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Deux artistes d'ici à la Foire en art actuel de Québec
Deux artistes d'ici à la Foire en art actuel de Québec
Circonstances obligent, la septième Foire en art actuel de Québec se déroule sur la Toile. Jusqu’au 6 décembre, l’événement permet de découvrir les oeuvres conçues par des artistes du Québec et du Canada sélectionnés par la commissaire Dominique Fontaine. Deux d’entre eux sont originaires du Saguenay–Lac-Saint-Jean, plus spécifiquement d’Alma, la ville où ils ont grandi. Il s’agit de Magali Baribeau-Marchand et Luca Fortin, qui en sont à leur première participation. Leurs pratiques, certes différentes, ont acquis une puissante résonance, ici comme à l’étranger. Voici comment ils entrevoient leur expérience dans le contexte de la Foire.
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Luca Fortin et les vertus du non-contrôle 

Arts et spectacles

Luca Fortin et les vertus du non-contrôle 

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
À ses débuts au Lac-Saint-Jean, Luca Fortin peignait de grands tableaux, souvent des portraits de femmes. Ils avaient quelque chose d’immersif. On pouvait s’y perdre, alors que sa série présentée pour la première fois dans le cadre de la Foire en art actuel de Québec se situe à l’exact opposé. Les motifs sont abstraits et surtout, ils occupent un espace restreint, celui d’une feuille de papier.

Une cinquantaine d’oeuvres ont vu le jour au printemps, à la faveur du confinement. Tout en jetant un oeil sur sa fille pendant qu’elle faisait ses devoirs, l’artiste originaire d’Alma sortait ses feuilles ramenées de Chine en 2016. Là-bas, on s’en sert pour apprendre à faire de la calligraphie. C’est pour cette raison que des lignes ont été tracées, comme dans un cahier d’exercices.

« Je ressentais le besoin de travailler sur une trame très régulière, constituée de 20 carreaux. À l’intérieur, j’effectuais des interventions à l’encre, de manière aléatoire. J’identifiais les six que je trouvais les plus intéressantes et je saturais les autres de peinture noire, ce qui produisait un effet feutré. Cette démarche m’a permis de trouver une forme de beauté dans la simplicité », a relaté Luca Fortin au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Luca Fortin est heureux de participer pour la première fois à la Foire en art actuel de Québec. Il a été sélectionné par la commissaire Dominique Fontaine en vue de l’édition 2020, qui prendra fin le 6 décembre.

Ce mélange de rigueur et de spontanéité n’a pas toujours donné d’heureux résultats. C’est pour cette raison qu’une douzaine de feuilles seulement ont passé le test en vue de la Foire en art actuel. « Je suis content qu’elle ait pris ça », confie l’artiste en parlant de la commissaire Dominique Fontaine.

Lui qui ne détient aucun diplôme en art, dont le principal champ d’études fut l’architecture, apprécie doublement son inclusion au sein de l’édition 2020.

« Vu que je n’ai pas de formation en art, je recherche toujours une reconnaissance parmi les pairs, admet Luca Fortin. La décision de la commissaire, tout comme la présence des autres artistes, amène donc une sorte de validation. En même temps, je sais que la Foire attire des gens qui aiment l’art actuel et que les représentants des institutions y jettent un oeil, ce qui peut donner lieu à des acquisitions. À tout le moins, ton travail est vu. »

Il note également que dans cette série, l’accent était mis sur le processus, davantage que sur le résultat. C’est donc en toute liberté, animé d’un esprit expérimental, que l’artiste a laissé l’instinct guider sa main à l’intérieur des petites cases. « Maintenant, je sais qu’il y a une forme de poésie dans les accidents, dans le non-contrôle », énonce Luca Fortin.

Les petits riens de Magali Baribeau-Marchand

Arts et spectacles

Les petits riens de Magali Baribeau-Marchand

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Les choses les plus modestes, celles qui reposent sur l’asphalte, qu’on ne voit plus tellement elles font partie du quotidien, inspirent Magali Baribeau-Marchand. Fidèle à ses habitudes, elle a profité d’une résidence de création à Strasbourg, en France, il y a deux ans, pour produire des photographies mettant en vedette ces objets pourtant promis au rôle de figurants.

« Il peut s’agir d’une allumette, d’un carré de sucre. Je les magnifie. J’en fais des monuments », décrit-elle.

Magali Baribeau-Marchand

Une série regroupant 15 images est née de cet exercice. C’est elle qui est soumise au regard des visiteurs virtuels jusqu’au 6 décembre, à l’occasion de la Foire en art actuel de Québec. Chacune a été tirée à trois exemplaires et montre que la beauté n’est pas faite que d’or et d’argent.

L’artiste originaire d’Alma ignore dans quelles circonstances la commissaire Dominique Fontaine a découvert son travail. Peut-être était-ce au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, où Magali Baribeau-Marchand a fait équipe avec Sara Létourneau, en 2017. Ou à la Manif d’art tenue la même année, à Québec.

La photographie figurant sur ce médaillon montre une personne croisée à Strasbourg, il y a deux ans. Elle fait partie d’une série de l’artiste Magali Baribeau-Marchand intitulée <em>Offrande Place Kléber</em>.

Plus récemment, une de ses créations a été intégrée à l’Exposition-bénéfice 2020 du CIRCA art actuel. Cette photographie, issue de la série Fragments-Monuments, montre un bloc blanc usé sur le côté, possiblement un cube de sucre. Il supporte un bout de corde faisant penser à une chandelle. Pour les plus gourmands, c’est forcément un gâteau. Et pourquoi pas?

Ce qui ne fait pas de doute, cependant, c’est que l’artiste née à Alma, qui vit aujourd’hui à Chicoutimi, est heureuse de faire partie de la cuvée 2020 de la Foire en art actuel. « Il s’agit d’un événement reconnu, qui procure une belle visibilité, énonce Magali Baribeau-Marchand. Comme l’un des objectifs consiste à démocratiser l’art, on retrouve des oeuvres aux prix variés. »

Une autre série est également représentée, intitulée Offrande Place Kléber. Sur cet espace fréquenté par les Strasbourgeois, la jeune femme a photographié des gens au moment où ils se recueillaient. Certains l’ont fait devant un mémorial improvisé à la suite du décès de Charles Aznavour. Leur silhouette fantomatique se déploie sur des médaillons en céramique.

« Ils regardent des fleurs qui ont été déposées en guise d’offrande », explique Magali Baribeau-Marchand.

Toujours pendant son séjour dans la ville alsacienne, elle a vu naître d’autres monuments éphémères. Cette fois, c’était pour honorer les victimes d’un attentat terroriste perpétré près du Marché de Noël.

Sa prochaine résidence aura lieu à Chicoutimi, au centre d’artistes Le Lobe. Elle disposera de deux semaines pour habiter l’Espace plateforme, situé au-dessus de l’entrée principale. De menus objets seront mis à contribution et comme une armée en campagne, l’artiste les déplacera chaque jour, une démarche qui pourrait mener à la publication d’un livre.