Émilie Clepper a enfin abordé l’autre facette de sa dualité culturelle en créant un premier album en français. Elle présentera le fruit de cette démarche le 14 décembre, au Côté-Cour de Jonquière.

Émilie Clepper, chanteuse francophone

Il y a un monde de différence entre les albums What You See et La grande migration. L’un sonne country-folk et la voix de la chanteuse, joliment nasillarde, se moule à l’atmosphère americana qui émane des pièces écrites en anglais. L’autre, tout frais, donne la parole à une artiste inspirée par la chanson française telle qu’elle a fleuri dans les années 1950 et 1960, celle de Barbara et Gréco, des textes livrés avec un luxe de nuances. Les deux enregistrements, pourtant, sont signés Émilie Clepper.

Avant de conclure au dédoublement de personnalité, il faut savoir que cette artiste est née d’un père américain et d’une mère québécoise. Si ses débuts ont été marqués par une patiente exploration de l’univers culturel de son paternel, le balancier a changé de direction. Le moment était venu d’assumer pleinement sa dualité avec la complicité de Sara Garneau.

« Il y a longtemps que je voulais faire un album en français, mais ça ne devait pas découler de ce projet mené avec Sara. Après avoir travaillé sur la chanson Les grands vents, toutefois, nous avons continué. D’autres textes ont été inspirés par un voyage que nous avons fait dans l’État de Washington, où mon père vit sur une île dans le Pacifique, et par les paysages du Québec. Il y a souvent une imagerie maritime. Ça plaît beaucoup à Sara », a confié Émilie Clepper lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

La migration évoquée par le titre est la sienne, reconnaît la chanteuse. Elle l’a fait passer d’une culture à l’autre, d’un territoire à l’autre. Les racines de son père se trouvant au Texas, c’est là-bas que s’est développé son goût pour le folk américain qui a constitué son passeport vers la notoriété. « C’est comme ça que c’est sorti », résume la principale intéressée.

Ce que ses fans ignoraient, c’est que l’artiste écoutait assidûment les disques de Barbara, Piaf et bien d’autres. C’est ce qui explique le traitement des nouvelles chansons, empreint d’un reste de classicisme. « En studio, j’ai travaillé avec du nouveau matériel, de nouvelles consonnes, de nouveaux accents toniques. C’est comme un peintre qui passe de l’huile à l’aquarelle, mais justement, j’aime explorer et je tenais à honorer mes deux univers culturels », explique Émilie Clepper.

Ils vivent en elle, mais ne cohabiteront pas sur scène, comme le constateront ceux qui la verront le 14 décembre, au Côté-Cour de Jonquière. Appuyée par Vincent Gagnon (claviers), Pierre-Emmanuel Beaudoin (batterie) et Patricia Deslauriers (contrebasse), elle se concentrera sur le nouvel opus, ainsi qu’une poignée de reprises émanant du répertoire francophone. « Cette fois, je ne m’accompagnerai pas à la guitare. Je vais juste chanter, ce que je trouve rafraîchissant », affirme l’interprète.