La pièce Les fées ont soif sera présentée le 3 octobre.

Du théâtre qui émeut et fait réfléchir

« C’est bien beau, les écrans, mais rien ne vaut une pièce de théâtre jouée par des artistes en chair et en os », affirme le directeur artistique de La Rubrique, Benoit Lagrandeur. Il en est d’autant plus convaincu que les spectacles présentés au cours de la prochaine saison l’ont amené à effectuer des choix difficiles. Il y a tant de productions méritoires, comparativement à ce que le marché peut absorber.

Ce qui ne fait pas de doute, cependant, c’est que plusieurs des dix productions destinées au public adulte brasseront le bourgeois qui sommeille en chacun de nous. Le ton sera donné le 3 octobre, alors que Les fées ont soif sera présenté à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. La mise en scène est assurée par Sophie Clément, celle qui campait le rôle de la fille de joie lors de la création de l’oeuvre de Denise Boucher à la fin des années 1970.

« Il y avait eu un scandale épouvantable parce que la Vierge était sur la scène, exprimant son écoeurement. J’étais estomaqué de voir les manifestations qui avaient lieu chaque soir, devant le Théâtre du Nouveau Monde, et je le suis encore en constatant à quel point ce texte demeure actuel », a commenté Benoit Lagrandeur au cours d’une entrevue accordée au Quotidien.

Dans L’origine de mes espèces, proposé de concert avec Diffusion Saguenay, le 17 octobre, c’est le trouble provoqué par la découverte d’un secret de famille que partage le chanteur et comédien Michel Rivard. Ses parents l’ont aimé, sans toutefois offrir l’image d’un couple uni. Bien que des chansons ponctuent ce spectacle monté par Claude Poissant, on demeure dans l’univers du théâtre, assure le directeur artistique de La Rubrique.

Michel Rivard dans L’origine de mes espèces.

Il lui tarde de voir comment réagira le public à une autre création livrée en solo, la pièce Siri, à l’affiche le 7 avril. La seule personne sur la scène est l’auteure et comédienne Laurence Dauphinais, mais on pourrait parler d’un duo, puisqu’elle interagit avec l’assistante personnelle conçue par la multinationale Apple, la Siri du titre. Leurs échanges n’étant pas scriptés, chaque représentation est unique.

« À force de converser avec Siri, Laurence Dauphinais pousse l’expérience de plus en plus loin. Je trouve aussi que le fait qu’elle soit l’un des premiers bébés québécois dont la naissance a résulté d’une insémination artificielle ajoute une couche de sens à cette production de la compagnie Messe Basse. Elle-même parle avec une machine », note Benoit Lagrandeur.

Brasser la cage, c’est aussi mettre le point final à la démarche initiée l’an dernier par Christian Lapointe. Après avoir recueilli les commentaires des citoyens dans toutes les régions, y compris le Saguenay-Lac-Saint-Jean, il reviendra le 25 octobre avec Constituons !. On verra si le théâtre est l’ingrédient qui manquait pour doter le Québec d’une constitution digne de ce nom.

Ceux qui apprécient les numéros d’acteurs, en revanche, encercleront la date du 29 février. Ce jour-là, en effet, Marie-Thérèse Fortin portera les mots de Gabrielle Roy dans La détresse et l’enchantement. « Ce solo fabuleux s’appuie sur un récit autobiographique qui a été théâtralisé. Il est question de l’enfance de l’auteure au Manitoba et de son séjour en Europe où elle souhaitait faire du théâtre. Ça finit avec son arrivée à Montréal, où elle écrit Bonheur d’occasion », signale Benoit Lagradeur.

Un autre comédien qui a trouvé un rôle à sa mesure est Yves Jacques, attendu le 6 décembre. « Il s’amuse vraiment dans Je suis mixte, l’histoire d’un entrepreneur qui aboutit à Berlin avec son neveu. Dans un bar, il découvre un monde qui bouscule ses valeurs », relate l’homme de théâtre, qui annonce également le retour d’Ogre, une coproduction de La Rubrique et du Théâtre de la Tortue Noire qui revivra du 14 au 23 novembre. Pour réserver, on téléphone au numéro 418-542-5521.

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SHAKESPEARE ET SA SOEUR EN MODE RAP

Et si Shakespeare était une femme ? En tournant les coins ronds, on peut ainsi résumer le propos de la pièce Je suis William, l’une des six productions insérées dans le volet jeunesse de La Rubrique. Cette création du Théâtre Le Clou s’adresse aux personnes âgées de dix à 13 ans, mais les adultes qui assisteront aux représentations scolaires tenues le 10 octobre, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, y trouveront également leur compte.

« C’est l’un de mes gros coups de cœur, un “musical” intelligent, comprenant du rap, où William Shakespeare réalise que sa sœur écrit des textes fascinants. Le problème est qu’elle ne peut pas les publier sous son nom », décrit le directeur artistique de la compagnie, Benoit Lagrandeur. Il vante aussi Antioche, à l’affiche le 28 février. Fait à signaler, l’auteure Sarah Berthiaume avait rencontré des étudiants du Cégep de Chicoutimi et de l’École polyvalente Jonquière, il y a trois ans, pendant le processus d’écriture.

Là encore, seules des représentations scolaires figurent au programme, ce qui est aussi le cas d’Avant l’archipel, qui se pointera le 21 février. Le public cible est le même, les jeunes adolescents, et le scénario s’articule autour d’un coup de foudre. « Ce spectacle est d’une poésie fantastique, inscrite dans les corps, rapporte Benoit Lagrandeur. On joue avec les mots, la langue, et les comédiens interagissent avec le public, qui est assis autour d’eux. »

Trois spectacles donneront lieu à des représentations tous publics, soit Glob (14 décembre), Le problème avec le rose (25 avril) et Une lune entre deux maisons (10 mai), un texte de Suzanne Lebeau fait sur mesure pour les enfants de trois à cinq ans. « Il s’agit d’un classique à partir duquel on a monté une nouvelle production », précise le directeur artistique. Les intéressés doivent réserver promptement, toutefois, puisque le nombre de places est plus limité qu’à l’ordinaire.