Claude Simard, à Larouche

Devoir de mémoire

CHRONIQUE / Lorsqu’une personnalité publique est associée à un dossier controversé, celui-ci prend toute la place. Ainsi a-t-on résumé la présidence de Lyndon Johnson à la guerre du Vietnam, occultant des avancées historiques comme l’adoption de lois favorisant l’intégration des Noirs dans la société américaine, de même que la lutte à la pauvreté.

C’est quand on prend du recul que les faits méritoires se profilent avec une plus grande netteté, souvent sous l’impulsion des historiens. Les meilleurs d’entre eux ont recours à de nouvelles sources documentaires afin de brosser un portrait plus juste de leur sujet. Le cas classique est celui de David McCullough. À lui seul, il a réhabilité le président Harry Truman, grâce à une biographie couronnée par un prix Pulitzer.

Le même principe vaut pour le secteur culturel. Ainsi jette-t-on un regard nouveau sur l’oeuvre du romancier F. Scott Fitzgerald, après l’avoir perçu comme une figure secondaire de la littérature américaine. Entachée par une vie personnelle chaotique, sa réputation a été rétablie dans les années qui ont suivi sa disparition. Même chose pour l’Autrichien Joseph Roth, dont le génie littéraire a transcendé les tribulations découlant de son alcoolisme.

Plus près de nous, le cas de Claude Simard se pose avec une acuité grandissante. Longtemps, ce sont les journalistes des faits divers qui ont parlé de lui, en raison de ses démêlés avec Revenu Canada. Sans gommer cet événement de la mémoire collective, le moment était venu, cinq ans après son décès, d’élargir le propos afin d’embrasser l’ensemble de sa carrière.

Dans la ville où il est devenu une sommité mondiale, cette démarche est bien engagée. Un long reportage du New York Times, publié en 2017, en témoigne éloquemment. On relève l’échec du projet de création d’un village-musée à Larouche, tout en rappelant à quel point cet homme a marqué le marché de l’art, d’abord en tant qu’artiste, puis comme galeriste.

Au Québec, toutefois, Claude Simard reste pris dans un angle mort. Ne serait-ce que pour ses réalisations en tant qu’artiste, pourtant, il mériterait mieux qu’un mur d’indifférence. Une rétrospective s’impose, peut-être en lien avec le profond attachement qu’il nourrissait pour l’oeuvre du peintre Arthur Villeneuve. Et pourquoi pas un documentaire, comme ceux que diffuse Télé-Québec ? La matière est riche, en effet. Trop riche pour la laisser en friche.