Le chef d'orchestre Jean-Philippe Tremblay.

Du changement souhaité à la Société d'art lyrique du Royaume

Jean-Philippe Tremblay nourrit de grandes ambitions pour la Société d'art lyrique du Royaume (SALR). Associé à ses productions depuis huit ans, le chef d'orchestre croit que cet organisme se trouve dans la position idéale pour déployer ses ailes. Il pourrait ajouter de nouveaux événements, élargir son mandat, à condition de modifier ses façons de faire.
« Il y a un potentiel de développement. On pourrait tenir un festival d'opéra en été, jumelé à une semaine de formation lyrique. Il serait possible de monter un deuxième opéra, aussi, un peu moins gros que celui que nous présentons en hiver. Pour y arriver, toutefois, ça va prendre un plan stratégique et surtout, on ne pourra plus se permettre de perdre notre monde prématurément », a-t-il énoncé à l'occasion d'une entrevue accordée au Quotidien.
Jean-Philippe Tremblay fait allusion, entre autres, au départ du directeur général et artistique Dario Larouche. Celui-ci a quitté l'an dernier, après le succès artistique et commercial que fut Le barbier de Séville. Or, il n'est pas le seul à s'être senti gêné aux entournures. D'autres sont passés par là. « À l'avenir, il faudra que les gens se sentent confortables, qu'ils n'aient pas les mains liées. On doit garder ceux qui peuvent faire arriver des choses », plaide le chef d'orchestre.
Il souhaite donc qu'une réflexion s'engage au sein du conseil d'administration et le moment est bien choisi, puisque la production de cette année, Carmen, a confirmé que l'opéra surfe sur une belle vague. Les mélomanes sont au rendez-vous et pourraient se montrer réceptifs à d'autres propositions, pour peu qu'elles soient bien articulées.
L'exemple de Québec
Prenant à témoin le festival organisé par l'Opéra de Québec au cours de l'été, Jean-Philippe Tremblay estime qu'une formule similaire mériterait d'être exploitée dans la région. « Là-bas, c'est rendu que le volet estival attire plus de spectateurs que la programmation régulière. Je verrais donc un atelier d'une semaine chez nous, avec de grands chanteurs et de jeunes artistes qui pourraient monter quelque chose ensemble », laisse entrevoir Jean-Philippe Tremblay.
Il voit un tel projet se concrétiser au Camp musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean, tandis qu'au début de l'automne, à l'intérieur d'une fenêtre de trois ans, la SALR pourrait produire un deuxième opéra. Encore là, il y aura une dimension pédagogique à l'affaire, puisque le Collège d'Alma et le Conservatoire de musique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui vient de réactiver sa classe de chant, seraient parties prenantes de cette initiative.
En prime, la région aurait la capacité de créer un laboratoire spécialisé dans la diffusion de spectacles, estime le chef d'orchestre. « Nous avons déjà l'expertise ici, que ce soit pour l'opéra ou les nouvelles technologies, dont celles qui se rapportent à la sonorisation et au vidéo. Ce qui serait réalisé chez nous pourrait bénéficier à plusieurs salles québécoises », anticipe Jean-Philippe Tremblay.
Lui-même est prêt à participer à cet effort, mais ce ne sera pas en tant que directeur artistique, une fonction qu'il a assumée par intérim, après le départ de Dario Larouche. « Je pourrais devenir conseiller artistique, cependant. Il y a des discussions à cette fin », précise le chef d'orchestre, dont l'agenda s'annonce chargé dans la prochaine année.
Reprise des tournées internationales en avril
Affligé par de sérieux maux de dos, Jean-Philippe Tremblay a limité ses déplacements, dans la dernière année. Le Chicoutimien a peu travaillé en Europe et en Asie, conservant toutefois la direction artistique de l'Orchestre de la Francophonie (OF) et de la Société d'art lyrique du Royaume. Son agenda allégé a aussi créé les conditions favorables à un maillage avec l'orchestre de chambre Appassionata.
« Après avoir éprouvé de graves problèmes pendant deux ans, je suis désormais rétabli, assure le maestro. Je reprendrai le rythme normal de mes activités en avril, ce qui me mènera en Europe, notamment avec les orchestres de Lille et Monte-Carlo, de même qu'en Asie. Il y aura beaucoup de choses là-bas, en particulier en Chine et au Japon. L'agence qui me représente est très active sur ce continent. »
Si vous voyagez à Macao, par exemple, vous aurez deux ou trois occasions de voir Jean-Philippe Tremblay diriger dans cette ville réputée pour ses maisons de jeux. « Un orchestre fédéral donne des concerts là-bas et il comprend une bande de musiciens possédant un beau potentiel. Je retournerai les voir quelques fois », confirme le chef d'orchestre.
En revanche, l'été prendra à nouveau les couleurs de l'OF. Pour sa 16e saison, cette formation regroupant de jeunes musiciens réduira son voilage. Le nombre de membres sera limité à 45, comme au temps de Haydn et Mozart. « Après le 15e, il fallait donner au conseil d'administration la chance de respirer, note le maestro. D'un autre côté, ça crée une dynamique différente. C'est une formation qui répond à la manière d'une voiture de course, comparativement à une voiture de luxe. »
À propos de voiture de course, il parle avec enthousiasme de son association avec l'orchestre de chambre Appassionata. Basés à Montréal, ses 18 membres sont spécialisés dans les réductions, ces versions d'oeuvres symphoniques adaptées à de petits ensembles. « En plus des réguliers, je veux recruter de jeunes musiciens », annonce Jean-Philippe Tremblay, qui assumera le rôle de directeur artistique en septembre.