Le chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay, originaire de Chicoutimi, a présenté des sérénades aux contours très différents, vendredi soir, à l’occasion du Rendez-vous musical de Laterrière.

Des sérénades fascinantes, aux couleurs différentes

Soirée idéale pour la sérénade, vendredi, surtout pour les personnes qui avaient eu la bonne idée de se rendre à l’église Notre-Dame de Laterrière. On y présentait le troisième concert du Rendez-vous musical, justement intitulé Soirée des sérénades, alors que s’achevait l’une des plus belles journées de l’été.

À l’intérieur du bâtiment plus que centenaire, la lumière provenant de l’extérieur, dorée comme les champs en cette fin d’été, enveloppait les dix musiciens dirigés par le chef Jean-Philippe Tremblay. Le public, relativement nombreux, avait pourtant rendez-vous avec Une petite musique de nuit.

Puisque cette pièce est familière, le directeur artistique du festival, David Ellis, avait livré un sage conseil : « Faites comme si vous l’entendiez pour la première fois. » C’est aussi ce qu’a suggéré l’interprétation offerte par les musiciens. Une version qu’on a envie de qualifier de naturelle, sans les excès de « cuteté » qu’on a fini par associer à Mozart.

Dirigeant sans baguette, avec une gestuelle toute en souplesse, en phase avec le caractère de l’oeuvre, Jean-Philippe Tremblay a fait ressortir ses accents romantiques, en particulier dans le deuxième mouvement. La musique était soyeuse, enveloppante. Elle se moulait parfaitement à l’intimité du lieu. Notons cependant que le dernier mouvement, le Rondo, a donné lieu à une lecture originale. Il a été joué comme si le feu était pris dans la maison. Les violons et les altos ont imposé un tempo serré, nerveux, un choix qui a manifestement plu aux mélomanes, puisqu’ils se sont levés d’un bloc pour applaudir et crier leur contentement.

Saguenay,LaterriËre 
 Jean-Philippe Tremblay

On pourrait comparer cette réaction à une explosion, tant l’enthousiasme était perceptible. Or, les musiciens avaient un autre as dans leur manche, une composition bien moins connue, mais que plusieurs auront le goût de réécouter à la première occasion. Il s’agit de la Sérénade pour ténor, cor et cordes de l’Anglais Benjamin Britten.Cette oeuvre a été écrite pendant la Deuxième Guerre mondiale, à un moment où il n’était pas assuré que les Alliés l’emporteraient. Il est également clair que les bombardements, les privations et les deuils avec lesquels devaient composer les peuples du Royaume-Uni hantaient la conscience du compositeur.

L’ouverture et la finale ont été confiées au cor, des parties empreintes de solennité, puis d’une extrême délicatesse, auxquelles Florence Rousseau a conféré un supplément d’âme. Entre les deux, Britten a imaginé des musiques arrimées à six poèmes ayant la mort en partage.

Les mots de Cotton, Tennyson, Blake, Johnson et Keats ont été portés par le ténor Marc-Antoine Brûlé avec un sens de la retenue qui correspondait à l’esprit qui s’en dégageait. C’est toutefois un autre poème, Dirge, dont l’auteur est resté inconnu, qui a produit la plus forte impression.

Immobile, les bras collés le long du corps, Marc-Antoine Brûlé a prêté vie à ce texte porteur d’une vision du Jugement dernier. Juste après une intervention du cor semblable à un cri étouffé, il s’est exprimé d’une voix haut perchée pendant que les cordes se faisaient insistantes, presque menaçantes. « Et que le Christ reçoive ton âme », répétait le ténor, tandis que la contrebasse et les violoncelles émettaient de sinistres grondements. On était loin de Mozart, loin des ors de la cour de Vienne, mais le résultat fut tout aussi impressionnant.

Après cette sérénade de fin du monde, le public, enthousiaste, ému et peut-être déstabilisé, a profité d’une pause bien méritée. Il restait en effet un autre morceau de patrimoine à explorer à l’occasion de ce concert mémorable : la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski.