Stéfanie Requin Tremblay lance Obsolescence pop, un ouvrage qui marque la fin de son expérience de deux ans à titre de commissaire du centre d'artistes Le Lobe.

Deux ans de commissariat en mots et en images

Avec la publication de Obsolescence pop, Stéfanie Requin Tremblay tourne la page sur deux années de commissariat. Son mandat au Lobe vient de prendre fin. Elle en dresse un bilan, en mots et en images, dans l'ouvrage consacré aux cinq artistes québécois qu'elle a elle-même choisis afin de questionner l'influence d'Internet et de la culture populaire sur la création contemporaine.
Obsolescence pop prend la forme de cinq portfolios composés d'images de poésie et de réflexions. L'ouvrage d'une centaine de pages, à la fois témoin de créations et oeuvre en lui-même, incarne l'essence de ce qui a animé le Lobe au cours du passage de Stéfanie Requin Tremblay.
Cette dernière a hérité du premier mandat de commissaire du Lobe. Au cours des deux dernières années, elle a sélectionné cinq artistes qui les uns après les autres, ont présenté une exposition solo après avoir effectué une résidence au centre d'artistes entre février 2016 et mai 2017. Stéfanie Requin Tremblay a arrêté son choix sur Mégane Voghell, Grégory C. Brunet, Gabriel Fortin, Sophie Latouche et Myriam Jacob-Allard.
La publication, qui a été lancée le 1er septembre au Lobe et à Montréal le 9 septembre, conclut ce commissariat.
«En l'écrivant, j'ai voulu traduire et reconstituer l'expérience de résidence et le processus de création des cinq artistes. Pour cela, j'ai tenté de réunir divers éléments textuels et visuels intimement liés à ce que j'ai pu observer en accompagnant chacune et chacun dans sa période de résidence», explique-t-elle. «Le livre contient aussi des images, une entrevue avec chaque artiste, puis un texte poétique pour chacun. C'est le résultat d'un travail de deux ans. »
La plupart des photos qui se trouvent dans la publication sont de Patrick Simard. Le collectif montréalais d'ébène et de blanc s'est chargé de la mise en page.
«On a travaillé pour que ce soit une publication qui ressemble à ma pratique artistique. Il y a des couleurs pastels, des images tirées du Net, etc.», décrit Stéfanie Requin Tremblay.
Cette dernière dresse un bilan positif de son expérience de commissaire. «C'est un peu l'équivalent de faire une deuxième maîtrise. Ça demande aussi environ deux ans de travail», affirme la diplômée de l'UQAC. « C'est aussi proche de ma pratique personnelle et de ma vie personnelle. C'est très prenant. Maintenant, j'ai un deuil à faire. »
Le rôle qu'elle a campé pendant deux ans lui a beaucoup apporté.
«Ma pratique a évolué à travers le travail des autres artistes. Beaucoup de mes questionnements sur la culture populaire ont été éclairés en observant leur travail et en discutant avec eux», souligne-t-elle. «Ça va inévitablement influencer ma propre création. Je ne m'étais jamais vraiment assise pour réfléchir aux raisons pour lesquelles je faisais ça. Il y a maintenant quelque chose de plus approfondi dans ma pratique», assure celle qui compte continuer de faire des oeuvres «pop» inspirées du Net et de la culture populaire.
Une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec a permis d'imprimer 150 copies d'Obsolescence pop. Elles sont notamment en vente au Centre Bang et chez Langage Plus d'Alma. Elles le seront également éventuellement sur le Web.
Par ailleurs, Le Lobe a nommé son nouveau commissaire en la personne de Hugo Nadeau, un artiste de Montréal qui a déjà exposé au centre d'artistes. Ce dernier sera en résidence pour deux ans et mettra de l'avant une tout autre thématique. Il devra également sélectionner cinq artistes qui présenteront chacun une exposition en solo.
Des retombées de Baie-Saint-Paul
Stéfanie Requin Tremblay revient comblée du Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul. Quelques jours à peine après son retour, les retombées de sa participation à l'événement se font déjà sentir pour l'artiste.  
Stéfanie Requin Tremblay fait partie des 12 artistes de partout dans le monde qui ont été sélectionnés pour créer devant public pendant un mois en août dernier à Baie-Saint-Paul.
«Pendant un mois, j'ai été connectée à Facebook. Chaque jour, je recueillais deux ou trois publications qui m'interpellaient. Je les imprimais et je les recopiais à la machine à écrire. Deux murs de l'atelier dont je disposais ont été recouverts», décrit-elle. « C'était un résumé de l'actualité Facebook du mois d'août imprimé. Un mur virtuel que j'ai transposé en mur physique pour contrer le côté éphémère du virtuel et l'archiver en faisant des impressions sur papier», résume-t-elle.
L'artiste a grandement apprécié son passage dans Charlevoix. «C'est la plus belle expérience de ma vie. J'en sors complètement grandie.»
Créer devant public a amené Stéfanie Requin Tremblay ailleurs. «Ça permet d'avoir un retour direct. Ça ouvre la porte à des remises en question constantes. Il faut aussi vulgariser pour des gens qui ne sont pas familiers avec l'art et parler du projet avec des artistes et des collectionneurs.»
L'aventure se poursuit d'une certaine façon puisque l'artiste a reçu une bourse de Première Ovation qui lui permettra de créer un livre basé sur son expérience à Baie-Saint-Paul. La publication de format magazine intitulée Mon livre social sera réalisée à partir des imprimés faits là-bas, d'images et de poésie.
La publication devrait paraître en décembre.