L’artiste Yves Tremblay expose deux installations à l’Espace virtuel du Centre Bang.

Du virtuel au solide

Dans Productions récentes, l’artiste saguenéen Yves Tremblay propose deux installations étonnantes qui sont le fruit du numérique concrétisé en matière, à l’Espace virtuel du Centre Bang, jusqu’au 2 février 2018.

Lorsque l’on pénètre dans la première salle, dans l’édifice de la rue Jacques-Cartier Est à Chicoutimi, on a un peu l’impression de se retrouver au cœur d’une étrange salle des machines. Dérivation comprend des blocs beiges reliés par des tuyaux en métal et une foule de petits objets sculptés alignés sur les murs. On peut imaginer les conduits serpenter dans le sol et dans les parois, là où ils disparaissent.

Il a fallu huit mois à Yves Tremblay pour mettre au point son installation, le produit de ses apprentissages et de ses expérimentations avec une fraiseuse numérique à trois axes. Cet équipement est disponible au Centre de production en art actuel TOUTTOUT, un espace d’ateliers que l’artiste a d’ailleurs cofondé.

À l’aide d’un logiciel, le sexagénaire a d’abord simulé diverses opérations dans des fluides, juste assez intenses pour qu’il n’y ait pas d’éclaboussures et que le résultat des ondulations puisse être sculpté. Ces simulations sont ensuite transformées en code pour que la fraiseuse puisse les comprendre et les former en parcourant les plaques de bois de sa pointe. 

« C’est la solidification du numérique, résume le détenteur d’un baccalauréat interdisciplinaire en arts de l’Université du Québec à Chicoutimi. Des lignes et des points deviennent des objets, avec une certaine impression de formes corporelles. Le parcours de l’outil est remis en situation dans l’espace. »

Quand on travaille avec des logiciels, il n’y a pas de place pour l’erreur, fait valoir l’artiste. « On fait peu d’accidents avec ce médium. » Yves Tremblay a cependant réussi à en faire un pour porter sa démarche plus loin. Sur le pourtour des blocs, le visiteur à l’œil alerte pourra remarquer des petites pyramides, agencées entre elles en une sorte de symboles. Il n’y avait auparavant pas de vide entre les formes, c’est l’artiste qui l’a créé en enlevant certains détails.

« Les différentes variations sont devenues mon cryptage », illustre-t-il. 

Selon lui, l’idée de Dérivation est le « raccord d’une chose à une autre, l’interstice dans la matière et la réalité ». Une belle métaphore, au fond.

Inspirant aluminium

En arrière de la salle, la deuxième installation paraît plus simple, mais la réflexion qui l’a inspirée est fascinante. Yves Tremblay a été interpellé par un article journalistique où l’aluminium produit au Saguenay-Lac-Saint-Jean était décrit comme un matériau « vert », respectueux de l’environnement. D’un autre côté, un stratagème mis au point par les alumineries chinoises était dénoncé. Pour faire passer leurs lingots comme des produits de deuxième transformation, ceux-ci étaient coulés en forme de poignée de porte.

« Ce sont en fait des lingots déguisés pour permettre une surproduction polluante. La région est terriblement imprégnée de l’industrie, avec Rio Tinto. Tout ça me donnait la grisaille, confie celui qui s’interroge aussi sur le réel caractère vert de l’aluminium. J’ai donc imaginé une poignée de porte qui plongeait dans un lingot, avec un logiciel. »

Les différentes étapes de la simulation ont été décortiquées, et une vingtaine d’images sur une centaine ont été sélectionnées. Elles sont ensuite passées au monde réel via une imprimante 3D. Chaque création est disposée sur une plaque de verre, un jeu de mots avec « vert », le tout supporté au mur avec une tige d’aluminium. C’est ce qui donne l’installation Aluvernium.

Yves Tremblay a réalisé cette œuvre en six mois, après bien des recherches. « L’imprimante 3D, c’est très long. Ça bouffe la patience ! »

Alors que le numérique semble être une ressource sans limites, Yves Tremblay y voit une contrainte. « Je me méfie du poids des fichiers. » Leur lourdeur peut parfois être aussi frustrante pour un artiste que des matériaux difficiles à manier ou trop chers à acquérir.

L’oeuvre Dérivation a été réalisée à partir de simulations mises au point avec un logiciel, puis sculptées avec une fraiseuse numérique.
Les oeuvres proposées sont variées.

Des vidéos sur le territoire à l’honneur à l’Espace virtuel

Les vidéos d’art performatives de l’artiste multidisciplinaire Étienne Boulanger et du collectif Collection sont à l’honneur dans l’exposition Territoires boréals jusqu’au 2 février 2018, dans la salle 2 de l’Espace virtuel du Centre Bang à Chicoutimi.

Les oeuvres proposées sont variées, mais elles ont toutes un lien avec la notion de territoire. Le corpus de vidéos Faune, réalisé avec une bourse d’aide à la création de la bande Sonimage en 2016 par le collectif Collection, a un côté incongru. On peut voir des structures gonflables s’élever dans un marais et des palmiers de carton être pris dans une tempête de sable.

«On a joué avec l’aspect comique», indique la membre de Collection, Laurie Marois, qui travaille aussi pour le Centre Bang. Pierre-Olivier Tanguay et Charlie Lescault complètent le collectif. Le trio s’intéresse aux traces laissées par l’humain, qui a une relation parfois absurde avec la technologie et les paysages, selon les créateurs. L’environnement sonore dans leurs vidéos renforce ce sentiment.

Pour sa part, Étienne Boulanger présente trois oeuvres réalisées en 2015 et 2016: Le silence fait peur aux brutes, Récits de trappe et autres situations boréales et Spruce Bleach. L’Almatois a une riche pratique en art action depuis 2007, et cela transparaît dans ses vidéos.