Mélanie Ghanimé a suivi un cheminement inhabituel avant de devenir humoriste, un choix de carrière qui s’est imposé à elle dans la foulée d’une tragédie personnelle.

Devenue humoriste sur le tard: Mélanie Ghanimé ne regrette pas sa décision

L’industrie de l’humour occupe tellement d’espace au Québec, génère des revenus si importants, qu’on perd de vue le facteur humain. Derrière les têtes d’affiche qui vendent leurs billets à prix d’or, dont la carrière essaime sur toutes les plate-formes, en effet, d’autres histoires méritent d’être évoquées. Celle de Mélanie Ghanimé, par exemple.

Âgée de 40 ans, elle fait carrière depuis 10 ans à titre professionnel, ce qui coïncide avec la fin de sa formation à l’École nationale de l’humour. À l’évidence, ce fut une vocation tardive, ce qui rend son cheminement plus distinctif. Issue d’une famille où personne n’avait eu l’idée de travailler dans le monde du spectacle, son premier réflexe fut de se conformer.

« Au secondaire, je fréquentais le Dunkin’ où Lise Dion a été serveuse. Quand j’ai vu une affiche montrant qu’elle était devenue humoriste, je me suis souvenue d’elle et j’ai réalisé que c’était possible de faire ce métier. Je me disais cependant que c’était pour les autres, pas pour moi, parce que ma famille était du genre 9 à 5. J’ai donc fait un bac en communications-marketing avant de me retrouver dans une agence de publicité », a relaté Mélanie Ghanimé lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

La jeune femme a vite déchanté, cependant. Elle qui rêvait de produire des slogans, de déployer sa créativité, a été confinée au service-conseil. Au moins, elle et son conjoint pouvaient se projeter dans l’avenir, ce qui signifiait acheter une maison où grandiraient deux ou trois enfants. Le destin, parfois si cruel, en a décidé autrement. « Mon copain est mort dans un accident d’automobile. Ça a bouleversé ma vie », confie Mélanie Ghanimé.

La reconstruction

Une remise en question a suivi la tragédie, couronnée par la lecture du livre de Spencer Johnson, Qui a piqué mon fromage ? . « Une question était posée par l’auteur : ‘‘Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ? ’’ Moi, c’était de faire le chemin de Compostelle et de devenir humoriste, fait observer Mélanie Ghanimé. Deux semaines plus tard, je suis donc partie en Espagne. J’ai aussi passé une audition à l’École nationale de l’humour. »

Ce qui l’a poussée à sauter dans le vide à l’âge de 26 ans, en dépit de l’insécurité qui accompagne le statut de travailleuse autonome, c’est le regard qu’elle a porté sur la vie. « J’ai compris quelle était la valeur de la vie, en même temps que sa fragilité, l’idée qu’à tout moment, elle peut prendre fin. En même temps, j’ai réalisé que ce n’était pas une ligne droite », énonce l’humoriste.

Le doute l’a habitée pendant sa formation et même au-delà, ce qui l’amène à parler d’un processus comportant des hauts et des bas. « À l’école, j’étais une madame partie du 9 à 5 pour faire de l’humour », souligne-t-elle. À force de multiplier les expériences, cependant, la pratique du métier est devenue plus naturelle et surtout, plus gratifiante.

« C’est vrai que je ne suis pas la plus connue, mais aujourd’hui, j’ai du fun sur la scène et j’aime énormément mon premier one-woman-show, rapporte Mélanie Ghanimé en parlant de BRUT(e), dont une représentation aura lieu le 1er février à 20 h, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Ça confirme que j’ai fait le bon choix en m’inscrivant à l’École nationale de l’humour. »

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DANS BRUT(e), UNE FEMME INTENSE QUI REGARDE LES GENS DANS LES YEUX

Intense. Ce mot revient fréquemment dans la conversation lorsque Mélanie Ghanimé évoque son premier one woman show : BRUT(e). Les personnes qui le verront le 1er février à 20 h, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, auront l’impression d’assister à un spectacle de deux heures concentré sur 90 minutes, laisse entendre l’humoriste.

« J’étais venue au Saguenay-Lac-Saint-Jean pendant le rodage, mais c’est la première fois que le public de votre région découvrira la version finie, précise-t-elle. Le titre réfère au fait que je ne prends pas de gants blancs pour raconter mes histoires. En parlant des travers des gens, je montre que j’ai le jugement facile et quand il est question de phénomènes comme la porno, les thérapies et l’épilation laser, c’est pour m’aider à comprendre ce qui m’arrive. »

Au fil de ses observations, on voit se dessiner le portrait d’une femme hors normes, une condition qu’elle a dû apprivoiser. « Quand t’es intense, c’est sûr que tu déranges. On me le dit souvent, mais qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Plus jeune, j’avais un peu honte de ça, alors qu’aujourd’hui, je ne m’en fais plus avec ma différence. Je crois même que ça donne à plusieurs personnes le ‘‘lousse’’ » nécessaire pour s’accepter », avance Mélanie Ghanimé.

Elle affirme qu’en partant de sa situation, le spectacle rejoint des préoccupations universelles, puisqu’il emprunte le filtre des émotions. « Dans mes salles, l’âge varie de 20 à 70 ans et je m’adresse autant aux hommes qu’aux femmes. C’est très dense, avec des thèmes dérangeants, et je suis contente quand des couples me confient que ça a provoqué des discussions dans l’auto », mentionne l’humoriste.

Le début officiel de BRUT(e) remonte à novembre 2018 et sans modifier le texte, elle a développé une telle maîtrise du spectacle que celui-ci change de couleur au gré de ses humeurs. « C’est authentique parce que je suis dans un mood correspondant au moment présent. J’ai aussi développé une belle proximité avec le public », relate Mélanie Ghanimé.

Ce qui n’est pas à la veille de changer, en revanche, c’est son habitude de garder les lumières ouvertes afin de regarder les gens dans les yeux. Certains ne sont pas à l’aise avec cette pratique, surtout s’ils sont assis dans les premières rangées, mais ce serait une erreur de le prendre personnel. « C’est juste que j’aime la proximité », explique la principale intéressée