Lydia Képinsky investira la scène régionale à Alma vendredi puis à La Baie samedi.

Désinvolte et passionnante

Après avoir absolument tout raflé aux Francouvertes l’an dernier et décontenancé bon nombre de spectateurs cet été du haut de ses 23 ans, la chanteuse Lydia Képinsky continue de tout ravager sur son passage, affichant un séduisant hybride musical entre innocence et détonation. Sa première visite dans la région, vendredi à Alma et samedi à La Baie, risque d’être à l’image de son premier ouvrage : un savoureux passage obligé.

Son album Premier juin affiche un jaune éclatant et un titre aux apparences frivole, mais un peu comme l’auteure-compositrice-interprète, il ne faut pas se fier aux apparences. Parfois planantes, quelquefois introspectives et souvent entraînantes, les musiques forcent à hocher de la tête. Les textes étonnent par leur profondeur et l’aisance à traiter des sujets coups-de-poing. En entrevue téléphonique avec Le Quotidien, Lydia Képinsky est fidèle à sa production musicale : désinvolte et passionnante.

Fébrile à l’idée de mettre le pied dans la région pour la première fois, celle qui a une ascendance importante vers les lettres trouve en la chanson le parfait vecteur d’émancipation, la soupape d’évacuation de ce qu’elle a à dire. « Je fais beaucoup dans le témoignage et la plupart des textes ont été écrits avant qu’il ne soit question d’un album. On dirait qu’apposer de la musique sur mes écrits permet de mieux les processer. J’adore travailler avec les allitérations, alors mes textes s’accolent naturellement avec la musique », précise l’artiste qui a fait paraître un EP de quatre chansons en 2016 et qui s’est ensuite hissée aux ligues majeures, du Festival international de la chanson de Granby, au cabaret Festif ! de la relève.

Sa poésie, jumelée à l’électro parcourant ce premier album dont le titre fait référence à sa date d’anniversaire (sorte de naissance d’artiste), plaît effectivement à l’oreille. Questionnée à savoir comment elle transforme ses tourments en vers d’oreille entraînants, la jeune musicienne continue avec une émancipation étonnante.

« J’ai une certaine incapacité à gérer les sentiments ; il y a une gêne à traiter de sujets ultra-personnels comme ceux qui se sont retrouvés sur l’album. Ça me permet de mieux les canaliser de les transformer en chanson. C’est d’ailleurs une forme de littérature, à mon sens, assez amphibienne, qui permet une connexion privilégiée avec le ressenti », ajoute en philosophant Lydia Képinsky. C’est ce qui ressort en parcourant son album : une franche honnêteté, doublée d’une maîtrise habile, à la fois des mots et des arrangements.

Quelque chose de spécial
C’est au Café du Clocher que la Montréalaise d’origine polonaise initiera jeudi son périple, pour par la suite se diriger vendredi du côté du Café Summum de La Baie. À savoir si elle préfère les lieux intimistes ou les grands déploiements, elle hésite puis se ravise. « J’aime les deux, en alternance. Non, en fait, j’aime la proximité. Surtout s’il y a de la boisson », s’esclaffe la guitariste, qui sera accompagnée sur scène d’une « équipe », comme elle se plaît à le dire. Le réalisateur de l’album, Blaise Borboën-Léonard (alto, synthétiseurs), ainsi que Stéphane Leclerc (guitare) et Stéphan Lemieux (batterie), épauleront l’artiste afin de créer une atmosphère que certains qualifient d’étrange.

Résolue à ne rien faire comme les autres, il est évident que Lydia Képinsky s’éclate en tant que créatrice. Sa voix aux accents juvéniles, couplée aux orchestrations enveloppantes, crée en effet quelque chose de spécial.

Celle qui traite à la fois de dépression, de mort et du passage à l’âge adulte avec une cadence communicative publie parfois une recette de pain aux bananes sur sa page Facebook. C’est un peu ça, Lydia Képinsky : un amusement qui va bien au-delà de l’inhibition. Une chose est certaine, elle est authentique. Et ça risque de se refléter dans son périple au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où l’ambiance Képinsky fera probablement parler d’elle.