Guylaine Tanguay, qu’on voit en compagnie du directeur musical Sébastien Dufour, s’est habilement approprié le répertoire d’Elvis Presley dans un spectacle présenté vendredi soir, au Théâtre du Palais municipal de La Baie.

Elvis revit grâce à Guylaine Tanguay

«Vous n’êtes pas trop déçus de ne pas me voir avec une perruque noire ou un jumpsuit blanc? Elvis en jupe, ça vous va?»

Lorsque Guylaine Tanguay a posé ces questions aux fans rassemblés vendredi soir, au Théâtre du Palais municipal de La Baie, la réponse n’a pas été difficile à décoder. Un joli grondement s’est élevé du parterre, semblable à celui d’un chat voyant apparaître un bol de lait frais. Ces gens qui étaient venus assister au spectacle inspiré par l’album 3764 Elvis Presley BLVD ne s’étaient pas trompés d’adresse, ni de chanteuse. Ils savaient qu’avec la Jeannoise aux commandes, la mémoire du King serait bien servie.

Tous ses classiques ont été abordés et sans égard au genre, rock, ballade, hymne country ou brûlot s’inscrivant dans le droit fil de la tradition rockabilly, Guylaine Tanguay et ses excellents musiciens, appuyés par deux couples de danseurs, ont montré qu’il pouvait y avoir des miracles ailleurs qu’à Memphis. Peu de femmes ont osé aborder ce répertoire et la preuve est maintenant faite que cette barrière, comme tant d’autres, constituait une ligne imaginaire.

Prenez Suspicious Minds, livré en début de soirée. Pulsé par une guitare nerveuse, franchement rock, celle du directeur musical Sébastien Dufour, la voix de l’artiste exprimait davantage le plaisir que lui procure l’interprétation de cette pièce que la tristesse distillée par le texte. Et justement, elle assimile son spectacle à une fête, à un party, un avis que tous ont semblé partager, avec raison.

Plusieurs fois, d’ailleurs, on a remarqué que les versions étaient plus rapides que les enregistrements originaux, comme sur Viva Las Vegas. Pourquoi ménager ses effets quand il y a tellement de perles à enfiler? Dans ce cas-ci, les arrangements évocateurs du swamp rock, chargés d’adrénaline, cadraient parfaitement avec les danseuses levant la patte énergiquement, à la façon de chorus girls.

Au plan vocal, l’une des belles performances est survenue quand la chanteuse a abordé Little Sister, un air moins connu que les autres, un brin rockabilly. Il fallait exprimer de la joie, mais en mode juvénile, avec des intonations juste assez nasillardes pour que ça sente l’Amérique profonde. Et tout de suite après, elle a négocié un virage serré, néanmoins réussi, en reprenant Are You Lonesome Tonight?. Une voix douce, pleine de sollicitude, afin de combattre la solitude à laquelle le titre fait référence.

La conception du spectacle est tout aussi exemplaire. Il aurait été facile de se coller aux succès d’Elvis. Or, plein de pistes ont permis d’aller ailleurs, sans toutefois dévier du sujet. C’est ainsi que la partie consacrée au Million Dollar Quartet, dont faisait partie le fils de Gladys, a justifié l’intégration de titres de Carl Perkins, Johnny Cash et Jerry Lee Lewis, représenté par une vrombissante version de Great Balls Of Fire. On aurait dit un bolide filant sur l’autoroute pendant que la police est en grève. Ça rentrait au poste.

Une autre trouvaille fut de mailler la pièce Chanson pour Elvis, popularisée par Diane Dufresne, à des chansons de Johnny Farago rendant hommage au King. Preuve que cette décision est judicieuse, des voix féminines provenant de la salle se sont superposées à celle de Guylaine Tanguay lorsqu’elle a prononcé la dernière phrase: «Elvis, tu sauras jamais tout ce que t’étais pour moi».

Dans la même foulée, l’invitée de Diffusion Saguenay a proposé quelques titres que Presley lui-même a emprunté à différents artistes, notamment au début des années 1970. Les Beatles ont été représentés par Get Back, Something et Hey Jude, chaudement accueillis, mais le numéro le plus ratoureux, dans le bon sens du terme, fut la reprise de Proud Mary. La musique était de Creedence Clearwater Revival, mais les chorégraphies reflétaient celles du duo qui a créé ce classique, Ike et Tina Turner.

L’autre chanson que tous attendaient est venue à la toute fin, comme il se doit. Après avoir remercié le public pour son appui indéfectible, surtout au cours des trois ou quatre dernières années, Guylaine Tanguay a parlé de son livre, La ligne droite, où il est question de problématiques familiales longtemps restées cachées. «Il ne faut jamais abandonner», a-t-elle conclu avant d’aborder My Way.

Mains jointes autour du micro, comme pour une prière, la Jeannoise a offert une interprétation sentie, à la fois juste et émouvante. De quoi donner la chair de poule, une grâce qu’on souhaite à ceux qui assisteront à ce spectacle samedi à 20h, au Théâtre Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini. Qu’il pleuve ou qu’il neige, il ne regretteront pas leur soirée.