Elvis Crespo

Elvis Crespo, le King de la Racine

Depuis vendredi soir, le King de la rue Racine se nomme Elvis. Elvis Crespo.

À sa première participation au Festival international des Rythmes du Monde, le chanteur originaire de New York, dont les racines plongent bien creux dans la terre portoricaine, a suscité l’un des plus grands rassemblements jamais vus au centre-ville de Chicoutimi. Il faisait un temps idéal pour assister à un spectacle en plein air et la perspective d’entendre son mégasuccès, Suavemente, s’est révélée irrésistible.

Signe de l’intérêt suscité par cet événement, bien avant l’arrivée d’Elvis, la foule regroupée du côté de la cathédrale vivait dans l’anticipation, plutôt que dans le moment présent. Même qu’à la fin du spectacle qui a ouvert la soirée, celui de Rafael & Energia Dominicana, cet état d’esprit empreint de fébrilité s’est communiqué au chanteur et à ses neuf musiciens. Leurs airs de merengue, de salsa et de bachata sont devenus plus aériens, comme si la composition de l’air avait été modifiée.

Elvis Crespo a montré qu’il était un redoutable ‘‘performer’’, vendredi soir, à l’occasion d’un spectacle présenté dans le cadre du Festival international des Rythmes du Monde.

Ce sentiment que quelque chose de gros, d’inhabituel, allait survenir, s’est confirmé lorsque les techniciens de scène ont préparé la venue du Portoricain et de ses dix partenaires. La foule, déjà importante, s’est nettement densifiée, au point où ceux qui avaient dansé en couple un peu plus tôt n’avaient d’autre choix que de renoncer à ce plaisir. C’était comme une marée qui refluait vers la clôture de sécurité, une marée joyeuse, pas maline pour deux sous.

« La rue est pleine. Il y a de la fébrilité dans l’air », a lancé le présentateur Jean-François Lapointe qui, lui aussi, était un poil plus effervescent. La foule a répondu à sa demande en levant les bras pour le photographe du Progrès, Rocket Lavoie, et le grand moment est arrivé. À 21 h 39, des cris très forts ont surgi de la rue pendant que des percussions se sont fait entendre, relayées par la section de cuivres. Un chant s’est élevé d’on ne sait où, puis Elvis Crespo a bondi sur la scène.

Non, ce n’était pas Suavemente, mais qu’importe. Le public a fait sa connaissance par l’entremise d’un air très accrocheur, livré avec une telle énergie que même tassés, les gens ont trouvé le moyen de bouger, d’essayer de suivre le rythme. Des dizaines de cellulaires ont été portés bien haut pour immortaliser l’événement, mais ce n’était pas une bonne idée de cadrer serré parce qu’Elvis ne reste jamais longtemps au même endroit.

Il s’est mis à tourner sur lui-même, puis à courir en direction du pianiste avant de reculer vers les percussionnistes, un genou à terre comme pour guetter une proie. Le chanteur a alors saisi le micro et repris le fil de la pièce comme si de rien n’était, l’objectif consistant moins à raconter une histoire qu’à transmettre de l’énergie, une énergie presque sauvage.

Il était déjà clair que cet homme n’était pas venu à Chicoutimi à reculons. Quand il s’est exprimé en espagnol au milieu d’un deuxième brûlot, d’un ton presque mélo, un brin compassé, même ceux qui ne comprennent pas la langue (ce qui inclut l’auteur de ces lignes) ont perçu un ardent désir de communiquer avec ces fans dont il ignorait l’existence jusqu’à tout récemment.

La foule était nombreuse.

Le temps n’était pas aux discours, cependant. Il fallait augmenter le rythme, si improbable que cela puisse paraître, en interprétant une chanson au débit tellement rapide que le grondement de la basse faisait trembler les genoux. Elvis a continué d’animer le spectacle avec ses chorégraphies parfois facétieuses, comme lorsqu’il a chevauché le pied de micro pour en faire un cheval, histoire de traverser la scène en se donnant des tapes sur les fesses.

Chose rare dans un tel contexte, l’invité du festival a ensuite demandé à Rafael de le rejoindre sur la scène, juste pour qu’ils puissent fraterniser entre collègues. Puis, il a livré un discours passionné, uniquement en espagnol. En le voyant rapprocher ses mains, on a compris - ou cru comprendre - que la culture représentait, à ses yeux, un merveilleux outil pour rapprocher les peuples.

« Ce sera la meilleure nuit du monde », a ajouté Elvis Crespo (merci à monsieur Duval pour la traduction) avant de reprendre le fil de ses activités. Des ballons sont alors apparus au-dessus de la foule, aussi légers que le coeur des gens.

Les rythmes latins étaient à l’honneur, vendredi. En plus d’Elvis Crespo, le Festival international des Rythmes du Monde a accueilli Rafael & Energia Dominicana sur la scène voisine de la cathédrale.