Ce portrait du peintre Daniel T. Tremblay fait partie de la nouvelle exposition de Nicolas de la Sablonnière.

Entre le classicisme et les formes élémentaires

La première idée de Nicolas de la Sablonnière, aussi connu sous le nom de DELASABLO, était de présenter uniquement des grands formats. Il n’avait pas prévu que la galerie d’art de l’Hôtel Chicoutimi ne pourrait se mouler à cette volonté, cependant, sauf pour une poignée de tableaux. Ceux-ci donnent un aperçu de ses ambitions, autant que du plaisir que ressent cet imposant bonhomme lorsqu’il s’attaque à une toile qui le dépasse de quelques pieds.

« J’en aurais une dizaine à montrer. C’est autre chose de les voir ‘‘live’’, plutôt que sur Internet », affirme l’artiste, dont les oeuvres resteront accrochées jusqu’à la fin de juillet. L’exposition a pour titre Grandeurs nature et justement, le voici qui s’attarde à l’un de ses deux tableaux surdimensionnés, celui qui a été baptisé Le défricheur. On s’attendrait à voir un colon du temps de Séraphin, ou encore un membre de la Société des 21, ce qui ne correspond pas au profil du sujet, qui est de race noire.

Silence crystallin montre que même lorsqu’il peint un paysage, Nicolas de la Sablonnière ne cherche pas à réconforter. Il trouve cette image violente, en effet, l’expression de la nature dans ce qu’elle a de plus acéré.

« Ses chaînes sont pétées. Il est libéré de sa condition, ce qui est en lien avec nos racines bien profondes. Moi, par exemple, je m’identifie à la culture des Noirs, à leur parcours, à ce qu’ils ont enduré. Souvent, quand je peins, j’écoute du blues », raconte Nicolas de la Sablonnière, dont le deuxième grand format se nomme La femme de l’ombre.

Tous les tableaux rassemblés à l’Hôtel Chicoutimi ont été créés dans les deux dernières années. Il y en a 35, au total, et ça ne représente qu’une partie de sa production, laquelle est d’autant plus foisonnante qu’en parallèle, l’homme a publié deux livres de la série Jens de la montagne, une chronique philosophique balisée par les quatre saisons, tout en occupant un emploi dans une boulangerie. « Je croque dans la vie. Je la malaxe. Je la digère et ça finit par donner quelque chose », énonce-t-il.

 Il a l’air bien petit, Nicolas de la Sablonnière, devant ce tableau intitulé Le défricheur. Celui-ci fait partie de l’exposition Grandeurs nature présentée jusqu’à la fin de juillet, à la galerie d’art de l’hôtel Chicoutimi.

Pour sa première exposition depuis deux ans, si on fait abstraction de quelques portes ouvertes à son atelier d’Arvida, Nicolas de la Sablonnière a réuni des oeuvres témoignant de ses multiples intérêts. Puisqu’il aime se confronter à d’autres humains, il en résulte une série de portraits parmi lesquels on remarque le sien, ni flatteur ni vengeur.

Autre thématique reflétant son intérêt pour l’histoire de l’art, la nature morte est représentée par l’entremise de plusieurs bouquets. « Pour moi, ils ont la forme d’un cerveau, mais ça reste des natures mortes, assure-t-il. Je suis attaché aux classiques et je les revisite à ma façon, puisque chacune des toiles est reliée à ma vie. Je ne les peins pas pour faire du beau. »

Preuve que même ses natures mortes reflètent ce qu’il vit, voici une image croquée dans l’atelier de Nicolas de la Sablonnière, Le pot de fleurs du peintre.

L’idée de produire des choses « cute » ne le séduit guère, comme l’illustre ce commentaire inspiré par un paysage d’hiver intitulé Silence crystallin. Quand on lui dit que ce décor de neige et de conifères semble réconfortant, le peintre se rebiffe, tout en disant respecter cette impression. « Moi, je le trouve violent, ce paysage, ces arbres aiguisés comme des couteaux, avance-t-il. C’est la violence de la nature qui se cristallise. »

Un autre tableau, Lanternes dans la nuit, lui semble plus important que les autres en raison des perspectives qu’il ouvre. « Celui-là, il ne ressemble à aucun autre. Il est proche de l’expressionnisme et on sent que ça mène vers des formes élémentaires. C’est la première toile d’un nouveau mouvement », anticipe Nicolas de la Sablonnière.