Lyne L’Italien, codirectrice générale et directrice de l’administration du Théâtre La Rubrique, et Jacinthe Couture, musicienne, toutes deux lauréates 2018 de l’Ordre du Bleuet, ainsi que Christiane Laforge, présidente du comité des candidatures de l’organisation, ont témoigné de la santé du milieu culturel, mais aussi du manque de soutien qui lui est accordé mardi matin dans le cadre du Cercle de presse du Saguenay.

En santé... mais peu de soutien

(Anne-Marie Gravel) – Le milieu culturel régional est en santé. L’Ordre du Bleuet en témoigne en honorant pour une neuvième année des personnes qui contribuent à sa richesse, et la banque de récipiendaires potentiels est loin d’être à sec. Le manque de financement et la disparition des arts en milieu scolaire confirment toutefois aux intervenants qu’ils doivent continuer de se battre, afin d’assurer l’avenir.

La musique, les arts plastiques et le théâtre sont moins présents dans les écoles de la région. Les organismes culturels doivent souvent faire plus avec moins. Des artistes œuvrent par passion, sans calculer les heures investies afin d’éviter de constater que leur salaire horaire est bien en deçà du salaire minimum. Et pourtant, la région se démarque par sa richesse culturelle, comme en fait foi la 9e édition du Gala de l’Ordre du Bleuet, dont certains représentants étaient présents au Cercle de presse du Saguenay mardi matin.

La codirectrice générale et directrice de l’administration du Théâtre La Rubrique, Lyne L’Italien, et la musicienne Jacinthe Couture, toutes deux lauréates 2018 de l’Ordre du Bleuet, ainsi que Christiane Laforge, présidente du comité des candidatures de l’organisation, ont témoigné de la santé du milieu culturel, mais aussi du manque de soutien qui lui est accordé.

« La région est très en santé au niveau culturel. La culture est très foisonnante. En théâtre seulement, il y a huit compagnies. On arrive en troisième place, juste après Montréal et Québec. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une région ressource qui exporte le bois, le bleuet et beaucoup d’artistes », affirme Lyne L’Italien.

« Ç’a évolué et ça évolue toujours. Je vois la qualité de la musique qui se fait ici. Il y a toute une relève qui est en train de s’installer au conservatoire. Il y a plus d’inscriptions et des jeunes professeurs dynamiques. La culture nous identifie, nous projette dans l’avenir », ajoute Jacinthe Couture.

Les intervenantes déplorent le peu d’intérêt que portent les gouvernements au milieu culturel.

« On entre en période électorale, mais on oublie la culture. Les arts rapportent énormément à l’économie. Pour quelques vedettes qui s’enrichissent, et c’est mérité, combien de créateurs travaillent en deçà du salaire minimum ? Pour un écrivain, ça représente parfois 1 ou 2 $ de l’heure. Ce qui me révolte, c’est qu’on a l’air de penser que l’art est un loisir. L’art ce n’est pas un loisir, l’art c’est vital. Derrière la création artistique, il y a quelqu’un qui laisse la marque de ce que nous sommes. C’est dommage qu’on l’ignore par manque de culture des gens au pouvoir », regrette Christiane Laforge.

« Les budgets ne sont pas du tout suffisants. On devrait les doubler à tous les paliers de gouvernement. Au Cégep de Jonquière, le cours de théâtre a été coupé il y a deux ans. Tout comme on a coupé au primaire. Ça se fait sentir à l’université. Les gens sont obligés d’aller à l’extérieur pour continuer à faire de l’art dramatique. C’est très dommage », renchérit Lyne L’Italien.

« Des fois, je pourrais pleurer tellement ça me désole de voir à quel point il y a un manque de financement. En même temps, il faut rester optimiste », estime Jacinthe Couture.

Les intervenants s’entendent sur l’importance d’initier les jeunes au domaine des arts. La faible présence des arts dans les écoles les peine.

« Bien des carrières sont nées dans les cours de musique à l’école. C’est affreux à quel point on n’investit plus dans la culture dans les écoles. L’effervescence des arts dans la région, elle est née quelque part. J’ose espérer que quand ils vont repenser le système d’éducation, ils vont se rendre compte qu’ils sont en train d’oublier un élément important », souhaite Christiane Laforge.

« Un enfant, c’est une page blanche, une éponge. L’initiation aux arts, ça commence petit. Faut pas se laisser abattre, il faut faire avancer les choses. Peut-être qu’un jour, on recommencera à enseigner les arts, le théâtre, la musique. Pour les enfants, c’est aussi une motivation à aller à l’école. Il faut s’occuper des enfants, affirme Jacinthe Couture. La musique a des effets bénéfiques sur le cerveau. Elle me fait encore pleurer à mon âge. Ça nous transforme. C’est quand on va au théâtre ou aux concerts que nos goûts se développent. Aujourd’hui, on ne développe plus les publics. On ne développe plus la curiosité et ç’a des répercussions à tous les niveaux. »

+ Des vidéos hommages pour 10 nouveaux membres 

(Myriam Arsenault, Stagiaire) – Des vidéos hommages seront réalisées pour les dix nouveaux membres de la Société de l’Ordre du Bleuet, le 2 juin prochain, lors du gala annuel de l’organisation.

Pour promouvoir l’événement, Lyne L’Italien et Jacinthe Couture étaient présentes, mardi, devant le Cercle de presse du Saguenay, afin de dévoiler les détails de la 9e édition de l’événement.

Ce gala reconnaît les différents artistes qui font briller la région, chacun à leur façon. Cette année, plusieurs lauréats proviennent du domaine de la musique.

Les nouveaux membres de la Société

Parmi les récipiendaires de la 9e édition, le talent de Lyne L’Italien est souligné dans la catégorie régionale. Celle qui est codirectrice générale du théâtre La Rubrique et directrice de l’administration est nommée pour son implication dans le théâtre régional. On lui doit aussi le renouvellement du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay, l’un des plus grands au Canada.

Dans la même catégorie est nommée Jacinthe Couture, qui est revenue dans la région après 25 ans d’absence. Native de Chicoutimi, la pianiste reconnue internationalement est touchée par sa nomination. « J’ai adopté la région il y a quelques années, mais là, j’ai l’impression que c’est elle qui m’adopte. »

La violoniste Guylaine Grégoire, la peintre et musicienne Michelle Hamel et le comédien Christian Roberge sont eux aussi lauréats dans la catégorie régionale.

Dans la catégorie diaspora, le talent de la chanteuse lyrique Marie-Nicole Lemieux sera salué. La nomination du comédien Dany Turcotte complète cette catégorie.

La Société de l’Ordre du Bleuet souligne à titre posthume, chaque année, des artistes décédés qui ont marqué la région. Pour cette édition, Réal Fortin recevra les honneurs pour son frère André « Dédé » Fortin et Rina Simard-Lapointe sera elle aussi présente, pour l’hommage à son conjoint Jean-Paul Lapointe.

En nouveauté cette année, l’organisation a ouvert la catégorie de l’engagement. L’unique nommée est Colette Hébert-Boillat, qui a, dans toute sa carrière, initié près de 2500 enfants à la musique.

Les lauréates Jacinthe Couture et Lyne L’Italien, accompagnées de la présidente du comité des candidatures Christiane Laforge, ont lancé une invitation à la population. Les femmes incitent le public à se joindre à elles lors du gala, afin de célébrer les accomplissements des artistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Les nommés de la Société de l’Ordre des Bleuets sont reconnus pour leur excellence, leur créativité et la qualité supérieure de leurs projets. L’implication prend une place tout aussi importante dans les critères de sélection des élus. Ils doivent faire honneur à la culture de la région par leur enseignement, leur diffusion et leur promotion.