Enfin du théâtre et dix fois plutôt qu’une [PHOTOS]

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Pour la première fois depuis six mois, on a fait du théâtre dans la région et ce n’était pas devant un ordinateur. Cet événement s’est produit au Côté-Cour de Jonquière, mercredi soir, alors que dix vignettes de trois minutes chacune ont été proposées par dix équipes, dans dix espaces différents.

Les personnes invitées à assister à l’avant-première ont pu les découvrir par groupes de quatre, au fil d’un circuit qui, tout en respectant les normes actuelles, se déploie dans la salle de spectacles, au premier palier, puis à l’extérieur. Le thème dont les artistes devaient s’inspirer était le dévoilement, ce qui laissait beaucoup d’espace pour manoeuvrer.

Avant de s’attarder au contenu, signalons que cette forme inhabituelle procure beaucoup de plaisir. Ça progresse rondement et comme sur les albums regroupant un certain nombre de chanteurs, l’éventail des réactions peut aller de l’incompréhension à l’adhésion totale, avec plein de nuances au milieu.

Le plus beau est que si un mini-spectacle ne nous plaît pas, on sait qu’il ne durera pas longtemps. Donc, ce n’est pas agaçant. Le vrai problème, c’est quand on l’aime. On trouve que la fin arrive trop vite, mais avec un minimum de recul, on réalise que l’essentiel a été exprimé. En faire plus aurait constitué une erreur. Pire, une faute de goût.

Bruno Paradis est le seul homme qui prend la parole dans le cadre du projet <em>Dix huit-clos et +</em>. C’est aussi le seul qui joue à l’extérieur du Côté-Cour.

En toute subjectivité, c’est ce qu’a ressenti l’auteur de ces lignes en voyant Pour la vie, du Théâtre à Bout Portant. Dans cette histoire dont les seules paroles sont celles de la chanson Stand By Me, Vicky Côté, méconnaissable, incarne une dame âgée. On la découvre assise sur une chaise, un tricot à la main.

Elle fredonne tout doucement avant de se tourner vers une deuxième chaise, placée juste à côté. Soudain, sa voix devient chevrotante et on réalise qu’un veston a été placé sur l’accoudoir, tandis que des pantoufles d’homme reposent sur le plancher. Ce dévoilement, c’est celui d’une absence.

On pense alors à Brel, à la chanson Orly. « Sans un cri sans un mot/Elle connaît sa mort ». Et voici la dame qui danse avec le veston, le visage barré d’un léger sourire. L’ultime célébration avant l’inévitable. « I won’t be afraid », dit-on dans Stand By Me. Je n’aurai pas peur. Oui, d’accord, mais il suffit de s’imaginer à la place de cette veuve pour être pris d’une sorte de vertige.

Humour et confidences

Un autre personnage féminin capte l’attention dans la forme courte imaginée par le Théâtre de la Tortue Noire. Intitulée Poésie brève d’après les 3 âges de la femme et la mort d’Hans Bandung, elle met en vedette la comédienne Sara Moisan qui, tout en livrant un texte un brin surréaliste, exprime à travers sa gestuelle le lien éternel entre Éros et Thanatos.

Acouphène, du Théâtre du Mortier, met en scène la comédienne Joelle Gobeil dans le contexte d’un «boot camp» au ton subtilement ironique.

Au rez-de-chaussée, par ailleurs, Sophie Larouche met à profit son talent de danseuse dans Mussorgsky: scènes fantastiques. Sur un collage sonore qui fait penser au Revolution No. 9 des Beatles, elle exécute une chorégraphie laissant filtrer le trouble qui habite son alter ego. La tension est palpable, surtout quand on se trouve si près de l’action.

Il y a aussi de la danse dans Matilda, où Marilyne Renaud pose l’une des questions les plus angoissantes: « Qui suis-je? » Mouvements lents, puis saccadés, avec musique à l’avenant. On la voit cheminer en évoquant les divers âges de la vie, jusqu’au moment où son pas se fait plus léger.

Seul homme à défendre un projet devant public, Bruno Paradis a choisi un endroit étonnant pour présenter La bombe. Il faut se déplacer dans la cour, sous un petit chapiteau, pour le voir émerger du fond d’un garde-robe. Le geste n’est pas anodin, pas plus que la confidence qu’il s’apprête à faire.

Quant à Josée Gagnon, elle ne fait aucune blague pendant son intervention qui a pour titre Poopoopidou. Néanmoins, on sourit en voyant son personnage marteler ses ordres à un subalterne. Celui-ci l’ignore, mais pendant que ce petit boss évoluant dans le milieu de l’éducation demande de fermer les bibliothèques, son corps s’exprime d’une manière plutôt facétieuse.

Dans le numéro intitulé <em>Pour la vie</em>, Vicky Côté incarne une dame âgée qui tente de composer avec l’absence de l’être aimé.

Et toujours sur le registre de l’humour, il y a le Théâtre CRI et ses Petites formes dévoilées. Ça commence sur l’air de Je t’aime, moi non plus, alors que Guylaine Rivard manipule une boule de glaise. Des voix d’enfants s’interposent, spéculant sur la façon dont on fait les bébés. Disons qu’une partie de la réponse est offerte par la comédienne, artiste jusqu’au bout des doigts.

Trois séquences

Comme il est impossible de mentionner toutes les créations présentées au Côté-Cour, la meilleure option consiste à s’y rendre pour voir comment les participants ont exploité le thème du dévoilement. Les amateurs de théâtre peuvent découvrir Dix huis-clos et + du 17 au 19 septembre, mais il est impératif de réserver en contactant la billetterie de Diffusion Saguenay.

Chaque soir, on forme dix groupes de quatre personnes et comme ils partent à dix minutes d’intervalle, il faut préciser l’heure où on souhaite observer les dix vignettes. Notez qu’une deuxième série de représentations aura lieu du 24 au 26 septembre, au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, tandis que la troisième et dernière, tenue au Théâtre du Palais municipal de La Baie, se déroulera du 1er au 3 octobre.