Cette photographie captée le 20 décembre, au Café Cambio, donne une idée de l’atmosphère qui régnait pendant la soirée trad organisée par Bobby Boudreaux. Quelques minutes plus tard, les tables ont été déplacées afin d’accommoder les amateurs de sets carrés.

Du folklore au trad

CHRONIQUE / Le centre-ville de Chicoutimi était tranquille, dans la soirée du 20 décembre. Une poignée de commerces suscitaient un minimum d’achalandage, mais dans les restaurants, on était loin des belles journées d’été. À quelques jours de Noël, on sentait que les gens avaient la tête ailleurs, l’exception étant le Café Cambio. C’est là que je me suis dirigé aux alentours de 20h, histoire de vérifier si la veillée traditionnelle organisée par le musicien Buddy Boudreaux avait répondu à ses attentes.

Le Saguenéen originaire de la Louisiane avait l’intuition que cette initiative susciterait un réel engouement. Il se disait que les rendez-vous hebdomadaires tenus au Bar à Pitons, depuis quelques mois, avaient fait la preuve que les rythmes traditionnels avaient encore un avenir au pays de Louis Pitou Boudreault. Certes, migrer dans une salle plus grande comportait une part de risque, mais avant même de pousser la porte, j’ai compris que Buddy Boudreaux avait réussi son pari.

Il y avait foule, en effet. Pas moyen de s’asseoir et même debout, les options étaient peu nombreuses. Le plus important, toutefois, c’est l’atmosphère qui régnait dans le café. Les musiciens jouaient une pièce entraînante devant une piste de danse où convergeaient les regards de tout un chacun. Un set carré! À Chicoutimi, en 2019! La joie des participants était manifeste, tout comme celle de la jeune femme assumant – fort bien – la fonction de «câleuse».

Autre motif d’étonnement, les moins de 40 ans formaient le gros du public. Ça m’a ramené au milieu des années 1980, quand je couvrais le Carnaval-Souvenir à temps plein. Les activités mettant la musique folklorique à l’honneur – on ne parlait pas de trad, à cette époque – réunissaient une forte proportion de têtes blanches. Les jeunes ne s’identifiaient pas à ça, puisque la vague qui avait porté un groupe comme Garolou, au cours de la décennie précédente, avait succombé à la morosité post-référendaire.

La nouvelle année porte donc la promesse d’une résurgence durable de la scène trad. Si la chose se confirme, il faudra remercier Buddy Boudreaux et ceux qui ont tenu le fort pendant la traversée du désert. Ils auront maintenu en vie un élément important de notre culture, avec peu d’argent et beaucoup d’amour. Sans eux, il aurait manqué un maillon à la chaîne.