Voici l’une des photographies réalisées par Simon Émond, telle qu’on peut la voir dans le secteur Lac-à-la-Croix. L’artiste croit que cette image captée il y a trois ans, en Norvège, permet de jeter un regard neuf sur l’environnement dans lequel il l’a placée.

Dialogue entre la Norvège et le Lac-Saint-Jean

Une expérience intéressante, que d’aucuns jugeront intrigante, est menée depuis la mi-juillet à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. Elle consiste en une exposition tenue dans les deux secteurs de la municipalité, un projet piloté par le photographe Simon Émond. Il a placé des images captées il y a trois ans, lors d’un voyage en Norvège, dans des lieux publics sélectionnés en fonction de leur capacité d’engager un dialogue avec elles.

Pour les découvrir, il suffit de visiter l’arboretum et le kettle géant de Lac-à-la-Croix, ainsi que le local des Chevaliers de Colomb de Métabetchouan, la rue Saint-Georges et le secteur du Rigolet. Huit photographies y sont présentées dans le cadre d’une exposition baptisée Noir sirène. Elles témoignent de la volonté de l’artiste de susciter un questionnement sur notre façon de voir les choses.

«À mon retour de la Norvège, j’ai eu le sentiment que mes photos ne rendaient pas justice aux émotions ressenties là-bas. Je les ai donc retravaillées en jouant sur l’éclairage, en le réduisant. Des ombres sont apparues, mais aussi des éléments qui avaient échappé à mon regard. Or, ce sont eux qui ramènent à l’essentiel», raconte Simon Émond en donnant l’exemple d’une volée d’oiseaux captée dans un décor montagneux.

Grâce à son traitement, d’autres oiseaux sont apparus sur l’image. En même temps, de petites cascades semblant jaillir des montagnes se sont matérialisées. Autant de preuves que la notion de regard est subjective, ce qui a poussé le citoyen de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix à tracer un parallèle avec son environnement immédiat. Pour ce faire, il a superposé ses photos transformées aux lieux mentionnés tantôt, le tout avec l’accord – et l’appui financier – du conseil municipal.

Même au bord du lac Saint-Jean, on peut admirer des photographies captées par Simon Émond. Celle-ci fait partie du projet baptisé Noir sirène, réalisé grâce à l’appui de la municipalité de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix.

«En jumelant ces images à des paysages qu’on voit 1000 fois par jour, ça soulève des questions. On s’en approche, on voit des choses dedans et ça nous aide à jeter un regard neuf sur notre environnement, énonce Simon Émond. Il y a des gens qui trouvent ça onirique, qui interprètent cette exposition comme un dialogue sur la beauté dans un décor naturel. D’autres ne comprennent pas et ce n’est pas grave. Ils ont quand même vécu une expérience.»

Décloisonner l’art

La sélection des photographies a été effectuée à même une banque de 60 images. Quant au maillage avec les sites, il a été soigneusement calibré. «Quand on approche du kettle, on peut remonter dans le temps, imaginer le glacier qui l’a formé, sur lequel on voit le reflet du ciel. J’y ai placé une photo montrant un oiseau qui aurait pu se trouver dans ce ciel», indique l’artiste.

Lui qui est venu à la photographie artistique, après avoir touché au volet commercial, aime présenter ses oeuvres dehors. C’est une façon de décloisonner l’art, de le sortir des centres d’artistes, ce dont témoigne un autre de ses projets présentés dans la région cet été. Il a pour titre Eau libre et permet à ceux qui déambulent sur le pont Sainte-Anne, à Chicoutimi, de voir des images captées au départ de la Traversée internationale du lac Saint-Jean.

«Dans ce cas-ci, j’ai voulu exprimer ce que ressentent ces athlètes avant de plonger dans l’eau. On perçoit leur fatigue, leur inquiétude, alors qu’ils se trouvent sur le quai, en attendant le début de la compétition. J’ai eu la possibilité de le faire grâce à l’accès privilégié que me procure mon statut de photographe officiel de la Traversée», explique Simon Émond.

Pour revenir à Noir sirène, il a l’intention de laisser ses photographies dehors au-delà du 31 octobre. Bien sûr, elles vont se dégrader, ce qui offrira une autre piste de réflexion à ceux qui seront témoins de cette métamorphose. «Ça rappellera que le paysage n’est pas éternel, lui non plus. Donc, que nous devons en prendre soin», fait observer le Jeannois.