Le groupe Orloge Simard (photo) se produira-t-il à l’Auberge Île du Repos cet été? C’est l’une des nombreuses questions qui hantent ce diffuseur enraciné à Péribonka depuis les années 1980.
Le groupe Orloge Simard (photo) se produira-t-il à l’Auberge Île du Repos cet été? C’est l’une des nombreuses questions qui hantent ce diffuseur enraciné à Péribonka depuis les années 1980.

Doutes et inquiétudes à l’Auberge Île du Repos

« Je passe 50 heures par semaine à jongler avec toutes les possibilités. On est encore dans le doute », confie Bernard Duchaîne, directeur général de l’Auberge Île du Repos. Y aura-t-il des spectacles cet été, dans la salle située à Péribonka ? Les services de restauration et d’hébergement seront-ils offerts ? Autant de questions qui hantent ses jours et parfois ses nuits.

Joint par Le Quotidien afin de dresser le portrait de la situation, l’administrateur ne fait pas mystère de son inquiétude. Peu importe ce que décidera le gouvernement du Québec en matière de déconfinement, il faudra obtenir de l’aide rapidement pour assurer la suite des choses parce que toutes les options comportent des pièges.

S’il devenait possible de tenir des spectacles, par exemple, tout en respectant la règle des deux mètres, seulement 24 personnes pourraient accéder à la salle d’une capacité de 130 places. Comme le seuil de rentabilité se situe à 70 entrées, en moyenne, on devine l’impact que ça aurait sur le budget.

« Ma programmation comprend des noms comme Orloge Simard, Laurence Jalbert et Philippe Bond. J’étais en avance par rapport aux années précédentes, puisqu’à la fin de mars, il me restait seulement cinq ou six dossiers à régler », mentionne Bernard Duchaîne. Il précise qu’aucun contrat n’a été signé, ce qui met le diffuseur à l’abri des pénalités en cas d’annulation ou de report des activités.

S’il fallait renoncer à la programmation 2020, la plupart des artistes seraient prêts à décaler leur visite d’un an. Dans l’immédiat, par contre, ça signifierait que l’Auberge Île du Repos verrait s’envoler 35 % de son chiffre d’affaires, puisque les spectacles font tourner la billetterie, tout en générant des revenus de bar. En prime, ils incitent plusieurs personnes à faire escale pour la nuit.

C’est dans ce contexte que les frais fixes pèseraient de tout leur poids, surtout si on devait aussi fermer le restaurant et l’auberge, une possibilité qui n’a rien de fantaisiste. « En incluant des postes budgétaires comme l’électricité, les taxes et les assurances, ainsi que nos cotisations à différentes organisations, les frais fixes me coûtent 4000 $ par mois », révèle Bernard Duchaîne.

Grave danger

Même si l’organisme sans but lucratif a complété l’exercice précédent en engrangeant un léger surplus, et même si le Conseil des arts et des lettres du Québec a versé la moitié de la subvention attendue pour l’année 2020-2021, plutôt que 25 % comme c’est la norme à ce stade-ci, il pourrait frapper le mur dans un horizon rapproché. La situation est d’autant plus délicate qu’on parle ici d’un diffuseur saisonnier. Il a présenté son dernier spectacle il y a près de six mois et s’il y a fermeture cet été, le prochain n’aura lieu qu’en juin 2021. Autant dire une éternité.

Même du côté de l’hébergement, les points d’interrogation abondent. Qu’adviendra-t-il des cyclistes américains qui fréquentent la Véloroute des Bleuets au printemps ? La frontière demeurera-t-elle fermée ? Et les touristes européens, qui représentent 15 % de la clientèle ? Où seront-ils? Et on ne parle pas des personnes âgées de 70 ans et plus, qui aiment l’atmosphère bucolique de l’auberge. Auront-elles le droit de sortir de leur résidence et si oui, craindront-elles de prendre un bain d’humanité si tôt après la crise ?

Ce qui est clair, pour l’heure, c’est que des représentations sont effectuées par le ROSEQ, au nom des diffuseurs qui en font partie. La bourse RIDEAU, tout comme Objectif Scène à l’échelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, apportent également du soutien. Le dossier n’est pas fermé, loin de là, mais le temps file dangereusement vite.

« À l’heure actuelle, je ne suis pas en mesure d’affirmer que nous passerons à travers », résume ainsi Bernard Duchaîne.