«Ce sont des situations de vie que j’ai voulu mettre en images», raconte Pascal Picard. Le principe vaut notamment pour cette oeuvre intitulée Mme Gagnon, dont le sujet est une dame dont le dépanneur a été fréquemment visité par des voleurs.
«Ce sont des situations de vie que j’ai voulu mettre en images», raconte Pascal Picard. Le principe vaut notamment pour cette oeuvre intitulée Mme Gagnon, dont le sujet est une dame dont le dépanneur a été fréquemment visité par des voleurs.

Écho, pour voir comment évolue l'art de Pascal Picard

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Preuve que le cheminement d’un artiste se fait de manière organique, Pascal Picard embrasse du regard les oeuvres présentées jusqu’à la fin d’août, à l’intérieur de son atelier. Il y a le portrait de madame Gagnon, la dame du dépanneur qu’aucun voleur ne saurait détourner de sa mission, des images en noir et blanc où figure son paternel, ainsi que les plus récentes créations, celles de la série Sanctuaires, où des personnages aux têtes d’animaux se fondent dans leur environnement.

Les techniques sont différentes d’un projet à l’autre. Il y a la sérigraphie et ce que le Jonquiérois appelle la «dépeinture», un procédé qui consiste à appliquer de l’acrylique avant d’atténuer sa présence à l’aide d’un pinceau mouillé. Il s’agit d’un exercice de patience et de modestie, puisque la matière n’obéit pas au doigt et à l’oeil. Or, voici qu’il montre des pots renfermant un produit servant à réaliser des cyanotypes. Ce sera la prochaine affaire, celle qui, peut-être, livrera ses fruits au cours de l’exposition qui suivra Écho.

«Le but, c’est d’additionner des médiums pour parler de soustraction», résume Pascal Picard, l’oeil rieur.

Ces créations ont été réalisées à partir de photographies montrant le père de Pascal Picard dans son enfance. Elles témoignent de la finesse du trait de l’artiste.

Depuis le début de l’entrevue, en effet, il a été question du principe voulant que moins, c’est mieux. Ça vaut dans sa vie de tous les jours, centrée sur la simplicité volontaire, mais également dans son art. Que ce soit à travers les thèmes abordés ou les méthodes employées, il y a toujours quelque chose à enlever. Un garçon. Une pancarte. Des pigments.

«Il y a quatre ans, chez Bang, j’ai présenté l’exposition Diagnostique, qui m’a amené à réaliser des sérigraphies. C’est devenu un cours sur la couleur, puisque je voulais voir comment, en frottant, en grattant, en brossant la matière, je pourrais comprendre de quelle manière elle évolue au fil des soustractions. L’idée, c’est de savoir quoi laisser sur la feuille», énonce-t-il.

Du fait de sa fragilité, le papier est ainsi devenu son support de prédilection. Et s’il arrive un accident, une maladresse irréparable, c’est le prix à payer. On jette et on recommence.

L’exposition <em>Écho</em> devait être présentée en avril, mais le confinement a entraîné son report. Profitant de cette pause inattendue, Pascal Picard a produit ces oeuvres découlant de la série <em>Sanctuaires</em>. «Elles montrent des personnes en confinement. On voit leur animalité», fait-il observer.

Il suffit d’examiner les oeuvres récentes pour reconnaître la finesse de son trait, sa capacité d’évocation. On devine la somme de travail qui se cache derrière chaque pièce, mais pas question pour lui de faire autrement. L’art numérique a beau offrir des solutions attrayantes, l’homme résiste à ses charmes.

«J’ai décidé de rester manuel parce que le jour où il n’y aura plus d’électricité, il deviendra super important qu’un langage demeure, celui qu’on utilise depuis la grotte de Lascaux», affirme Pascal Picard.

Cet attachement aux savoirs anciens va de pair avec son goût pour la recherche, preuve qu’on peut apprécier le passé sans être passéiste. «Mon but en tant qu’artiste, c’est de faire avancer le monde de la peinture et, dans le contexte de ma démarche, c’est de trouver une cohésion. Plus je tenterai des expériences, plus je m’en approcherai», avance-t-il.

Sur <em>Maternité</em>, Pascal Picard marie la sérigraphie et le travail sur acrylique, où il opère par soustraction.

Pour voir où Pascal Picard est rendu dans son cheminement, il suffit de prendre rendez-vous en téléphonant au 581 235-2880. Écho est la première exposition tenue dans son atelier, lequel est situé au 2166, rue Saint-Hubert, à Jonquière.

Ensuite, la création reprendra ses droits, à la faveur d’un projet dont son fils sera partie prenante. «Comme je devrai en assurer la garde, j’aménagerai une patinoire où il pourra faire des jeux, alors que je travaillerai à ses côtés. Pour la première fois, je ferai de l’art sous contrainte», annonce le peintre.

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UNE RÈGLE: NE COMPTER QUE SUR SES PROPRES MOYENS

Neuf des toiles faisant partie de l’exposition Écho sont marquées d’un point rouge, signe qu’elles ont trouvé preneurs avant même l’arrivée des premiers visiteurs. En cette année où tant de gens ont la tête ailleurs, la chose n’est pas banale, surtout dans une région où le bassin d’acheteurs reste modeste.

Comment arrive-t-on à ce résultat ? L’artiste répond en invoquant le travail effectué après la création des oeuvres.

«Chaque jour, j’arrive à l’atelier à 6 h et je ferme boutique à 18 h. Or, il y a une partie du temps passé ici qui est consacré à ce que j’appelle le marketing», a expliqué Pascal Picard au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Il s’agit de donner de la visibilité à son travail, mais pas n’importe comment. À ses yeux, en effet, il importe de canaliser les efforts dans la bonne direction, puisqu’il n’est ni possible ni utile de se disperser. « Il faut trouver son bon marché et ne pas aller ailleurs, même si c’est dur », affirme le Jonquiérois.

Se discipliner est d’autant plus important que d’autres avenues lui sont fermées, dont celle des demandes de financement. Lui qui est si articulé quand vient le temps de parler de son travail, qui arrive à décrire les techniques utilisées, à montrer comment elles servent le sujet, où elles s’inscrivent dans l’histoire de l’art, n’affiche pas une fluidité équivalente à l’écrit.

«Je ne suis pas un écrivain. Je suis un artiste visuel et je trouve que les modes de subventions devraient être adaptés afin d’accommoder tout le monde, soutient Pascal Picard. Il y en a qui ont la capacité d’écrire pour des publications spécialisées. Souvent, ce sont des gens qui ne produisent pas beaucoup d’oeuvres. Moi, mes idées vont plus vite que les mots, ce qui représente un handicap dans le cadre de mon travail.»

Il croit que le système devrait être rééquilibré, puisqu’ils sont nombreux, les artistes qui passent systématiquement sous le radar des organismes subventionnaires, pour toutes sortes de raisons. Ils ont beau produire des oeuvres importantes, originales, comme c’est le cas de plusieurs de ses camarades, ce n’est jamais leur tour de recevoir un coup de pouce de la communauté.