à la conclusion du Festival du bleuet de Mistassini, un dimanche soir. Une artiste vue au printemps, dans un bar de Québec, était devenue si populaire qu’on pouvait lui confier une grande scène avec l’assurance qu’il y aurait du monde pour l’entendre. Je me suis donc pointé sur le site, près de la roulotte qui tenait lieu de loge, juste avant le spectacle. Bien gentiment, elle a accepté de me rencontrer à la suite des rappels, ce qui m’a réjoui pendant une poignée de secondes.

Truman Capote a écrit que les prières exaucées font verser plus de larmes que les désirs contrariés et ce soir-là, je lui ai donné raison. Je me suis mis à penser aux questions que je poserais, moi qui ne possédais aucun album de cette artiste (c’est venu ensuite). Je n’avais pour seules références que les chansons qui jouaient à la radio et le souvenir du spectacle de Québec, bref le strict minimum.

Pour compliquer les choses, je la trouvais jolie, cette fille qui avait le même âge que moi. Allais-je bafouiller, rougir, me montrer distant par crainte de me ridiculiser? Je jonglais à tout ceci quand le moment est venu de la rencontrer. Or, l’entrevue s’est déroulée comme un charme. Les réponses coulaient naturellement, assez élaborées pour que je puisse tricoter un texte conséquent. Grâce à sa collaboration, j’avais eu l’air d’un vrai journaliste.

Depuis ce jour lointain, chaque fois que je pense à cette entrevue, il me vient un sentiment de reconnaissance que rien ne saurait altérer. C’est pourquoi je profite de cette tribune pour annoncer que la chanteuse en question, Diane Tell, se produira aujourd’hui à 21h, à l’Auberge Île du Repos de Péribonka. Sans doute refera-t-elle Gilberto et Si j’étais un homme, devenues des incontournables. Comme en août 1980, à Mistassini.