Encore Hitler

CHRONIQUE / Encore Hitler, me suis-je dit il y a quelques semaines, en voyant apparaître à la télévision le moustachu le plus célèbre après Charlot. C’était à Radio-Canada, plus précisément à RDI, un lundi soir. J’ai alors réalisé que pendant 13 semaines, la société d’État allait diffuser la série documentaire Chroniques d’un dictateur dans le cadre de l’émission Les grands reportages.

Ma réaction a été provoquée par l’habitude qu’ont prise certains diffuseurs d’exploiter ce filon que constitue le Troisième Reich. Ça frôle le réflexe conditionné. Si on veut attirer des paires d’yeux devant l’écran, on réveille les fantômes de l’Allemagne nazie. Trop souvent, cependant, le contenant prend le dessus sur le contenu, comme dans cette série où les documents d’archives avaient été colorés. Autrement, on arpentait des sentiers mille fois balisés.

Je me suis dit qu’une fois encore, la biographie d’Hitler offerte à RDI se résumerait à la recension d’événements familiers. Les années de misère à Vienne. Les débuts en politique. L’accession au pouvoir et la mise en oeuvre de l’Holocauste, sans parler d’une guerre mondiale et de la scène finale dans le bunker. Or, dès les premières minutes, j’ai constaté que Chroniques d’un dictateur fait oeuvre d’originalité en accordant beaucoup de place à des textes écrits au moment même où se déroulaient les faits évoqués.

Certains sont le fait d’Hitler ou de ceux qui l’ont combattu. Des écrivains sont également cités, qui jettent une lumière intéressante sur contexte social dans lequel l’Autrichien a fait commerce de ses obsessions. Plus pertinents encore sont les extraits des journaux personnels de simples citoyens. On réalise que dès le début des années 1930, l’inquiétude des Juifs est profonde, tout comme l’adhésion de nombreux Allemands aux thèses défendues par les nazis.

Comme ce ne sont pas des militants qui s’expriment, ces opinions sont frappées du sceau de l’authenticité. Ce sont des confidences faites à soi-même et elles aident à comprendre l’état d’esprit qui régnait dans le pays, notamment après la prise du pouvoir, alors que les journaux indépendants avaient été réduits au silence. Ne serait-ce que pour cette raison, la série vaut le détour.