Diffuseurs de rêves, rencontre entre élèves innus et l'artiste Carl Bouchard

Le Baieriverain Carl Bouchard a insufflé à sa plus récente résidence artistique scolaire une dimension alliant vision, créativité et territoire. De concert avec les élèves de l’école primaire Amishk de Mashteuiatsh, l’artiste a intégré à la classe d’arts à la fois la création artistique sous contraintes et une nécessaire projection dans l’avenir. Les résultats trônent au centre d’art actuel almatois Langage Plus, du 6 avril au 27 mai.

Se basant sur le principe bien connu du capteur de rêves, celui qui a été reconnu créateur artistique de l’année au Saguenay–Lac-Saint-Jean par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) en 2013 a originalement inversé l’évocation de l’objet-culte en Diffuseurs de rêves, titre de l’exposition dans laquelle il est possible de s’immiscer à la galerie Langage Plus de la rue Collard. 

Dans le cadre du programme de résidences d’artiste en milieu scolaire du CALQ, le projet a pris forme au milieu de jeunes Ilnuatsh âgés de 6 à 11 ans, sous l’égide de Mme Sylvie Langevin, enseignante en arts à l’école primaire innue. Invités à faire rayonner leurs aspirations par-delà l’art et à travers des thématiques précises (une activité, un métier, un animal du folklore ou du Québec), les étudiants ont saisi crayons et imaginaire dans l’optique finale de cristalliser un rêve, une ambition.

La démarche artistique et réflexive Reconnaître l’hier + Rêver demain = Oser voir grand s’est déployée sous forme de pédagogie inversée chez les 168 apprenants, alors qu’ils ont initialement été questionnés en classe sur l’art en général et son importance initiatique, par l’artiste pluridisciplinaire. Au cours du processus qui s’est déroulé de janvier à mars, Carl Bouchard a pu, comme visiteur d’une culture étrangère et mentor artistique, mener les élèves à se reconnaître en tant qu’individu, mais aussi comme artistes. Les dessins ont été transformés en bas reliefs dans l’argile, pour ensuite être déposés sur des carrés de verre – fruit d’une collaboration avec la vitrerie Boily d’Alma – afin de devenir oeuvres. Par thermoformage, les voeux ainsi cristallisés se sont vus divulgués sur la verroterie, puis ramenés, pour être colorés et imbriqués d’un élément contemporain et d’un autre de tradition autochtone, façonnant le liant entre passé et présent chez les apprentis artistes.

Loin d’être colosses aux pieds d’argiles, certains diffuseurs de rêves miroitent dans le corridor joignant les établissements primaire et secondaire de la communauté montagnaise, symboles de passation entre enfance et adolescence, tandis que d’autres font rejaillir la fierté d’émancipation des participants au projet devant la galerie almatoise. 

La portée de cette fascinante rencontre n’est pas à négliger, aux dires de Marianne Tremblay, coordonnatrice artistique chez Langage Plus. «Une cérémonie est prévue en fin d’année scolaire afin de remettre à la terre les supports en argile, symboles de respect et de protection des rêves.» 

Un peu comme le propose Bruel, un rendez-vous est à fixer dans 10 ans afin de constater, à l’issue de cette foisonnante collaboration, quels désirs seront devenus réalité...