Chicoutimi la nuit, quand les enseignes lumineuses brillent de tous leurs feux. Tel est le propos de l’exposition d’Emmanuel Galland intitulée De Lafontaine à Racine, en passant par Bossé et Talbot.

Emmanuel Galland et les vertus de la répétition

En décembre 2008, Emmanuel Galland a pris des photos à Chicoutimi. Au lieu de croquer la cathédrale et La Pulperie, l’artiste originaire de la France a centré son attention sur les enseignes lumineuses qui fleurissent sur le boulevard Talbot, de même qu’au centre-ville. Ce sont ces images qui se déploient dans la salle d’exposition du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi jusqu’au 21 juin. Elles forment l’exposition De Lafontaine à Racine, en passant par Bossé et Talbot.

Il s’agit de sa deuxième sortie, la première ayant eu lieu à Québec, il y a six ou sept ans. Quelques photos ont été publiées dans les pages de ce journal, mais de voir l’ensemble de l’oeuvre au même endroit, occupant un mur entier, ajoute une dimension collective à l’affaire. Ces choses qui semblent banales, destinées à faire vendre, sollicitent le regard d’une manière différente. On s’attarde à l’esthétique des enseignes, puis au contenu, plus révélateur qu’on l’imagine de prime abord.

« On voit qu’il y a encore des commerces de proximité, ici, et je trouve ça cool de lire le nom des familles qui les opèrent. Des Perron. Des Tremblay. Au vernissage, plusieurs personnes ont tripé en les voyant », a raconté Emmanuel Galland il y a quelques jours, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Il note également que des établissements ont fermé leurs portes entre-temps, notamment le restaurant Le Deauville.

Saguenay (Chicoutimi) 
 expositiopn de photos d ammanuel galant plus le mur des enseignes lumineuses 
 Photo Le Quotidien Rocket Lavoie

Dans son esprit, ces éléments du mobilier urbain représentent des joyaux, autant qu’un reflet du paysage nord-américain. Certains témoignent de l’inventivité de leurs auteurs et le fait de les regrouper dans la salle d’exposition crée du mouvement entre les images. Or, celles-ci pourraient se multiplier, laisse entendre le photographe, qui se voit explorer d’autres coins de la région dans les prochains mois.

200 fois Jean-Marc E. Roy

Toujours au Centre des arts et de la culture, une autre série de photos tient compagnie à celle mettant en vedette les enseignes lumineuses. Ces images sont le fruit d’un projet baptisé L’homme-sandwich, dont l’origine remonte à 2013. Le cinéaste Jean-Marc E. Roy était alors coordonnateur au Lobe, un centre d’artistes établi à Chicoutimi. Le voyant se pointer chaque jour avec un t-shirt différent, Emmanuel Galland a eu l’idée d’organiser une séance de pose chez lui.

« On a passé un après-midi là-dessus. C’était comme une performance. Jean-Marc adoptait toujours la même pose, avec la même attitude, ce qui a donné 200 photos présentées pour la première fois à l’exposition. Je les ai étalées sur deux murs, où elles forment un genre de cosmogonie. On peut aussi parler d’une onde musicale, puisque la plupart des t-shirts réfèrent à des groupes musicaux. C’est comme s’il avait sa discothèque sur son corps », fait observer Emmanuel Galland.

Jean-Marc E. Roy est omniprésent sur les murs du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, par le biais de l’exposition L’homme-sandwich.

L’homme a des goûts variés, des Rolling Stones à Robert Charlebois, de Voivod à Bloodshot Bill. Son visage fermé, qui fait penser à une statue africaine, ne laisse rien voir de son enthousiasme pour ces artistes. Si on le connaît, tant mieux, mais si on ne sait rien de lui, ce n’est pas plus grave, affirme son camarade. L’important, c’est le sentiment d’appartenance que laissent filtrer ses allégeances, cet esprit communautaire qui imprègne également la série sur les enseignes lumineuses.