Cette photographie montre à quel point la chanson et la danse sont intimement maillées dans le spectacle Corps Amour Anarchie/Ferré. Dix artistes, dont cinq danseurs, y recréent les classiques du grand Léo.

Du Léo Ferré qu’on chante et qu’on danse

Ceux qui ont vu Danse Lhasa Danse savent de quoi Pierre-Paul Savoie est capable. Cet amoureux de la danse et de la chanson trouve toujours la meilleure façon de marier ces formes d’expression. C’est ainsi que le spectacle qui lui a succédé, Corps Amour Anarchie/Léo Ferré, a permis à une nouvelle génération de découvrir l’œuvre du poète et chanteur sous un jour différent.

Depuis sa création en 2016, ce qui correspond au centenaire de la naissance de Ferré, cette production a beaucoup voyagé au Québec, de même qu’en Europe. À l’origine, il y avait deux chanteurs, Bïa et Alexandre Désilets. Ils sont désormais accompagnés par Betty Bonifassi, tandis que le petit ensemble qui était présent sur la scène a été remplacé par le pianiste Alexis Dumais à l’aube de la saison 2018-2019.

« C’est plus fort avec le piano. La nouvelle version est plus épurée, tout en se rapprochant de l’hommage qu’a présenté Renée Claude, il y a plusieurs années. Je n’ai pas eu la chance de voir ce spectacle. Je sais, par contre, qu’elle a assisté à la première de Corps Amour Anarchie », a raconté Pierre-Paul Savoie, il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

À la poésie des chansons correspond celle des chorégraphies, ce qui fait du spectacle Corps Amour Anarchie/Ferré un événement qui ne ressemble à aucun autre, fait valoir le directeur artistique Pierre-Paul Savoie. Il sera présenté le 29 mai, à 20h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

La distribution comprend cinq danseurs qui se moulent aux œuvres conçues par cinq chorégraphes, dont la Chicoutimienne Hélène Blackburn. Le directeur artistique, qui a aussi mis la main à la pâte, est fier du résultat. « La poésie de Ferré et la danse, ce sont des langages qui se superposent. Ils ont donné naissance à un spectacle très abouti », fait-il observer.

Les personnes qui vivront cette expérience le 29 mai, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, entendront un classique comme Paname, l’un des titres les plus anciens sélectionnés par ses soins. L’accent a été mis sur les années 1970 et suivantes, la période où Ferré s’est affranchi des anciennes manières d’écrire et de chanter. C’est extra, Avec le temps, Il n’y a plus rien, Je te donne font ainsi partie du spectacle, dans lequel ont été intégrés des trésors méconnus tels La lune, Les corbeaux et Pacifique blues.

« Après avoir réalisé l’hommage à Lhasa, je me demandais quoi faire. Je me suis alors rendu compte que le nouveau projet devait porter sur l’œuvre de Ferré en raison de sa qualité d’écriture et de sa façon de parler du quotidien et de l’amour. Au moment de choisir les titres, j’ai privilégié ceux qui parlent aux gens d’aujourd’hui. Plusieurs traitent de l’amour, mais j’ai ajouté une pointe d’anarchie », précise Pierre-Paul Savoie.

L’un des attributs de ce spectacle, comme de celui de Renée Claude en son temps, est de présenter Ferré l’auteur et le poète sans le filtre polarisateur que constituait Ferré le chanteur. Il y a toutefois une différence majeure par rapport à Danse Lhasa Danse, note le directeur artistique : « Cette fois-ci, ce sont les chanteurs qui appuient les danseurs et non l’inverse. »

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est l’une des dernières régions où Corps Amour Anarchie/Ferré n’a pas été présenté. Conscients d’avoir fait le tour du marché québécois, les coproducteurs que sont PPS Danse et Coup de cœur francophone tourneront leur attention sur l’Europe, la saison prochaine. « Le public se reconnaît dans ces chansons d’un genre qu’on ne voit plus. On se trouve devant un maître, alors qu’à notre époque, on nous sert tant de banalités », énonce Pierre-Paul Savoie.

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RETOUR DE DANSE LHASA DANSE EN JANVIER

Même si Corps Amour Anarchie/Léo Ferré le tiendra occupé pendant quelques années encore, le directeur artistique de PPS Danse, Pierre-Paul Savoie, réactivera le spectacle Danse Lhasa Danse au début de 2020. Une seule représentation était prévue, à Montréal, mais quatre autres ont été ajoutées à Sherbrooke, Longueuil, Victoriaville et Saint-Jérôme.

« L’objectif consiste à souligner le dixième anniversaire de la mort de Lhasa de Sela, survenue le 1er janvier 2010. C’est pour cette raison que je tenais à remonter cette œuvre en réunissant la même équipe, à l’exception d’Alejandra Ribera, qui vit maintenant à Londres. Bïa sera présente, tout comme Alexandre Désilets et Karen Young », fait-il observer.

L’homme caresse une autre ambition, un projet fou qu’il aimerait concrétiser en 2021, toujours en lien avec Lhasa. Puisque son dernier album a été enregistré en Islande, lors d’une tournée effectuée six mois avant la disparition de la chanteuse, l’idée de s’y rendre avec Danse Lhasa Danse s’est imposée à lui. L’expérience aidant, il croit avoir trouvé une façon de réaliser son rêve.

« Aujourd’hui, je connais les réseaux par où passer, comme avec le projet Ferré, qui devrait retourner en Europe pendant la saison 2020-2021. Dans le cas de Danse Lhasa Danse, le défi tient à la présence de 13 personnes sur la scène, ce qui entraîne des frais importants. L’avantage, cependant, est que l’Islande est relativement proche », analyse Pierre-Paul Savoie.

En même temps, il planche sur d’autres productions, dont une qui épousera une forme similaire à celles consacrées à Lhasa et à Léo Ferré. Elle mettra en relief des chansons québécoises créées à partir des années 1970, lesquelles seront magnifiées par des chorégraphies. Sauf accident, on pourra découvrir cette œuvre à l’intérieur d’une fenêtre de deux ans.

Le directeur artistique prépare également un spectacle destiné au jeune public. Des compositions québécoises enregistrées par Alexandre Désilets seront jumelées à des chorégraphies faisant intervenir une marionnette. Des pièces de Gilles Vigneault, de La Bolduc, de Félix Leclerc et de Claude Léveillée, entre autres, seraient intégrées à cette production.