PHOTO DE LA UNE: Dweezil et Frank, même combat Cette photographie captée à l’été 2014, sur la zone portuaire de Chicoutimi, montre Dweezil Zappa en pleine action. Il sera de retour au Saguenay aujourd’hui, cette fois à la Salle François-Brassard de Jonquière, toujours dans le but de faire vivre le répertoire de son célèbre père.

Dweezil Zappa: au nom du père

« Nous vivons à une époque étrange. C’est tordu au plan politique, ce qui arrive chez nous. S’il était encore vivant, c’est sûr que mon père serait actif, qu’il aurait des commentaires à formuler. Le plus drôle est que dès les années 1980, il a annoncé ce qu’on voit aujourd’hui, notamment le phénomène des théories de la conspiration », énonce Dweezil Zappa à l’autre bout du fil.

Le fils du grand Frank se trouvait en Virginie, le jour où Le Progrès l’a joint afin de parler du spectacle qu’il présentera le 10 novembre à 20 h, à la Salle François-Brassard de Jonquière. La campagne des élections de mi-mandat approchait de son point culminant au sein d’une nation plus divisée que jamais, exception faite de la période qui a précédé la Guerre Civile.

Le chanteur et guitariste n’échappe pas à l’atmosphère délétère qui enveloppe les États-Unis depuis l’élection de Donald Trump à la présidence. Ce n’est pas pour rien qu’il y a quelques mois, il a diffusé un enregistrement réalisé chez lui, en Californie. Une vieille chanson de David Bowie intitulée I’m Afraid of Americans. Sa version dépouillée, néanmoins proche de l’originale, est-elle révélatrice de son état d’esprit ?

« Je l’ai choisie pour le titre et aussi pour la musique, répond Dweezil Zappa. En même temps, je veux travailler plus souvent dans mon studio et c’était une façon de le démontrer. » Qu’il craigne ou non les Américains, cependant, cette composition ne sera pas intégrée au spectacle présenté à Jonquière, puis au Palais Montcalm de Québec (11 novembre) et à la Salle André-Mathieu de Laval (12 novembre). Pour l’heure, la priorité consiste à honorer le répertoire du paternel.

La seule façon de faire honneur au répertoire de Frank Zappa consiste à travailler et travailler, tout en demeurant constamment vigilant, estime son fils Dweezil.

C’est ce que fait le groupe formé de sept chanteurs et musiciens depuis le début de la tournée Choice Cuts ! . Même les pièces de Dweezil sont demeurées entre parenthèses, parce qu’il y tant de matière à livrer aux fans et si peu de temps pour le faire. Oui, les interprètes reprennent 33 titres de Frank Zappa en l’espace de trois heures, mais c’est tout juste s’ils grattent la surface.

« L’idée consistait à faire des chansons qui n’avaient pas été jouées depuis longtemps, jumelées à des surprises et des versions inédites. Pour trouver des arrangements peu familiers, nous explorons le répertoire et aussi les ‘‘bootlegs’’. On effectue ensuite des transcriptions, puisque rien n’a été couché sur le papier, à l’époque. Il faut dire que mon père manipulait constamment sa musique en fonction des instruments et du personnel qu’il avait sous la main. Rien n’était définitif », rapporte Dweezil Zappa.

Son approche à lui, au moment d’aborder le répertoire de Frank, est caractérisée par un extrême souci de fidélité, ce qui n’est pas incompatible avec la notion de créativité. « Mon père produisait des structures musicales solides à l’intérieur desquelles étaient intégrées des plages propices à l’improvisation. Si nous reprenons une pièce de ce genre 30 fois, il y aura donc 30 formulations différentes », explique Dweezil.

Il existe toujours des exceptions, évidemment. « Joe’s Garage, on la fait comme sur le disque », précise le musicien, qui tient à coller au plus près à l’esprit de l’époque qui a vu naître les oeuvres. Les instruments, les fréquences, tout doit correspondre au caractère de la mouture originale. L’un des titres qui le remplissent de fierté est d’ailleurs la suite The Orange County Lumber Truck.

« Nous avons retrouvé des arrangements remontant à l’époque de l’album ‘‘live’’ Roxy & Elsewhere (enregistré en 1973). Ils sont tellement cool, groovy, avec une section de cuivres. Je suis surpris qu’ils ne les aient pas utilisés plus souvent », commente le guitariste. Son groupe a également concocté une version hybride d’Andy, d’abord connue sous le nom de Something Anything.

Or, lui et ses camarades ont beau fréquenter l’oeuvre de Frank depuis longtemps, elle est touffue, exigeante, et nécessite une attention de tous les instants. Gare à celui qui n’a pas fait ses devoirs avant d’aller à la rencontre du public. « Il ne faut pas prendre cette musique pour acquise. Il est essentiel de pratiquer, parce qu’à tout moment, on peut se faire mordre », résume Dweezil Zappa.